Séminaire sur la littérature philosophique clandestine

Séminaire dirigé par Olivier BLOCH, Centre de recherches sur l’histoire des systèmes de pensée moderne de l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne


COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L’ANNÉE 1992-1993

Le 14 novembre 1992, Olivier BLOCH traite de Nicolas de Blégny et la tradition libertine.

O. Bloch fournit les éléments de la vie et de la carrière mouvementées de Nicolas de Blégny (1646-1722), personnage qu’il avait rencontré à l’occasion de l’étude du médecin Abraham Gaultier et de sa Réponse à un théologien… datée de 1714, et rappelle les caractéristiques, et l’intérêt, des Journaux de médecine publiés par Blégny en 1679-1681. Le contenu de ces journaux fournit un certain nombre d’indices des relations unissant Blégny aux milieux et personnages héritiers du gassendisme et de l’ancien libertinage érudit, en particulier le médecin Guillaume Lamy, et les « Nouvelles recherches sur la nature des corps mixtes » que Blégny publie dans plusieurs numéros de 1679 et 1680 portent la marque d’une connaissance relativement précise des idées gassendiennes d’après l’Abrégé de Bernier, tandis que les références à Descartes que l’on y trouve s’appuient sur le Traité de physique de Rohault. Ce type de culture est similaire à celui qui caractérisera la Réponse… du médecin Gaultier, dont nous entrevoyons par les mêmes journaux que Blégny était dès 1680 en relation, et sinon directement avec lui, en tout cas avec son confrère, coreligionnaire et ami de Niort le médecin Pinet. La collaboration ultérieure de Blégny et Gaultier au Mercure Sçavant de 1684, les deux textes qu’on peut y attribuer à ce dernier, en particulier la « Lettre à M.D.B. [Monsieur de Blégny ?] » où l’on défend l’idée que la matière est capable de sentir, et la continuité que l’on peut percevoir entre cette culture, les procédés et l’orientation d’un texte comme celui-là, et ce que l’on trouvera dans la Réponse…, texte typique du premier matérialisme des Lumières, semble autoriser à voir en Blégny un des acteurs de la transition qui s’opère dès le dernier tiers du XVIIème siècle entre la tradition libertine et le matérialisme des Lumières.

Le même jour, Timo KAITARO nous révèle Les Manuscrits clandestins de la Bibliothèque de l’Université d’Helsinki (cf. son inventaire dans la rubrique Articles).

Les listes de Wade et de Benítez ne signalaient aucun manuscrit philosophique clandestin en Finlande. La proximité de Saint-Petersbourg et d’Helsinki, les contacts nombreux que les deux villes entretenurent pendant les derniers siècles, justifiaient de vérifier la chose. Cette absence provenait peut-être simplement de ce que personne n’avait encore examiné les catalogues finlandais. En effet : les catalogues de la Bibliothèque de l’Université d’Helsinki révèlent une importante collection de recueils et quelques manuscrits séparés. Il s’agit de nouveaux exemplaires de manuscrits connus, comme les Trois imposteurs, mais aussi de nouveaux titres, par exemple une copie manuscrite du De admirandis naturæ reginæ deæque mortalium arcanis de Vanini, et une traduction française du Philosophical dissertation upon death d’Albert Radicati. On y trouve également une série importante de textes de déistes anglais traduits en français ou en allemand. La plupart de ces manuscrits proviennent d’une donation de Paul Alexandroff (le fils naturel du grand-duc russe Constantin) à la Bibliothèque de l’Université d’Helsinki en 1832. De là, on peut conjecturer qu’ils proviennent originairement de la bibliothèque du baron von Korff (1697 1766), diplomate et bibliophile russe.

Le 12 décembre, Marie-Hélène COTONI traite de La question de la liberté selon Robert Challe.

Acceptant l’hypothèse selon laquelle les Difficultés sur la religion sont bien l’oeuvre de Robert Challe, on se propose de montrer comment des échos de la croyance, vigoureusement affirmée dans le traité, en la liberté humaine, peuvent être perçus dans Les illustres Françaises.
Après avoir rappelé la négation, par Challe, du hasard dans la vie humaine, on examine donc les aspects de la causalité dans son roman. Le déterminisme extérieur y tenant peu de place, les mouvements dramatiquement importants des protagonistes sont toujours liés à une activité humaine. Peu enclin à approfondir le déterminisme psycho-physiologique, l’écrivain s’intéresse surtout à l’affrontement des passions et de la volonté. Dans l’article troisième du Quatrième Cahier des Difficultés, d’inspiration cartésienne, Challe affirme fortement l’existence de la liberté humaine, démontrée, à ses yeux, par l’intuition qu’en a chacun et par la pratique quotidienne d’actes volontaires. Mêlant optiques théocentrique et anthropocentrique, il estime que cette volonté libre valorise l’homme, intrinsèquement différent de l’univers matériel et en conséquence seul digne “d’occuper la divinité”, par la joute toujours incertaine des passions et de la volonté.
Or, dans Les illustres Françaises, les quatre premières histoires ont un dénouement heureux : les héros ont bien géré leurs passions, soit en les équilibrant par le souci de leurs devoirs, soit en en faisant un instrument de libération. En revanche, passion amoureuse, crainte et colère non maîtrisées entraînent la perte des héros de la cinquième et de la sixième histoires. Si Challe dépeint les bouleversements physiologiques dus aux passions et aux conflits intérieurs, il mentionne aussi fréquemment les manifestations d’un comportement libre, comme les promesses, et multiplie les termes appartenant au champ sémantique de la décision (“résoudre”).

Le 9 janvier 1993, Le 9 janvier Silvia BERTI traite du sujet : La pensée radicale d’ Adalberto Radicati di Passerano.

S. Berti donne un aperçu de la vie et des thèses principales de ce free-thinker piémontais dont la valeur intellectuelle et l’originalité sont encore loin d’être reconnues. Apre et difficile, sa polémique constituait une réponse originale, courageuse et imaginative aux problèmes posés par l’âge de Vittorio Amedeo II et aux thèmes proposés par le déisme anglais le plus mur et agressif. Exilé et persecuté, Radicati est en effet le plus hardi, et peut-être le seul témoin italien qui ait apporté une contribution créative aux débats intellectuels pendant la crise de la conscience européenne au début du XVIIIe siècle.
S. Berti esquisse ensuite le contenu de son ouvrage majeur, les Discours moraux, historiques et politiques (publiés dans son Recueil des pièces curieuses sur les matières les plus intéressantes, paru à Rotterdam en 1736 chez la Veuve Johnson), où Radicati exposa le programme de réforme politique et religieuse proposé à son souverain. Si, d’un cotè, il pousse vigoureusement le roi à suivre les grands exemples d’Henri VIII, de Louis XIV, de Pierre le Grand, qui n’hésitèrent pas à lutter contre Rome (renouvelant ainsi la tradition de Paolo Sarpi), de l’autre, il semble avoir assimilé avec beaucoup d’intelligence critique la partie la plus créative et corrosive de la tradition déiste anglaise — tout spécialement dans le IIIe discours (dans l’édition anglaise de 1734), où il soutient que la religion du Christ ne diffère pas de la religion naturelle (cf. la Christianity as old as Creation de Tindal. L’idéal de Radicati était « la démocratie parfaite » : cette forme de gouvernement était la seule à remplir son besoin d’égalité.
S. Berti souligne enfin l’importance de sa Philosophical Dissertation upon Death (1732), qui suscita une réaction très violente. Dans cette méditation philosophique, il combine une forme très puissante de naturalisme matérialiste avec un refus des superstitions religieuses inculquées par des fourbes imposteurs. Pour mieux établir leur pouvoir, ces imposteurs creèrent, entre autres terreurs, la peur de la mort. La mort, selon Radicati, n’est qu’un changement dans l’état de la matière, en ce sens qu’à leur mort les êtres ne font qu’altérer leur forme précédente : « the fear of death, therefore, with regard to annihilation cannot be natural, since the annihilation of any one body whatsoever is not to be met with in nature ». La terreur de la mort n’est pas innée, mais procède de la conscience du danger de la mort. Presque au début du texte on peut lire : « By the universe I comprehend the infinite space which contains the immense matter ». Cette matière est composée de particules d’atomes qui « could not be at all capable of the least motion if the whole was completely filled... This matter and this motion are inseparable : for it is a thing no less impossible that motion should be found where matter is not, than to find matter destitute of motion ».
Cette dernière citation a tout récemment retenu l’attention de David Berman dans son History of Atheism in Britain, où il s’occupe très brièvement de la Dissertation. Berman qualifie la pensée de Radicati « a materialistic version of pantheism », mais il semble préferable de la définir comme ontologie matérialiste, dans la mesure où il soutient, comme on vient de le voir, non seulement l’inséparabilité de la matière et du mouvement, mais aussi leur « eternal coexistence », coexistence qui « exists necessarily ». La formulation de ce concept est très proche de la distorsion matérialiste d’une partie de 1’Ethique de Spinoza que l’on trouve déja dans le Traité des trois imposteurs. Chez Radicati, néanmoins, on peut percevoir une vision plus dramatique, et comme une projection de son inquiétude personnelle, dans l’intuition d’une matière entièrement dynamique, « compounded — écrit-il à sa façon littéraire — of a diversity of contraries, which, being intermingled, cannot in any wlse be in repose ». La matière ainsi conçue comme identique à la nature porte en soi l’identification spinozienne entre Dieu et la substance, mais aussi l’idée hobbesienne que la réalité se résout en matière et mouvement. Vision complétée par un touche de naturalisme vitaliste.

Le 13 février, Antony MCKENNA nous présente les Reflections morales et métaphysiques sur les religions et sur les connaissances des hommes.

La découverte par Miguel Benitez d'une lettre autographe adressée par l'auteur, de Lyon, à Reinier Leers à Rotterdam le 13 août 1715, permet d'attribuer ce texte sans hésitation à Delaube — personnage dont nous ne savons rien par ailleurs. Leers est mort en novembre 1714, et sa maison d'édition a été achetée dès 1709 par Caspar Fritsch et Michael Böhm, ce qui explique sans doute que cette lettre, où l'auteur offre son texte pour publication, soit restée sans effet.
Nous connaissons deux exemplaires des Réflexions morales et métaphysiques : Grenoble 329 et Rouen 1569 : le texte de Grenoble, en deux parties, a des pages de titre ornées et calligraphiées comme un imprimé, portant la date : Lyon 1742 ; l'exemplaire de Rouen est daté de Caliput 1767. L'exemplaire de Rouen comporte des corrections d'une main moderne ; celui de Grenoble se trouve parmi les manuscrits de « M. Raby d'Amérique », qui adopte par ailleurs le pseunyme de J.F. Prière, étudiés par Françoise Weil. A la fin du texte, on trouve la mention de différentes traités où l'on reconnaît sans peine les manuscrits de Raby conservés à Grenoble et dont des copies se trouvent à Rouen. Françoise Weil a étudié les indices d'une diffusion confidentielle des ces textes.
Les Réflexions sont caractérisées par leur unité et par leur cohérence, même si elles se présentent comme les tâtonnements d'un philosophe amateur. Celui-ci est un lecteur attentif de Malebranche et ce sont les réflexions du « Philososophe chrétien » qu'il reprend dans sa définition de la dépendance de l'esprit par rapport au corps, — dépendance qu'il refuse d'envisager comme une corruption, mais qu'il prend comme point de départ dans son analyse de la condition humaine (Première partie). Il conteste la grandeur de l'homme, insistant sur l'immensité de l'univers (les Deux Infinis) et sur les qualités supérieures des animaux, et souligne le caractère fragile des prétendues connaissances des « bipèdes ». Sa réflexion sur l'existence des corps le conduit à développer l'occasionalisme de Malebranche dans la direction de Berkeley.
La seconde partie des Réflexions est consacrée à l'analyse de la Loi religieuse et de son autorité — qu'il conteste. Il souligne cependant le rôle politique des religions dans le maintien de la cohésion sociale, et définit « le caractère d'un philosophe heureux », qui est celui surtout d'un philosophe discret. Ses remarques sur ce point peuvent néanmoins être comparées avec les textes de Werenfels (présenté par Andrew Fairbairn) et de Du Marsais. Un dernier chapitre lui permet de conclure à “mon ignorance devant les mystères du monde” et au panthéisme : « Tout est Dieu et esprit, les esprits sont en Dieu, et ce monde visible n'est qu'un faible rayon de la divinité » : il refuse de se laisser entraîner vers le matérialisme que Bayle attribuait à Spinoza.
Ces Réflexions d'un philosophe inconnu nous permettent d'entrer de plein pied dans le contexte intellectuel de la philosophie clandestine en 1715.

Le 13 mars, Gianluca MORI consacre une communication à L'Examen de la religion : sources, datation et attribution.

Attribué tour à tour aux figures les plus représentatives du mouvement philosophique de la fin du XVIIe siècle et du siècle des lumières (Saint-Evremond, Boulainvilliers et son groupe, Fontenelle, de Maillet, Voltaire, d'Argens, jusqu'à d'Holbach), I'Examen de la religion a bien gardé le secret de son origine. Voltaire avait bien soulevé le voile sur l’auteur du texte, mais le peu de fiabilité dont il jouit en matière d'attribution a placé les critiques sur leur réserve. G. Mori justifie celle-ci en trois étapes :
  1. une recherche sur les sources, avec quelques résultats attendus (Malebranche, Fontenelle, Spinoza) et d'autres assez étonnants : l'Examen contient, entre autres, une trentaine d'extraits tirés mot à mot du livre du théologien irlandais Edward Synge, La religion d'un honnête homme, traduit en français en 1699 ;
  2. une tentative de datation, qui s'appuie sur les sources retrouvées et sur plusieurs passages du texte, qui font penser qu'il a été rédigé autour de 1705-1710 ;
  3. un premier portrait-robot : l'auteur est Français, né au plus tard en 1680-1685, est très proche de la position de Fontenelle (dont il admire surtout l'Hisloire des oracles) et connaisseur de l'oeuvre de Malebranche, tout en étant très attentif à l'égard de la culture philosophique anglaise ; il penche vers l'empirisme et témoigne d’un intérêt pour les problèmes linguistiques (fonction de l'allégorie, traduction de l'Ecriture, définition des mots). Un écrivain remplit parfaitement ces conditions, qui n’est autre que celui désigné par Voltaire : César Chesneau Du Marsais.
Une comparaison avec les textes officiels de celui-ci, sur le plan du style, des idées, du lexique, confirme cette hypothèse : on trouve quelques soixante-dix correspondances textuelles, distribuées tout au long de l'ouvrage et donc tout à fait probantes si on les considère dans leur ensemble.

Le 10 avril, Geneviève ARTIGAS-MENANT traite de la Notice des écrits les plus célèbres, tant imprimés que manuscrits, qui favorisent l’incrédulité, et dont la lecture est dangereuse aux esprits foibles.

On se reportera à l’article qu’elle lui consacre dans le présent numéro du Bulletin.

Le 22 mai, Geraldine SHERIDAN traite de Boulainvilliers, Lenglet Dufresnoy et la Réfutation de Spinoza.

La Réfutation des erreurs de Benoît de Spinosa par M. de Fénelon Archevêque de Cambray, par le P. Lami Benedictin & par M. le Comte de Boulainvilliers. Avec la Vie de Spinosa, écrite par M. Jean Colerus, Ministre de l'Eglise Lutherienne de la Haye; augmentée de beaucoup de particularités tirées d'une Vie Manuscrite de ce Philosophe, faite par un de ses amis : on sait depuis longtemps que cette édition a joué un rôle important dans la vulgarisation d'un certain “spinozisme”, mais il reste à tirer au clair son rapport avec la tradition clandestine antérieure. Nul doute que Lenglet Dufresnoy n'ait constitué sa collection autour de l'Essai de Boulainviller et de la Vie de Spinoza de Lucas qui s'y trouve réunie dans la plupart des manuscrits : ensemble ils comptent pour plus de trois quarts des pages de l'édition. L'intérêt de cette Vie manuscrite, écrite par un “ami” de Spinoza n'aurait pas échappé à un public hétérodoxe, et Lenglet en était bien conscient. Mais il est inexact de le rendre responsable de la création d'une fausse “légende Boulainviller”, comme l'a fait Norman Torrey, vu que les pièces essentielles, y compris la “Préface de M. le comte de Boulainvilliers” se retrouvaient déjà réunies dans des collections manuscrites constituées vingt ans plus tôt. Lenglet avait de multiples contacts dans les milieux où ces manuscrits circulaient à Paris et à Vienne où il a résidé en 1721. Mais ce ne sera qu'en collationnant tous les manuscrits qui restent (22 pour l'instant) en vue d'une nouvelle édition (chez Universitas) que l'on pourra, avec un peu de chance, identifier l'origine du texte de Lenglet. En outre, une collation scrupuleuse pourrait jeter une nouvelle lumière sur la filiation des manuscrits, et éventuellement sur certains aspects de la circulation clandestine.
La genèse et l'organisation de l'Essai de Boulainviller ont longtemps intrigué les chercheurs. On a constaté que l'Essai suivait le plan, non pas de L'Ethique de Spinoza, mais plutôt de son Court traité (Korte verhandeling), texte antérieur, mais qui était, croyait-on, inconnu en France à cette époque. Mais dans les Notes de lecture de Boulainvilliers, conservées manuscrites à la B.N. (n.a.f. 11072), il y a des notes commentées, qu'on croyait fondées sur L'Ethique et qui ont comme titre Abrégé ou courte exposition de l'opinion de Spinosa touchant la divinité, l'esprit humain, et les fondements de la Morale. Dans la traduction d'Appuhn, le Korte verhandeling s'intitule Court traité de Benoît de Spinoza sur Dieu, l'homme et la santé de son âme. Il est désormais établi, sans aucun doute possible, que Boulainviller a connu ce texte, bien plus facile à aborder que L'Ethique, au moins dans une version abrégée. Il reste à établir par quels circuits il est arrivé en France, et à approfondir la relation entre ces trois moments de la pensée spinoziste chez Boulainviller : les Notes de lecture, la traduction de L'Ethique que Colonna d'Istria a publiée en 1907, et l'Essai de métaphysique.
Le plus long des autres textes inclus dans le livre de la Réfutation est le Certamen philosophicum d'Isaac Orobio de Castro, médecin juif qui avait acquis une certaine notoriété dans la défense du judaïsme contre le christianisme. Ces cent pages en latin, qui comprennent des textes de Jan Bredenburg, offrent une réfutation du spinozisme plus efficace que d'autres. Il est d'autant plus étonnant que Lenglet n'en fasse pas mention ni sur la page de titre, ni dans la Table initiale. Il est fort vraisemblable qu'il a ajouté ce texte au dernier moment, sans bien le connaître, et qu'il a agi ainsi à cause de la réputation des Prevenciones divinas et d'autres manuscrits du même auteur fort appréciés sur le marché clandestin. En tout cas, ce texte a attiré au moins un lecteur attentif, qui l'a traduit en français : le manuscrit de Bordeaux, rédigé en 1731, sera bientôt édité par Wiep van Bunge. La lettre de Fénelon et l'extrait de François Lamy servaient très évidemment de “couverture” pour faire passer l'édition.
Ce livre était clandestin dès le début : il a été publié à Amsterdam, et non pas à Bruxelles, mais même en Hollande le spinozisme était proscrit. Le livre a été fréquemment saisi à son entrée en France, mais a pourtant connu une diffusion impressionnante, comme l'ont montré P. Vernière et Fr. Weil. Rapidement repéré comme éditeur, Lenglet, d'habitude très vif dans la poursuite de son intérêt financier, n'a jamais osé faire réimprimer cet ouvrage fort demandé et qui sera exploité par Voltaire et Diderot.


PROGRAMME 1993-1994

30 octobre 1993 Séance de présentation du séminaire réservée aux étudiants de maîtrise et D.E.A. intéressés.
20 novembre 1993Olivier BLOCH Entre Parité de la vie et de la mort et les Lettres à Sophie : pistes à explorer.
18 décembre 1993Antonella DEL PRETE Le Traité de l’infini créé.
15 janvier 1994Caroline FISCHER Passages philosophiques dans la littérature érotique des XVIIème et XVIIIème siècles.
5 février 1994Pierre LURBE Les traductions françaises du Pantheisticon de Toland.
19 mars 1994Gianni PAGANINI Les Doutes des Pyrrhoniens.
30 avril 1994François BERRIOT Procès de dissidents à la Renaissance.
28 mai 1994William TRAPNELL Sur Thomas Woolston et les Discours sur les miracles.