LE VOISINAGE D'EMILIE DU CHATELET
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* Vincennes, Fontainebleau et Choisy : le roi

Louis XV, roi de France et de Navarre (1710-1774), vers 1723, atelier de Van Loo (1684-1745)
huile sur toile, 205 cm x 171cm, PMVP, Paris, Musée Carnavalet, cliché Habouzit

Ce tableau représente le roi Louis XV, l'année de la proclamation par lit de justice de sa majorité. A cette date, Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil est âgée de dix-sept ans. C'est donc ce roi jeune, bel homme et d'une superbe tournure que connut Émilie.

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Voltaire : Le poème de Fontenoy

En 1745, une coalition ennemie menace la France. Une bataille décisive a lieu sur la route de Lorraine, à Fontenoy ; le roi lui-même est à la tête de ses troupes. La bataille est meurtrière, mais l'armée française est victorieuse et la paix peut être signée : Louis XV, généreusement, et conformément aux idées des nouveaux philosophes opposés aux guerres de conquête, décide de ne tirer aucun profit territorial de cette victoire. Tous les poètes du royaume célèbrent, dans une foule de textes, cette belle page d'histoire. Voltaire cherche d'autant plus à se distinguer qu'il vit alors à la cour et vient d'être nommé historiographe du roi. Dans son poème, il fait l'éloge du roi et de ses troupes, mais il s'attarde aussi longuement sur les horreurs de la guerre et sur le sacrifice de tant de jeunes hommes. Parmi eux, beaucoup d'officiers de la noblesse, qu'il connaissait personnellement ou dont il connaît la famille. Il exprime aussi ses convictions profondément monarchistes : la nation a besoin d'un roi qui commande lui-même et qui s'inspire des principes de la philosophie ("Maître de son esprit, il l'est de la fortune"). Extrait, parmi plusieurs centaines de vers :

Oh ! combien de vertus que la tombe dévore !
Combien de jours brillants éclipsés à l'aurore !
Que nos lauriers sanglants doivent coûter de pleurs !
Ils tombent ces héros, ils tombent ces vengeurs ;
Ils meurent, et nos jours sont heureux et tranquilles ;
La molle volupté, le luxe de nos villes,
Filent ces jours sereins, ces jours que nous devons
Au sang de nos guerriers, aux périls des Bourbons.
[…]
Comment ces courtisans, doux, enjoués, aimables,
Sont-ils dans les combats des lions indomptables ?
Quel assemblage heureux  de grâces, de valeur !
Boufflers, Meuse, d'Ayen, Duras, bouillant d'ardeur,
A la voix de Louis courez, troupe intrépide.
Que les Français sont grands quand leur maître les guide !
Ils l'aiment, ils vaincront, leur père est avec eux. […]
Maître de son esprit, il l'est de la fortune ;
Rien ne trouble ses sens, rien n'éblouit ses yeux.

Voltaire, “Poème de Fontenoy”, dans Poésies
Éd. Georges Bengesco, Paris, Jouaust, s.d., p. 128, 129, 132 

Vincennes
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Vue des bâtiments du château du XVIIe siècle et du donjon du XIVe siècle Détail des médaillons au dessus de l'entrée de Le Vau
Au XVIIe siècle, l'architecte Louis Le Vau (1610-1670) construit pour Louis XIV les ailes (dites abusivement "pavillons") du Roi et de la Reine.
L'installation définitive de la cour à Versailles en 1682 marque le début de l'abandon de Vincennes comme lieu de séjour royal, malgré quelques  brefs intermèdes. Louis XV revient à Vincennes à plusieurs reprises, d'abord pour être au bon air au moment de la mort de Louis XIV, l'héritier du trône ne pouvant se trouver sous le même toit que le roi défunt. Il vint aussi à l'occasion de parties de chasse, mais la cour n'y séjournera plus jamais. Le roi tente plutôt de convertir Vincennes à l'industrie, encore pratiquement inexistante à Paris et dans ses environs. En 1740, Louis XV fait installer dans la tour du Diable une fabrique de porcelaine, s'agrandissant sans cesse jusqu'en 1745. La manufacture est finalement déplacée à Sèvres en 1756.
Fontainebleau

Vue de la cour du fer à cheval, Fontainebleau

Louis XV séjourna à Fontainebleau selon un rythme établi, chaque automne, à la saison des chasses. Cette périodicité qui fixa les voyages de la cour à peu près en septembre-octobre se maintiendra jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Sous le règne de Louis XV, la nécessité de trouver des logements pour les courtisans entraîna la construction de l'aile sud de la cour du cheval blanc, ainsi que l'élévation du gros pavillon. Madame Du Châtelet passa plusieurs automnes à Fontainebleau.

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Choisy-Le-Roi
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Vue de la maison royale de Choisy du côté du jardin (vers 1750), Jacques Rigaud (vers 1681-1754)
gravure 24 cm x 47 cm, XIXe siècle, Archives départementales du Val-de-Marne (6 Fi B Choisy 2)

Situé en bord de Seine, à quinze kilomètres environ de Paris, Versailles ou Vincennes, le château de Choisy eut une histoire liée à sa situation et à l'identité de ses propriétaires. Construit de 1678 à 1686 pour Mlle de Montpensier, cousine du roi, le château passa aux mains de Louis XV en 1739 qui, non content de l'aménager en résidence royale, lança un véritable plan d'urbanisme pour développer le village de Choisy (port, église, rues, lotissements, marché). Le château, aux jardins originels dessinés par Le Nôtre, agrandi par les Gabriel, fut en passe de rivaliser avec Fontainebleau  quand Madame de Pompadour s'y installa en 1746. Déserté par Louis XVI, puis vendu, le château fut finalement détruit au XIXe siècle. En 1789, dans leur Cahier de doléances, les habitants de Choisy réclament le retour du roi, dont la présence avait fait leur prospérité.

Vue des pavillons et du fossé d'entrée du château

Du château de Choisy-le-Roi ne subsiste que l'entrée, appelée "saut-de-loup", composée  d'un  fossé sec et de deux pavillons de gardiens, qui a servi à la mise en scène de la mairie, dans un parc de style Napoléon III.

Église dédiée à Saint-Louis et Saint-Nicolas

La nouvelle église paroissiale et royale est élevée de 1748 à 1760. Elle est construite par Ange-Jacques Gabriel (1698-1782) sur ordre de Louis XV pour remplacer l'ancienne église trop petite et trop proche de la Seine, démolie en 1759. L'originalité de cette église réside dans le fait que ses cloches positionnées trop bas ne portent pas très loin, ce dont les villageois se plaignirent au XVIIIe siècle.
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Portrait de la Marquise de Pompadour, 1756, François Boucher (1703-1770)
huile sur toile, 201 cm x 157 cm, Munich, ancienne Pinacothèque

François Boucher incarne au  XVIIIe siècle l'exemple type du style rococo de la peinture française. Après un séjour en Italie de 1727 à 1731, il obtint des succès de société, ainsi que la faveur de Madame de Pompadour, et devint le peintre à la mode. Il fut admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1734 et succéda à Carle Vanloo comme premier peintre du roi en 1765.
Jeanne-Antoinette Poisson, par son mariage Madame Le Normant d'Étiolles, célèbre maîtresse du roi Louis XV, qui la titra marquise de Pompadour, naît le 29 décembre 1721 à Paris et meurt le 15 avril 1764 à Versailles, âgée de 43 ans (tout comme Émilie Du Châtelet). Élevée un temps au couvent de Ursulines de Poissy, c'est auprès de sa mère que Jeanne-Antoinette découvrit les salons littéraires en vogue où elle fit la connaissance de Montesquieu, de l'Abbé Prévost, de Fontenelle, de Marivaux, pour ne citer que ces exemples. Passionnée des arts, elle favorise le projet de l'Encyclopédie de Diderot, fait travailler de nombreux artisans, apprend à danser, à graver, et à jouer de la guitare.

* Saint-Maur : le prince de Condé
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Vue du château royal de Saint-Maur prise du côté du jardin (vers 1740), Jacques Rigaud (vers 1681-1754)
gravure, 24 cm x 41 cm. XIXe siècle, archives départementales du Val-de-Marne (6 Fi B Saint-Maur 7)

Bâti en 1541 par Philibert Delorme pour le cardinal du Bellay, le château de Saint-Maur fut modifié par le même architecte pour Catherine de Médicis qui l'acquit en 1563. A la mort de la reine, en 1589, le château n'était pas achevé. Les princes de Condé l'acquirent alors, puis le cédèrent en usufruit au milieu du XVIIe siècle à leur intendant Jean de Gourville qui lui donna son aspect définitif. Le parc fut dessiné par Desgot, d'après Le Nôtre. Au XVIIIe siècle, Saint-Maur devint le Marly des Condés. Louis III de Bourbon-Condé y reçoit le Grand Dauphin en 1700 et en 1701, la duchesse de Bourgogne en 1702. Le duc de Bourbon se qualifie de baron de Saint-Maur, comme sa sœur la duchesse du Maine se qualifie de baronne de Sceaux. Confisqué à la Révolution et dévasté en 1796, le château est aujourd'hui entièrement détruit. Cette gravure de Jacques Rigaud est une des dernières vues qui nous en soient parvenues.

Vestiges des deux pavillons d'entrée du domaine des Condé, (36 rue du four)

Au XVIIIe siècle le bâtiment rouge contiguë aux deux pavillons n'existait pas.

Armoiries des Condé (place de l'église)

Les armoiries des Condé représentent sur fond azur trois fleurs de lys d'or, au bâton péri en bande de gueule (rouge) en abîme. On ne manquera pas de noter la présence des fleurs de lys qui en langage héraldique est le meuble le plus honorable, d'autant plus lorsqu'elles sont représentées d'or sur azur. Depuis Louis VII le jeune (roi de 1137 à 1180) elles sont en effet admises pour armes de la royauté française. Seule la brisure (élément de distinction), représentée par le bâton péri, distingue la branche aînée des Bourbon de celle des cadets : les Condé. Il ne faut évidemment pas la confondre avec la barre de bâtardise, beaucoup plus petite.

Louis Henri de Bourbon, prince de Condé, duc de Bourbon, XVIIIe siècle, Pierre Gobert (1662-1740), attribué à
huile sur toile, 128 cm x 97cm, Versailles, château de Versailles et de Trianon

Louis IV Henri de Bourbon-Condé, "Le" duc de Bourbon, septième Prince de Condé (1710), duc de Bourbon, duc d'Enghien et duc de Guise, pair de France, duc de Bellegarde, est né à Versailles le 18 août 1692 et meurt à Chantilly le 27 janvier 1740. Chef du Conseil de Régence, il devient en décembre 1723, à la mort du duc d'Orléans,  premier ministre. Il reste nominalement au pouvoir jusqu'en juin 1726, quand le roi l'exila à Chantilly.

 

 

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* Sceaux : la duchesse du Maine
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Vue du château de Sceaux prise du haut de l'allée de Diane, par Jacques Rigaud (vers 1681-1754)
gravure, Bibliothèque nationale de France
(Estampes, Va 92B Folio)

Le château actuel, élevé au milieu du XIXe siècle en style Louis XIII, n'a rien à voir avec celui bâti en 1597 puis acheté par Jean-Baptiste Colbert en 1670 qui fit moderniser l'édifice et dessiner un parc à la française par Le Nôtre. Après plusieurs changements de propriétaires, le château est confisqué comme bien national en 1792, vendu en 1798 puis détruit vers 1803. Sceaux connut sous la duchesse du Maine un rayonnement culturel exceptionnel auprès de l'aristocratie. Voltaire et Emilie Du Châtelet y vinrent souvent, animant en particulier les représentations théâtrales organisées par la duchesse qui raffolait, comme ses hôtes, de cette activité.

Vue du Petit Château

Construit à partir de 1661 à l'initiative de maître Boindin, ce bâtiment fût terminé par maître François Le Boultz. Racheté par Colbert en 1682, le Petit Château, était utilisé comme résidence pour ses hôtes. Au XVIIIe siècle, la duchesse du Maine, utilisa le Petit Château pour y élever ses enfants.

Vue du parc : grande perspective de Le Nôtre Vue des sculptures d'entrée, cheval terrassant un loup, Antoine Coysevox (1640-1720)

Vue du pavillon de l'Aurore

Le pavillon de l'Aurore fût construit par Charles Le Brun qui créa à cette occasion la superbe fresque de la coupole "l'Aurore sur son char", récemment restaurée.

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La leçon d'astronomie de la duchesse du Maine, vers 1705, François de Troy (1679-1752)
95 cm x 110, huile sur toile, Sceaux, musée de l'Île de France

Le XVIIIe siècle, dit "Siècle des Lumières" mêle l'expression littéraire à l'ouverture vers l'histoire, la philosophie et les sciences, dont cette toile est l'illustration parfaite. Avec Fontenelle et plus tard avec les Encyclopédistes, la science cesse d'être pédante et de parler latin. Pour la première fois, on parle science au grand public, et surtout au public des salons, comme celui de Marie-Thérèse Geoffrin. Neveu de Corneille, esprit curieux de tout, ouvert à tous les progrès de la science et de ses méthodes, Fontenelle fut un vulgarisateur scientifique de grand talent, mettant ainsi l'astronomie à la portée du grand public cultivé (Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686). Sans doute l'intérêt porté par la haute société à l'astronomie fut animé par simple goût mondain ou curiosité, comme ce fut le cas pour la duchesse du Maine (1676-1753). Mais Emilie Du Châtelet montra bien plus qu'une simple curiosité mondaine, elle s'intéressa en particulier au travail d'Isaac Newton, elle favorisa le concept physique de l'énergie au carré, prémices de la relativité d'Einstein. Étant donné qu'au XVIIIe siècle, les femmes n'avaient pas accès à l'enseignement supérieur, Émilie dut contourner ce problème en louant les services de professeurs qui venaient lui enseigner la géométrie, l'algèbre, le calcul et la physique.

* Berny (Fresnes) : le comte de Clermont
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Vue du Château de Berny du côté de l'entrée (Début du XVIIIe siècle),
Jean Mariette (1660-1742)
gravure 20 cm x 27,3 cm, XIXe siècle, Archives départementales du Val-de-Marne
(6 Fi A Fresnes 4)

Situé sur la route d'Orléans à Paris, le château de Berny fut transformé par les célèbres architectes Clément Métezeau puis François Mansart au XVIIe siècle. Il connut des propriétaires successifs avant de devenir résidence d'été des abbés de Saint-Germain-des-Prés jusqu'à la Révolution où il fut vendu. Détruit au XIXe siècle, il ne reste du château qu'une partie de l'aile nord de Mansart.

Vestiges du pavillon Mansart, Château de Berny,
cliché libre

Le château de Berny fut construit dans la seconde moitié du XVIe siècle. L'abbaye de Saint-Germain des Prés racheta le domaine en 1682 pour servir de résidence de campagne pour ses abbés commendataires. Il ne reste aujourd'hui du château de Berny qu'une partie de l'aile nord, dans laquelle avait été installée, au XIXe siècle, une fabrique de meubles (4 promenade du barrage, 94260 Fresnes). Ce vestige suffit cependant à donner une idée de la magnificence de la construction que Mansart avait élevée.

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, prince du sang, 1754, École française
huile sur toile, 63 cm x 52 cm, Paris, Institut de France : appartement du secrétaire perpétuel de l'Académie française

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont-en-Argonne, est né à Versailles le 15 juin 1709 et meurt le 16 juin 1771. Fils benjamin de Louis III de Bourbon-Condé (1668-1710), prince de Condé, et de Mademoiselle de Nantes, il entre en religion mais obtient du pape Clément XII, l'autorisation de porter les armes, il devient finalement abbé laïc de Saint-Germain-des-Prés en 1737. Il fut l'ami de Madame de Pompadour, dont il portait la cocarde en montant au feu. Très cultivé, protégeant les savants et les artistes, il fut membre de l'Académie française en 1753.

 

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