EMILIE DE BRETEUIL, MARQUISE DU CHATELET
Famille Le Tonnelier de Breteuil
Originaire du Beauvaisis et connue par une filiation certaine depuis la seconde moitié du XIVe siècle, la famille Le Tonnelier de Breteuil a acquis une légitime réputation au service de l’Etat. C’est Charles IX qui remet en 1579 ses lettres de noblesse à Claude Le Tonnelier de Breteuil en le faisant Secrétaire de la chambre et du cabinet du roi.

Sa famille s’illustrera ensuite dans les plus hautes charges de justice à l’exemple de Louis Le Tonnelier de Breteuil (1609-1685), le grand-père d’Emilie ou de Louis Nicolas Le Tonnelier de Breteuil, baron de Preuilly (1648-1728) qui fut notamment Introducteur des Ambassadeurs. D’autres membres de la famille Le Tonnelier se sont également illustrés de par leurs fonctions de prestige : c’est le cas par exemple de François Victor Le Tonnelier De Breteuil (1686-1743) qui fut nommé Secrétaire d’Etat à le Guerre ou de Louis Auguste Le Tonnelier de Breteuil (1733-1807), ministre d’Etat et ministre de la maison du roi (sorte de ministre de l’intérieur) de Louis XVI (1783), et enfin fugitif ministre des finances, à la place de Necker, du 11 au 14 juillet 1789. Parmi les membres prestigieux, il faut bien évidement citer la femme la plus célèbre de cette famille : Gabrielle Emilie Le Tonnelier de Breteuil, connue sous le nom de Marquise Du Châtelet, femme de sciences et de lettres, et à qui cette exposition rend hommage.

Les Breteuil, famille faisant partie de la noblesse de robe, sont l’une des rares maisons à avoir donné trois ministres aux Bourbons et font donc par conséquent partie des plus grandes et prestigieuses familles de la France d’Ancien Régime.

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La Marquise Du Châtelet
, vers 1745, Marianne Loir (vers 1715-après 1779)

huile sur toile, 118 cm x 96 cm, Bordeaux, musée des Beaux-Arts, Cliché du M.B.A de Bordeaux/photographe Lysiane Gauthier

Ce portrait de Marianne Loir, émule de Nattier (lui-même auteur d’un portrait de la Marquise Du Châtelet en 1743), est certainement la représentation la plus célèbre d’Emilie Du Châtelet. Il existe d’ailleurs plusieurs copies faites d’après cet original qui aurait été peint vers 1745 à Paris.
On remarque l’extraordinaire bleu de la robe, peut-être un bleu de Prusse, couleur chimique au pouvoir colorant intense qui venait d’être découverte (1709 : invention par Dippel à Berlin, d’où son nom initial de bleu de Berlin, 1724 : publication de la formule par le chimiste anglais Woodward) et contribua à l’expansion considérable pour les vêtements des particuliers de cette couleur, longtemps réservée de fait au roi de France (le bleu de France) et à la Vierge Marie. Emilie Du Châtelet est ainsi vêtue à la dernière mode. Elle tient dans la main droite un compas qui évoque ses talents de physicienne et, dans la main gauche, un œillet blanc, symbole de passion et de fidélité, deux caractéristiques de son tempérament.

Louis-Nicolas de Breteuil, date inconnue, anonyme, Ecole française du XVIIe siècle,
huile sur toile, 82 cm x 64 cm, Choisel, Château de Breteuil

Louis-Nicolas Le Tonnelier de Breteuil, baron de Preuilly, est le père d’Emilie Du Châtelet pour laquelle il fut présent et attentif. C’est lui qui lui fit donner la même éducation qu’à ses deux frères, lui faisant apprendre le latin, l’anglais et les mathématiques, au domicile familial et non au couvent, comme il était de tradition pour les filles. Sa carrière personnelle est très riche. Il fut en effet un proche de Louis XIV et joue dès 1699 un rôle considérable à Versailles où il est introducteur des ambassadeurs. En 1706, il achète un hôtel Place Royale (aujourd’hui place des Vosges) où il s’installe avec sa famille jusqu’à sa mort en 1728. Voltaire fut d’abord lié avec le baron de Breteuil, avant de faire la connaissance de sa fille. On remarque sur ce portrait l’immense perruque louis-quatorzienne, caractéristique des années 1680-1700.
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Madame de Breteuil, date inconnue, anonyme, Ecole française du XVIIe siècle,
huile sur toile, 82 cm x 64 cm, Choisel, Château de Breteuil

Seconde femme de Louis-Nicolas de Breteuil qu’elle a épousé en 1697, Gabrielle Anne de Froulay est la fille du maréchal de Tessé, une des principales figures militaires du règne de Louis XIV. Elle est la mère d’Emilie Du Châtelet. Elle eut en outre deux fils dont l’abbé de Breteuil qui fut très proche de sa soeur. A la mort de son mari en 1728, elle se retire au château du Buisson à Créteil, où Emilie continue de lui rendre visite régulièrement. Elle y meurt en 1740.

 

L’Etat de la France, année 1702, publié à Paris chez A. Besigne,
collection privée

Ancêtre du bottin administratif, prolongé au XVIIIe siècle dans l’Almanach Royal, L’Etat de la France contient une liste de tous les Princes, Ducs et Pairs, Maréchaux de France, Evêques, Juridictions du Royaume, Gouverneurs des Provinces et Chevaliers des trois Ordres du Roi ainsi que les noms de tous les Officiers de la maison du Roi et des membres éminents de la cour pour chaque année où il est publié.
Au chapitre XII, Des Introducteurs des Ambassadeurs, nous retrouvons la présence de Louis Nicolas Le Tonnelier de Breteuil, père d’Emilie du Châtelet.
Ce dernier est tout d’abord nommé dans ce présent volume "lecteur du Roi", charge qui lui fut confiée le 21 janvier 1677 par Louis XIV et qui lui donne accès au "petit lever" de Sa Majesté. Il est également nommé "envoyé extraordinaire" auprès du duc de Mantoue et la réussite de sa mission diplomatique lui vaut la reconnaissance du roi.
En 1702, Louis Nicolas est nommé Introducteur des Ambassadeurs. Il fait en quelque sorte office de chef du protocole. Une charge aussi prestigieuse ne pouvait échoir qu’à un gentilhomme distingué par son rang et parfaitement rompu aux subtilités du cérémonial. Elle confère à son titulaire l’honneur de travailler directement avec le monarque, lequel lui permettait de s‘adresser à lui s’il ne pouvait résoudre une affaire délicate ou trop complexe.

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