BIBLIOGRAPHIE

Éditions de textes

  • Nouvelles remarques critiques sur le Nouveau Testament. pour servir de suite à l’histoire critique du vieux et du nouveau Testament du père Richard Simon
    publié [et présenté] par A. Hunwick dans Le Matérialisme des Lumières : Dix-Huitième Siècle, n° 24, Paris, P.U.F., 1992, p. 239-266 « Nouvelles remarques critiques sur le Nouveau Testament. Un manuscrit clandestin inédit ».
    Les Nouvelles remarques critiques constituent un exemple typique, dans le cadre de la littérature clandestine, d’utilisation anti-chrétienne des recherches philologiques sur le texte des Écritures. Le texte naît d’un pillage systématique de l’Histoire critique du Nouveau Testament (1689) de Richard Simon, dont il prétend être la « suite ». Le point de vue est celui d’un déiste qui entend ébranler l’autorité des écrits néotestamentaires en relevant les difficultés d’interprétation posées par les Évangiles. Il s’agit d’un texte ironique, qui ne déclare que dans les dernières lignes son fondement rationaliste, l’auteur y invoquant la « souveraine raison, qui est le soleil des esprit que Dieu nous offre toujours pour nous conduire ».

  • Traktat über die drei Betrüger, Traité des trois imposteurs (L’Esprit de Mr Benoît de Spinoza). Französisch-Deutsch
    éd. W. Schröder, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1992 (Coll. « Philosophische Bibliothek »).
    Texte de l’édition de 1768 (à l’exception du dossier annexe La Monnoie, etc.) et traduction allemande en regard, avec signalement des variantes sur les éditions antérieures du traité, y compris L’Esprit de Spinoza de 1719. Cinquante-deux pages d’introduction retraçent l’histoire du texte (daté fin XVIIe) et analysent son contenu. Riche annotation ; importante bibliographie ; index des noms et des sujets.

  • Bernier (F.), Abrégé de la philosophie de Gassendi [Edition de 1684]
    texte revu par S. Murr, Paris, Fayard, 1992, 7 vol. (Coll. « Corpus des oeuvres de philosophie en langue française »).

  • Bruno (G.), OEuvres complètes, I (Chandelier)
    éd. G. Aquilecchia (Introduction philologique et établissement du texte), G. Bárberi Squarotti (Préface et annotation), Y. Hersant (traduction) : Paris, Les Belles Lettres, 1993.

  • Parité de la Vie et de la Mort. La Réponse du médecin Gaultier
    éd. O. Bloch, Paris, Universitas, 1993 (coll. « Libre pensée et littérature clandestine »).
    Cette édition permet de suivre toutes les étapes de la diffusion d’un texte clandestin parmi les plus radicaux. Héritier des libertins du XVIIe s., Abraham Gaultier rédige une Réponse en forme de dissertation à un théologien soutenant les arguments des « sceptiques qui cherchent la vérité partout dans la nature ». Le texte, imprimé en 1714 (sauf supercherie) est à l’origine de plusieurs développements manuscrits qui aboutiront à une nouvelle édition en 1771. L’éditeur donne une biographie exhaustive de Gaultier, ainsi qu’une interprétation articulée de sa pensée et de son attitude critique, visant surtout le cartésianisme. Le volume comporte le texte intégral de l’imprimé original et de celui de 1771, plus une édition “diplomatique” de toutes les pièces manuscrites les plus importantes du dossier. L’apparat critique permet de distinguer, dans le texte de l’imprimé final, le texte commun des copies manuscrites des ajouts qui ne sont propres qu’à cette impression.

  • Theodor Ludwig Lau, Meditationes philosophicæ de Deo, Mundo, Homine (1717) et Meditationes, Theses, Dubia philosophico-theologica (1719)
    éd. Martin Pott, Philosophische Clandestina der deutschen Aufklärung, Stuttgart - Bad Canstatt, Frommann-Holzboog, 1992.
    La diffusion clandestine a assuré la survie aux deux traités hétérodoxes de Theodor Ludwig Lau, les Meditationes philosophicæ de Deo, Mundo, Homine de 1717 et les Meditationes, Theses, Dubia philosophico-theologica de 1719. Ils viennent d’être tous deux publiés dans le premier volume d’une nouvelle série, les Philosophische Clandestina der deutschen Aufklärung. Ce volume comporte aussi : l’histoire écrite par Christian Thomasius des rapports de Lau avec l’université de Halle, auprès de laquelle il a fait appel de sa condamnation après la publication de son premier traité ; l’histoire et le texte de sa rétractation dans sa ville natale de Königsberg en 1736 ; enfin, la réfutation formelle de ses écrits par un théologien allemand.
    Martin Pott fournit à l’ouvrage une Introduction intelligente et utile. Non seulement il recueille tout ce qui peut être connu de la vie vagabonde de Lau et de l’histoire de ses textes manuscrits ; il consacre aussi une étude approfondie à la réputation spinoziste de Lau et recherche les racines de sa philosophie fort éclectique. Cette dernière tâche est particulièrement difficile, puisque dans son premier traité ambitieux, Lau voudrait fonder sa politique radicale et sa critique de la religion – sans doute fortement influencée par Toland – dans un système cohérent de métaphysique et de physique ; ses sources pour ce système vont des philosophies anciennes de la nature au matérialisme contemporain, d’où il tire des conséquences assez pessimistes en ce qui concerne la liberté humaine. Autre aspect tout à fait passionnant, Pott analyse la dette de Lau à l’égard de Thomasius : en effet, quoiqu’il défende en général la liberté intellectuelle, celui-ci réagit très fortement en dénonçant cet étudiant qui n’a profité de la liberté de penser que pour s’engager dans l’athéisme.
    La philosophie de Lau comporte peu de nouveautés, mais elle mérite une étude approfondie qui nous permettrait de mieux connaître, dans une perspective large, européenne, et dans celle, plus étroite, de son contexte allemand, une gamme étendue de thèmes qui caractérisent les débuts de l’Aufklärung, allant des débats sur la tolérance et sur les limites imposées au pouvoir ecclésiastique et civil à l’histoire de la diffusion et de l’appropriation du cartésianisme, du scepticisme et du spinozisme. De plus, la biographie de Lau, tout particulièrement ses voyages en Angleterre et aux Pays-Bas dans les années 1690, soulèvent des questions intéressantes sur les échanges intellectuels et sur la diffusion des idées radicales. Armé des textes de Lau et de l’introduction de M. Pott, le chercheur peut s’avancer sur ces différentes voies.
    (April Shelford — trad. A. McKenna)

  • Reimann (J.F.), Historia universalis atheismi et atheorum falso et merito suspectorum [1725]
    éd. W. Schröder, Stuttgart — Bad Cansstatt, Frommann-Holzboog, 1992 (Coll. « Philosophische Clandestina der deutschen Auflärun » sous la direction de Martin Pott en collaboration avec Ulrike Meyer, vol. II, 1).
    Jakob Friedrich Reimmann (1663-1743) était probablement l’un des premiers historiographes de l’« athéisme » (à cette époque synonyme d’« hétérodoxie ») à prêter attention à la critique radicale de la religion, au panthéisme et au matérialisme exprimés dans les traités clandestins à l’aube des Lumières. On trouve des références à plusieurs de ces traités dans sa monumentale Historia universalis atheismi et atheorum falso et merito suspectorum (Hildesheim, 1725, éditée par mes soins dans la série Philosophische Clandestina der deutschen Aufklärung (cf. la rubrique « Bibliographie »). Les recherches de Reimmann se fondent en premier lieu sur sa propre bibliothèque qui, en ce qui concerne du moins sa vaste collection d’ouvrages et manuscrits hétérodoxes et clandestins, était l’une des plus importantes de l’époque. Après la mort de Reimmann, sa bibliothèque a été éparpillée. Certains de ses manuscrits ont survécu dans les bibliothèques publiques. Heureusement, Reimmann a fait publier à plusieurs reprises le catalogue de sa bibliothèque. Le Catalogus de 1731 mérite une attention particulière en tant que témoignage sur la diffusion des textes clandestins en Allemagne au début du XVIIIe siècle : Catalogus bibliothecæ theologicæ, systematico-criticus, In quo, Libri Theologici, In Bibliotheca Reimmanniana extantes, Editi & inediti […] enumerantur, Hildesheim, 1731. Il comporte une grande section De scriptoribus atheisticis et anti-atheisticis (p. 972-1137). A l’encontre de nombreux autres catalogues de vente des XVIIe et XVIIIe siècles, celui de Reimmann ressemble plutôt à une bibliographie raisonnée. Il contient des commentaires étendus (en moyenne une page in-8°) qui fournissent non seulement son jugement sur l’ouvrage, mais aussi de précieuses références bibliographiques : par exemple sur le De imposturis religionum (Catalogus, 980 sq.), sur Boulainviller, Essai de métaphysique dans les principes de B. de S. (Catalogus, 982 sq.), sur Bodin, Colloquium Heptaplomeres (Catalogus, 986), sur Anonymi [Johann Georg Wachter] de Christianæ Religionis primis incunabulis libri duo, l’une des premières tentatives pour démontrer que la religion chrétienne est un plagiat de la doctrine des Juifs Esséniens (Catalogus, 1025 sq. ; l’exemplaire de Reimann se trouve actuellement à la Bibliothèque universitaire de Francfort), sur L’Esprit de Spinoza MSCt (Catalogus, 1029) que possédait Reimmann depuis 1716 / 1717. On y trouve également une des premières descriptions détaillées de l’anonyme Cymbalum Mundi MSCtum, hoc est doctrina solida de Deo, Spiritibus, mundo, Religione, ac de Bono & Malo, superstitioni Paganæ ac Christianæ opposita. Eleutheropoli 1688 (Catalogus, 1030, avec des renseignement complémentaires dans Historia aheismi, p.387-389).
    (W. Schröder — trad. A. McKenna)

  • Friedrich Wilhelm Stosch, Concordia rationis et fidei (1692)
    éd. W. Schröder, Stuttgart- Bad Canstatt, Frommann-Holzboog, 1992 (Coll. « Philosophische Clandestina der deutschen Aufklärung », 1/2).
    Parmi les quelques textes composés pendant l’Aufklärung allemande et qui peuvent être appelés clandestins au sens le plus strict, la Concordia de Stosch (1648-1704), parue en 1692, est à la fois l’un des plus précoces et des plus importants. Elle a été imprimée anonymement en cent exemplaires, dont preqque tous ont brûlé dans l’autodafé à Berlin en 1694. Par conséquent, ce texte a été diffusé au XVIIIe siècle surtout sous forme de manuscrit. Comme les philosophes les plus radicaux en France à cette époque, Stosch vise à miner la théologie et la révélation chrétienne et à réfuter les présupposés fondamentaux des systèmes métaphysiques de son temps : la distinction entre substances coporelles et spirituelles, le libre arbitre, l’immatérialité et l’immortalité de l’âme, la création du monde, la conception finaliste de l’univers, les concepts de vertu et de mérite, le tout aboutissant au refus de l’existence d’un dieu personnel.
    Ce qui ajoute à l’importance de l’ouvrage de Stosch comme témoignage sur la philosophie radicale en Europe, c’est la variété de ses sources, citées explicitement ou bien évoquées implicitement mais très évidemment : les sociniens, lattaque de Balthazar Bekker contre la sorcellerie, l’empirisme de Locke (à travers l’abrégé de Jean Leclerc), certains aspects de l’exégèse biblique de La Peyrère, et, avant tout, l’atomisme de Gassendi ainsi que l’Ethique et le Traité théologico-politique de Spinoza.
    Dans le cas de Stosch, on peut étudier le sort de l’athée à cette époque, puisque les dossiers du procès dans lequel il a été impliqué immédiatement après la publication de la Concordia, ont été publiés au milieu du XVIIIe siècle. Ils sont reproduits ici p.239-312, accompagnés d’une bio-bibliographie, p.313-329.
    (W. Schröder — trad. A. McKenna)

  • Simon Tyssot de Patot, Voyages et avantures de Jaques Massé
    éd. A. Rosenberg, Paris, Universitas, 1993 (coll. « Libre pensée et littérature clandestine »).
    Les Voyages et avantures de Jaques Massé eurent dès leur parution un succès de scandale, dû surtout à leur orientation anti-chrétienne. Le roman de T* se place dans la tradition de la littérature utopique et imaginaire de la fin du XVIIe s., même s’il ne consacre que cinq chapitres sur seize à la description du pays inconnu visité par Massé. Dans son introduction, l’éditeur donne un aperçu de la vie et du parcours intellectuel de T* : professeur de mathématiques à Deventer, il en sera congédié pour ses opinions spinozistes. En effet, le cartésianisme et Spinoza constituent les sources principales de l’oeuvre de T* ; la physique cartésienne eut sur lui une influence remarquable, d’autant plus qu’elle se prêtait à être orientée en un sens anti-chrétien, sinon athée. Le volume reproduit l’édition originale des Voyages, portant la date de 1710 mais imprimée en fait entre 1714 et 1717.

  • Éditions plus anciennes

    Jean Bodin, éditions du Colloquium :
  • Colloquium heptaplomeres de rerum sublimium arcanis abditis, éd. L. Noack, Parisiis et Londini, 1857.
  • Colloque de Jean Bodin des secrets cachez des choses. Extraits : éd. R. Chauviré, Paris, 1914.
  • Colloquium of the seven about the secrets of the sublime, traduction anglaise et éd. M.L.D. Kuntz, Princeton University Press, 1975.
  • Colloque entre sept sçavans qui sont de différens sentimens des secrets cachez des choses relevées, trad anon du ms B.N. f.fr. 19023, éd. Fr. Berriot, Genève, Droz, 1984.

    [Boulainvilliers] Doutes proposez par Th. Burnet sur le premier chapitre de la Genèse (Benítez 45) ; Extraits des lectures (éd. partielle de Benítez 115), avec quelques pages extraites de Abrégé d’histoire universelle : éd. Zaccone-Sina (M.G.), « L’interpretazione della “Genesi” in Henry de Boulainvilliers. Fonti : Jean Le Clerc e Thomas Burnet », Rivista di filosofia neo-scolastica, LXXII, 1980, p. 494-532 ; 705-733 ; LXXIII, 1981, p. 157-178 [Editions accompagnées de renseignements utiles sur les manuscrits de Boulainvilliers].

    Jean Tahureau, Les Dialogues, éd. Max Gauna, Genève, Droz, 1981.

    G. Vallée, La Béatitude des Chrétiens : traduction polonaise par Marian Skrzypek, dans Euhemer, 1968, n° 2, p. 89-95.

    Voltaire, Epître à Uranie : introduction et édition critique par I.O. Wade dans Publications of the Modern Langage Association of America, XLVII-4, décembre 1932, p. 1066-1112.

  • Annonces
    1. Titres à ajouter au programme initial de la série « Libre pensée et littérature clandestine » paru dans La Lettre clandestine, n° 1) :

    2. Une collection anglaise, intitulée “British deism and free thought”, sera lancée par la Fondation Voltaire, Oxford, au cours de l’année 1994. Elle comportera des éditions critiques d’auteurs ayant joué un rôle dans les controverses autour du déisme en Angleterre aux XVIIe et XVIIIe siècles : Collins, Toland, Tindal, Woolston, Chubb, Blount, Mandeville, etc. Le programme complet de la série sera publié dans le prochain numéro de La Lettre clandestine. Série dirigée par Justin Champion, Mark Goldie et Antony McKenna.

    3. A paraître tout prochainement (S. Berti éd.) : Trattato dei tre impostori. La vita e lo spirito del Signor Benedetto de Spinoza. Introduzione, traduzione e note critiche di Silvia Berti, Torino, Einaudi.