LE VOISINAGE D'EMILIE DU CHATELET
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* Conflans (Charenton) : l'archevêque de Paris
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Le château de Conflans, par P.-Denis Martin dit le jeune, 1700 ca
huile sur toile 100 cm x 140 cm, musée de l'Ile-de-France, Sceaux, photo Lemaître 1996

Véritable séjour princier, cette demeure eut de puissants propriétaires et d'abord la comtesse Mahaut d'Artois (1303-1323) qui fit construire les premiers éléments. Ce château devint ensuite résidence d'été des archevêques de Paris. Le bâtiment bas jouissait d'une vue exceptionnelle sur la vallée de la Seine. Il se terminait à l'Ouest par une aile en équerre et ses jardins, oeuvres de Le Nôtre, descendaient vers le fleuve par une succession de trois terrasses. Saisi et vendu à la Révolution, le château fut finalement démoli au cours du XXe siècle.

Vestige du portail d'entrée du château de Conflans, Charenton-le-Pont (94), 2 rue du président Kennedy

Le portail en fer forgé que soutiennent deux piliers en calcaire, est l'œuvre de l'architecte Pierre Desmaisons (1711-1795). Il date de 1777 et constitue un des rares vestiges du château de Conflans ainsi que l'escalier à double volée et la fontaine nichée au cœur d'une rocaille. Cet ensemble est classé depuis le 25 juin 1976 aux Monuments historiques.
Demeure princière érigée entre 1314 et 1320, le château de Conflans appartient successivement à de puissants propriétaires. A partir de 1673, les Archevêques de Paris en font leur maison de campagne jusqu'à la Révolution Française, lors de laquelle il est saisi comme bien national.
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Louis Antoine de Noailles, XVIIIe siècle, anonyme
Paris, musée Carnavalet, crédit PMVP, cliché Toumazet

Louis Antoine de Noailles (1651-1729) est évêque-comte de Châlons-sur-Marne lorsque Louis XIV le nomme archevêque de Paris en 1695. En 1700, Innocent XII lui remit le chapeau de cardinal. Simple de manières mais pieux, actif et zélé, le cardinal de Noailles prit parti en faveur des Jansénistes dans le conflit qui les opposait aux Jésuites. Ami du Régent, Philippe d'Orléans, ce dernier le nomma président du Conseil de conscience, en 1715.

* Arcueil : le prince de Guise

Le château d'Arcueil devient possession des princes de Lorraine, ducs de Guise, au début du XVIIIe siècle, lorsque Anne-Marie-Joseph d'Harcourt (1679-1739) en fait l'acquisition.

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La maison des gardes ou "petit château"

Ancienne dépendance du domaine des ducs de Lorraine (château et parc disparus), au 24 rue Raspail, elle accueille maintenant en ses murs le conservatoire de musique. Elle fut construite au XVIe siècle. La façade côté jardin date du XVIIe.

Vestige du parc du domaine des Guise, fontaine et perron,
Arcueil, 47 rue Emile Raspail

De l'ancien domaine subsiste un nymphée aménagé dans une grotte de coquillages sous une terrasse dans le parc et encadré par deux emmarchements. Cette fontaine aux nymphes est inscrite au titre des Monuments historiques en 1929.

Deux vues des jardins d'Arcueil (années 1740) par Jean Baptiste Oudry (1686-1755)

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Photographies noir et blanc de Giraudon (issue des archives d'André Desguine) d'après les dessins conservés à la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts,
16 cm x 24,4 cm, 1933, Archives départementales du Val-de-Marne (35 J 313-1)

 

Né à Paris, Jean-Baptiste Oudry fut à la fois peintre, illustrateur et créateur de tapisseries. De grande réputation, il eut des clients tels que le roi du Danemark, le duc de Mecklenberg et Louis XV. Reçu à l'Académie Royale des Beaux Arts en 1717, il dirige la manufacture de tapisserie de Beauvais à partir de 1734, celle des Gobelins à partir de 1748. Oudry fut probablement le plus grand peintre français de scènes de chasse et de natures mortes du XVIIIe siècle. Victime d'une attaque en 1754, il cessa de peindre et mourut à Beauvais en 1755.

Ces dessins des jardins d'Arcueil sont de belles illustrations de l'art du jardin qui culmine au XVIIIe siècle. A l'image de ce que font le roi et la reine à Versailles, la haute aristocratie introduit souvent des coins de jardins à l'anglaise, aux allures déjà romantiques, au sein des grands chefs d'œuvre à la française du XVIIe siècle qui parsèment l'Est parisien, comme les jardins de Champs sur Marne, Vaux-le-Vicomte, Sceaux ou encore le parc du château de Bercy, tous dessinés par Le Nôtre ou ses élèves directs. C'est ce que fit le prince de Guise, comte d'Harcourt, à Arcueil.

Rampes et terrasses dans les jardins d'Arcueil
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Miroir d'eau dans les jardins d'Arcueil

Le maréchal de Richelieu, Ecole française du XVIIIe siècle
huile sur toile, 110 x 90 cm, Paris, musée de l'armée

Le maréchal Louis François Armand de Vignerot du Plessis (1696-1788), duc de Richelieu (depuis 1715), est l'arrière-petit-neveu du cardinal de Richelieu ainsi que le filleul de Louis XIV. Homme de guerre valeureux, brillant Académicien et fidèle courtisan, le maréchal de Richelieu exerce une grande influence sur Louis XV. Egalement mécène généreux, il est l'ami de Voltaire, qu'il reçoit souvent dans ses différentes résidences. Séducteur invétéré, il vit une courte idylle avec la marquise du Châtelet qu'il rencontre à son retour de Vienne en 1729. A l'instigation de ses deux fidèles amis, Mme du Châtelet et Voltaire, il épouse le 7 avril 1734 Élisabeth de Lorraine-Harcourt, fille du prince de Guise, comte d'Harcourt.
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* Bercy (Charenton) : les Malon

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La duchesse du Maine en visite au château de Bercy, anonyme (XVIIIe siècle)
gravure d'après une peinture conservée au château de Brissac. 19,2 cm x 33 cm, XIXe siècle, Archives départementales du Val-de-Marne (6 Fi A Charenton 19)

Admirable, le château de Bercy fut construit à partir de 1658 par François le Vau (1613-1676), frère de Louis, pour Charles Henri de Malon. Les travaux furent continués par Jacques de la Guépière qui construisit notamment les écuries et communs de 1712 à 1714. Lieu de promenades très prisé de la noblesse pour son parc aménagé par Le Nôtre (1613-1700) et son site exceptionnel surplombant la Seine, le château fut réputé aussi pour ses boiseries considérées comme parmi les plus remarquables de l'art rocaille. Le parc fut loti à partir de 1809 et le château détruit en 1861. Une partie des boiseries se trouve aujourd'hui en Angleterre à Ghislehurst, une autre à l'ambassade d'Italie à Paris (hôtel de La Rochefoucauld-Doudeauville). A l'époque de Nicolas-Charles de Malon, Bercy fut un lieu très animé où se succédèrent fêtes et représentations théâtrales. Ce château traduit le niveau de vie très élevé de la famille.

Château de Bercy, vues de l'entrée du chenil et des écuries,
Charenton-le-Pont (94), 107 et 114 rue du petit-château


A une époque où le seul moyen pour la noblesse de se déplacer est le carrosse (voir plus haut), la grandeur des écuries révèle la puissance et la richesse d'une famille. Les modèles de référence restent les écuries du roi à Versailles ou celles du prince de Condé à Chantilly. Les chiens de chasse font également l'objet de grands soins, à l'image de ce que pratique Louis XV qui va jusqu'à loger ses chiens favoris dans son appartement à Versailles. Ces bâtiments datent du XVIIIe siècle. La porte des écuries est ornée de reliefs de chevaux, celle du chenil de chiens.

* Plaisance (Nogent) : Pâris-Duverney
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Château de Plaisance, aile subsistante, Nogent-sur-Marne (94), 30 rue Plaisance
cliché Maison de la Santé


L'ancien château de Plaisance fut démoli par Pâris-Duverney, nouvel acquéreur des lieux en 1729. Il se fit construire une demeure somptueuse où il reçut le roi, la duchesse du Maine et bien d'autres personnages de premier plan de la société du temps. Le seul vestige qui en subsiste est un pavillon de l'actuelle maison de Santé, ainsi que le bas du mur d'enceinte des jardins. A Plaisance, Pâris-Duverney fit aménager un parc où il faisait faire des expériences botaniques, comme cela commençait à devenir la mode. Il y acclimata pour la première fois en France un ananas et fit aussi pousser le premier magnolia de la royauté. Emilie Du Châtelet et Voltaire séjournèrent à Plaisance. En Prusse comme à Genève, Voltaire n'oubliait pas ce domaine et son jardin extraordinaire.
À Joseph Pâris Duverney. À Potsdam, ce 15 octobre 1750
Je viens de recevoir, Monsieur, la lettre dont vous m'honorez du 30 septembre. L'amitié que vous me conservez augmente le bonheur dont je jouis ici ; car sans l'amitié à quoi serviraient les honneurs et la fortune ? […] Je n'oublierai pas ici vos leçons et vos exemples. Je compte avoir une jolie maison de campagne sur les bords de la Sprée ; elle ne sera pas aussi magnifique que celle que vous avez auprès de la Marne, mais j'y ferai croître de vos fleurs et de vos légumes. Je compte venir vous demander des oignons et des graines. J'ai tout le reste à un point dont je suis honteux.

À Joseph Pâris-Duverney. Aux Délices, ce 26 juillet [1756]
[…] Je ne suis plus bon à rien ; ma santé m'a rendu la retraite nécessaire. Il eût été plus doux pour moi de cultiver des fleurs auprès de Plaisance qu'auprès de  Genève. […] 

Voltaire, Correspondance,
Éd. Théodore Besterman, traduite et adaptée par F. Deloffre, Paris, Gallimard,
Bibliothèque de la Pléiade, t. III (1749-1753) , 1975, p. 259, lettre 2668 et tome IV, p. 825, lettre 4530

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Joseph Pâris-Duverney (1684-1770), gravure (1757) d'Aveline d'après Van Loo
Bibliothèque nationale de France (Estampes 53 B 11 988)

Les quatre frères Pâris (Antoine, dit le grand Pâris pour ses deux mètres, Claude dit la montagne, Joseph dit Duverney et Jean dit de Montmartel) forment une des familles de financiers les plus importantes du XVIIIe siècle. De souche dauphinoise bourgeoise (grand-père aubergiste), ils firent fortune dans la fourniture de vivres aux armées, faisant preuve d'une efficacité exceptionnelle mais pas forcément de malhonnêteté dans cette mission difficile très lucrative. Ils incarnent un mode de gestion des finances de l'Etat largement déléguée à des particuliers, jugés plus réactifs qu'un appareil administratif encore peu étoffé. Lors de la mise en place du Système de John Law qui visait à concentrer tous les leviers financiers et économiques au sein d'une compagnie contrôlée par le roi, les frères Pâris durent s'exiler (1720). En 1721, l'effondrement du Système signifia leur revanche. C'est au moment de son retour aux affaires que Joseph Pâris Duverney s'installe à Plaisance où il fait reconstruire le château en 1739. D'une intelligence vive, Pâris-Duverney était apprécié des hommes et des femmes. Le cardinal Dubois, ministre du Régent, lui commanda un mémoire sur les finances de la France pour l'instruction du roi, le duc de Bourbon, principal ministre de 1723 à 1726, le fait secrétaire de ses commandements. Madame de Prie, maîtresse du duc de Bourbon, le révère et c'est à Plaisance que la duchesse de Châteauroux, future maîtresse de Louis XV, rencontre pour la première fois le roi en 1742. Surtout, la marquise de Pompadour, fille de François Poisson, financier important du groupe des Pâris (parmi les nombreux pères attribués à la marquise, on trouve Pâris de Montmartel), est l'amie de confiance de Duverney ; elle l'appelle "mon cher Nigaud". C'est avec lui qu'elle élabore le projet de l'Ecole militaire de Paris (1748), où il est enterré.
A la chute du duc de Bourbon en 1726, Pâris-Duverney, également disgracié, se retira dans son domaine de Plaisance, après quelques mois passés à la Bastille.

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Autel offert à la paroisse de Nogent par Pâris-Duverney (1721)
bois,  80 x 200, musée du vieux Nogent, Nogent-sur-Marne (94)

A l'occasion de son acquisition du domaine de Plaisance, à Nogent, en 1721, le financier, Pâris-Duverney, offrit à l'église de la paroisse ce charmant autel de style rocaille. Les angelots des coins font surtout penser à des amours et le financier fit représenter sur le devant d'autel ses propres armoiries plutôt qu'un sujet religieux. Ce blason se lit ainsi : "D'or à la face d'azur, chargée d'une pomme des champs, tigée et feuillée de sinople" (le sinople est le vert en langage héraldique). La pomme avait été choisie comme emblème par la famille des Pâris car elle évoquait leur nom au travers de l'évocation du héros de l'antiquité, Pâris, prince troyen qui avait dû départager les trois déesses, Minerve, Vénus ou Junon, en donnant une pomme (la pomme de la discorde) à la plus belle, Vénus, naturellement. On peut trouver que ce sujet mythologique, même d'évocation indirecte, était discutable pour un meuble d'église.

* Ormesson : l'intendant des finances d'Ormesson

Château d'Ormesson, Ormesson-sur-Marne

Château construit à la fin du XVIe siècle et inspiré de croquis d'Androuet du Cerceau (vers 1515 - vers 1585). Il devient propriété de la famille d'Ormesson en 1632. Les aménagements effectués après l'érection du domaine en marquisat, au milieu du XVIIIe siècle, confèrent au château l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. Ce château est ouvert au public tous les lundi de Pentecôte.

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Henry-François-de-Paul Le Fèvre, Seigneur d'Ormesson (1681-1756), 1ère moitié XVIIIe siècle, Hyacinthe Rigaud (atelier de)
138 cm x 113  cm, château d'Ormesson (94)

Henry Ier François de Paule Lefèvre d'Ormesson appartient à une grande famille de parlementaires et d'intendants des finances. Beau-frère de Henry François d'Aguesseau (1668-1751), garde des Sceaux et Chancelier de France, il est lui même conseiller d'Etat en 1721, intendant des finances pendant 26 ans (1722-1756). C'est à Henry François d'Ormesson que l'on doit la création du corps des Ponts et Chaussées. Malgré la disgrâce qui frappa Olivier d'Ormesson qui avait osé résister aux ordres de Louis XIV dans l'affaire Fouquet en 1661, la famille ne cessa jamais de servir l'Etat dans des postes de responsabilité de premier plan.

* Grosbois (Boissy-Saint-Léger) : le Garde des Sceaux Chauvelin
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Château de Grosbois, Boissy-Saint-Léger (94)

Le duc d'Angoulême, le comte de Provence (futur Louis XVIII), Barras, membre du directoire, Fouché, le fameux ministre de Napoléon 1er, le maréchal Berthier, prince de Wagram : depuis la construction du château de Grosbois (qui date de la fin du XVIe siècle, vers 1580), nombreuses ont été les personnalités à y vivre et à en apprécier le séjour. Depuis 1962, le domaine de Grosbois est un centre international d'entraînement pour les chevaux de course et se visite tous les dimanches après-midi.

Portrait de Germain Louis de Chauvelin, Garde des Sceaux, 1727, Hyacinthe Rigaud (1659-1743)
huile sur toile, 146 cm x 116 cm, Toulouse, musée des Augustins

En 1727 sous l'égide de son protecteur le Cardinal de Fleury, Germain Louis de Chauvelin (1685-1762), marquis de Grosbois, devient Garde des Sceaux, puis secrétaire d'État aux Affaires étrangères de Louis XV, et enfin ministre d'Etat. Considéré par ses contemporains, tel le mémorialiste Barbier, comme "prodigieusement riche", c'est en 1731 qu'il achète le château de Grosbois à Samuel Bernard (1686-1753), banquier de Louis XIV, puis de Louis XV, qui venait de se faire construire un autre château non loin de là à Coubert (77) par Boffrand.

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