EINE PHILOSOPHIE DES GLÜCKS
Das Glück mit Voltaire
Voltaire jung von Largillière, 1718
Musée Carnavalet

1718 ist Voltaire bereits mit vierundzwanzig Jahren ein berühmter Dichter. Er lässt sein Porträt von dem Maler Nicolas von Largillière (1656-1746), der in der Aristokratie modisch war, malen. Das 600x500 große Gemälde wird in dem Voltaire-Institut und Museum in Genf aufbewahrt. Es existieren mehrere Abbildungen und gravierte Reproduktionen davon. Es heißt, dass er dieses Gemälde seiner damaligen Geliebten Suzanne von Livry schenkte. Eine ähnliche Leidenschaft für das Theater einigte beide junge Leute. Voltaire war der berühmteste europäische Schriftsteller des 18. Jahrhunderts, vor allem dank seiner überall mit groβem Erfolg gespielten Tragödien und dank seiner anderen in Versen verfassten, geistreichen und eloquenten Werke. Aber auch als Historiker schafft er ein groβes Werk und wurde allmählich der geschätzteste Philosoph der Aufklärung. Heute liest man vor allem seine Erzählungen in Prosa, die zum gröβten Teil wie Candide (1759) zum Alterswerk gehören. Voltaire teilte die meisten Neigungen und Gedanken von Frau du Châtelet, die wahrscheinlich einen wahren intellektuellen Einfluβ auf ihn ausübte, indem sie ihn mit dem Gedanken von Newton  und mit den wissenschaftlichen Neuerungen bekannt machte und ihn zu einer kritischen Betrachtung der Bibel veranlasste. Sie half ihm auch bei seiner Karriere, in dem sie dank ihren Beziehungen seine Wahl in die Académie française und seine Ernennung zum offiziellen königlichen Geschichtsschreiber gefördert hat.

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Das Schloss von Villecerf
, 1703

Gemälde (BNF, estampes Va 420 format 4 Seine-et-Marne)

Dieses heute verschwundene Schloss, auch Schloss Saint-Ange genannt, wurde von François I. in der Nähe von Fontainebleau gebaut. 1714 war es der Landwohnsitz einer hohen Persönlichkeit, Louis Urbain Lefèvre de Caumartin, der Mitglied des Königsrats und Finanzintendant war. Als Kunde von Voltaires Vater, der Pariser Notar war, lud Caumartin den ganz jungen Mann ein, der immer noch François Arouet genannt wurde, um sich in diesem Schloss während des Sommers aufzuhalten. Voltaire machte dort die Bekanntschaft des Vaters von Emilie du Châtelet.

Schlafzimmer von Voltaire in Ferney
anonyme kolorierte Grafik, BNF Graphik Va-1(3) folio

Voltaire überlebte Frau du Châtelet fast um dreißig Jahre. Er verbrachte einige Zeit in Preußen bei König Friedrich II., dann in Genf und schließlich die letzten zwanzig Jahre seines Lebens ganz in der Nähe dieser Stadt aber im französischen Teil und zwar im Schloss von Ferney, das er prunkvoll umbauen ließ wie er das Schloss von Cirey verwandelt hatte, um dort mit Emilie du Châtelet zusammen zu leben. Der Ruhm des alten Schriftstellers zog hierher eine Menge von Besuchern an, die aus ganz Europa kamen um sich von ihm beraten zu lassen, um ihm zu huldigen oder um ihn einfach zu sehen. Er hatte in seinem Schlafzimmer das Porträt von Frau du Châtelet aufgehängt. Nach seinem Tod (1778) wurde aus diesem Zimmer eine Art Denkmal mit einem Grabmal (links auf der Grafik) gemacht: Dies stellt diese in der Nationalbibliothek aufbewahrte kolorierte Gravur, deren Künstler unbekannt ist, dar. Dieses Grabmal zeigt deutlich den Kult, der das Gedenken an den berühmten Schriftsteller des 18. Jahrhunderts lange begleitet hat. Das Schloss von Ferney (heute Ferney-Voltaire im Departement von Ain) ist vor kurzem von dem französischen Staat zurückgekauft und in ein Museum verwandelt worden.

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* Lettres de Voltaire
Lettre de Voltaire au comte d’Argenson, 4 septembre 1749, "Ce petit besoin était une petite fille"
BNF, ms fr 12938, p. 320

A M. le Marquis d’Argenson, à Lunéville,
M. de Voltaire

"Madame Du Chastellet vous mande, Monsieur, que cette nuit, étant à son secrétaire, et griffonnant quelque pancarte newtonienne, elle a eu un petit besoin. Ce petit besoin était une fille qui a paru sur le champ, on l’a étendue sur un livre de géométrie in quarto, la mère est allée se coucher parce qu’il faut bien se coucher, et si elle ne dormait pas, elle vous écrirait. Pour moi qui ay accouché d’une tragédie de Catilina, je suis cent fois plus fatigué qu’elle. Elle n’a mis au monde qu’une petite fille qui ne dit mot, et moi, il m’a fallu faire un Cicéron, un César. Et il est plus difficile de faire parler ces gens là que de faire des enfants, surtout quand on veut ne pas faire un second affront à l’ancienne Rome et au théâtre français. Conservez moi vos bontés, aimez Cicéron de tout votre cœur : il était bon citoyen comme vous et n’était point maquereau de sa fille comme l’a dit Crébillon. Mille respects. V."

Lettre de Voltaire au comte d’Argental, 10 septembre 1749, "Ah, mon cher ami, je n’ai plus que vous"
BNF, ms fr 12936, p. 47

Lors de la mort de Mme Du Châtelet à Lunéville, malgré la passion amoureuse qui l’entraînait vers le marquis de Saint-Lambert, la liaison publique avec Voltaire continuait ; de véritables et profonds liens les unissaient toujours. Voltaire avait accompagné Mme Du Châtelet à la cour de Lorraine et ne l’avait pas quittée au moment de son accouchement. Sa douleur s’exprime dans plusieurs lettres à ses amis. Le comte d’Argental (1700-1788), magistrat puis ambassadeur, fut l’ami intime et le conseiller de Voltaire et de Mme Du Châtelet, qu’il aida souvent dans leurs difficultés (Voltaire le surnommait, avec sa femme, ses "anges"). Voltaire va séjourner quelques temps à Cirey  ("par Vassy", village voisin) avec M. Du Châtelet pour régler la succession de la marquise, Voltaire ayant beaucoup investi dans l’aménagement du château. Les redites, un certain décousu reflètent l’émotion de Voltaire qui écrit en toute hâte. Sur cette lettre, signée "V.", conservée au département des manuscrits de la BNF, les indications "sur la mort de madame Du Châtelet", 24, en haut, et les deux lignes de références du bas, ont été ajoutées ultérieurement.

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A M. le Comte d’Argental.

"Ah ! mon cher ami je n’ai plus que vous sur la terre. Quel coup épouvantable ! Je vous avais mandé le plus heureux et le plus singulier accouchement. Une mort affreuse l’a suivi. Et pour comble de douleur il faut encore rester un jour dans cet abominable Lunéville qui a causé sa mort. Je vais à Cirey avec M. Du Châtelet. De là je reviens pleurer entre vos bras le reste de ma malheureuse vie. Conservez-nous Mme d’Argental. Ecrivez-moi par Vassy à Cirey. Ayez pitié de moi mon cher et respectable ami, écrivez-moi, à Cirey. Voilà la seule consolation dont je sois capable. V."
Lettre de Voltaire à Baculard d’Arnaud, 14 octobre 1749, "un très grand homme"
BNF, Arsenal, Ms 7571, p. 12
Avec un mois de recul, Voltaire commente douloureusement la mort de Mme Du Châtelet en répondant à ses nombreux correspondants, qui ont rarement connu et compris la disparue comme les d’Argental. C’est l’occasion pour lui de faire l’éloge d’Emilie et de montrer son vrai visage, celui d’une intellectuelle passionnée et profonde. Ainsi, dans une lettre à un jeune auteur qu’il protège non sans réticences (et avec lequel il se brouillera bientôt), Baculard d’Arnaud (1718-1807), il insiste sur les qualités exceptionnelles de celle qui a été "son ami de vingt ans". Il s’agit de réhabiliter une personnalité souvent décriée et moquée, jusque pour les circonstances de sa mort, dans les cercles littéraires et mondains. La longue phrase du début de la lettre, très concerté, rassemble toute les répliques nécessaires aux critiques qu’a essuyées Mme Du Châtelet de son vivant (par exemple pour sa passion du jeu, le cavagnole). Baculard, qui sert d’informateur à Paris à Frédéric II de Prusse, participe aux négociations qui amèneront Voltaire à partir bientôt pour Berlin. Le manuscrit de cette lettre, signée "V.", est conservé à Paris à la Bibliothèque de l’Arsenal.

A Monsieur
Monsieur d’Arnaud
Agent du Roi de Prusse
Hotel d’Entragues

"Mon cher enfant, une femme qui a traduit et éclairci Newton, et qui avait fait une traduction de Virgile, sans laisser soupçonner dans la conversation qu’elle avait fait ces prodiges, une femme qui n’a jamais fait de mal à personne et qui n’a jamais proféré un mensonge, une amie attentive et courageuse dans l’amitié, en un mot un très grand homme que les femmes ordinaires ne connaissaient que par ses diamants et le cavagnole, Voilà ce que vous ne m’empêcherez pas de pleurer toute ma vie. Je suis fort loin d’aller en Prusse, je peux à peine sortir de chez moi. Je suis très touché de votre sensibilité. Vous avez un cœur comme il me le faut. Aussi vous pouvez compter que je vous aime bien véritablement. Je vous prie de faire mes compliments à M. de Morand. Adieu mon cher d’Arnaud, je vous embrasse. V."
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Voltaire : Epître à M. de Saint-Lambert, 1748
BNF, Ms fr 12936, p. 47
Le marquis de Saint-Lambert, un officier lorrain, rencontré à la cour de Lorraine, devint l’amant passionnément aimé d’Emilie Du Châtelet, alors que sa relation avec Voltaire s’était transformée en amitié et simple compagnonnage intellectuel (leur liaison eut comme conséquence une maternité tardive qui entraîna la mort d’Emilie). Comme Voltaire, Saint-Lambert était un philosophe, qui a écrit des articles pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et un poète remarquable. Voltaire le considérait comme le plus grand poète du temps (après lui). Il devait acquérir une réputation européenne avec son grand poème en quatre chants, Les Saisons. Quand Voltaire découvrit, en 1748, la liaison de sa compagne avec Saint-Lambert, il se montra compréhensif envers un rival plus jeune et plus attirant que lui. C’est le sens de la lettre en vers, l’épître, qu’il lui adresse en 1748, en adoptant le ton de la plaisanterie. Utilisant de multiples allusions mythologiques qui soulignent leur commune pratique littéraire et leur commune culture (directement évoquée par une comparaison entre eux et le poète latin Horace), il décrit avec humour les deux poètes, tous deux amoureux d’Emilie, qui font des bouquets pendant qu’elle ne s’intéresse qu’au mouvement des astres : mais seul le bouquet de Saint-Lambert, plus séduisant, plaira à Emilie quand elle quittera son travail, "sur le soir/ Avec un vieux tablier noir/ Et sa main d’encre encor salie". Le manuscrit que nous présentons (conservé au département des manuscrits de la BNF a été écrit par un secrétaire ; Voltaire a corrigé de sa main le huitième vers. Emilie est désignée comme "la belle amante de Newton", "notre héroïne".
Tandis qu’au-dessus de la terre
Des aquilons et du tonnerre
La belle amante de Newton
Dans les routes de la lumière
Conduit le char de Phaêton
Sans verser dans cette carrière ;
  Nous attendons paisiblement
Sur le bord de cette fontaine
Que notre héroïne revienne
De son voyage au firmament ;
  Et nous assemblons pour lui plaire,
Dans ses jardins et dans ses bois,
Les fleurs dont Horace autrefois
Faisait des bouquets pour Glycère.
  Saint-Lambert, ce n’est que pour toi
Que ces belles fleurs sont écloses ;
C’est ta main qui cueille les roses
Et les épines sont pour moi.
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