I. SÉMINAIRE SUR LA LITTÉRATURE PHILOSOPHIQUE CLANDESTINE

(Séminaire dirigé par 0. Bloch, Centre de recherches sur l’histoire des systèmes de pensée moderne de l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne)


RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS DE L’ANNÉE 1993-1994.

PROGRAMME 1994-1995


RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS DE L’ANNÉE 1993-1994.

— 20 novembre 1993. Olivier Bloch : « Entre Parité de la vie et de la mort et les Lettres à Sophie : pistes à explorer »

Entre la Réponse du médecin Gaultier et son héritage : Parité de la vie et de la mort d’une part, objet(s) de la publication donnée sous ce double titre en 1993 par l’auteur de la présente communication, et d’autre part les Lettres à Sophie (titre de l’imprimé) ou Lettres sur la Religion, sur l’âme humaine, et sur l’existence de Dieu (titre du manuscrit 1183 de la Mazarine), dont il prépare une édition, il y a peut-être davantage de rapports que le hasard de cette succession d’éditions.

Partant des questions posées par Parité de la vie et de la mort, notamment le problème du processus qui a transformé l’oeuvre d’Abraham Gaultier en traité clandestin, on rappelle quelques-unes des données acquises à ce sujet : présentation de la Réponse... et de son auteur par Dreux du Radier en 1754 dans sa Bibliothèque historique et critique du Poitou ; présence dès 1750 d’un exemplaire de la Réponse dans le Catalogue de la vente Gersaint ; provenance de l’exemplaire de la B.N., qui faisait d’abord partie de la Bibliothèque de Falconet ; situation des deux manuscrits : Nouvelle Philosophie Sceptique, et Parité de la Vie et de la Mort (manuscrit) dans les recueils Arsenal 2239 et Mazarine 1192, attestant leur date relativement tardive ; traces possibles ou probables de l’un ou l’autre des états de ce(s) texte(s) dans d’autres textes, tels que la Dissertationsur la formation du monde (Mazarine 1168), les premières éditions du Traité de l’Ame de La Mettrie (soit 1745), et la Médecine de l’Esprit d’Antoine Le Camus (1753).

Quant aux Lettres à Sophie = Lettres sur la Religion, sur l’âme humaine, et sur l’existence de Dieu, les premiers résultats acquis à leur sujet établissent en tout cas leur caractère tardif, vu l’utilisation indubitable qui y est faite d’un ensemble de textes, tels que L’Antiquité dévoilée... de Boulanger, L’art de desoppiler la rate (pot-pourri anonyme, 17541, 17572), et surtout, de façon massive, bien qu’en partie dissimulée, de l’opuscule de Joseph Addison, De la Religion Chretienne — Traduit de l’Anglois... par Gabriel Seigneux de Correvon, Lausanne, 1757 — la confrontation avec ce dernier texte pouvant au reste fournir des indications pour l’établissement du rapport de dépendance, rien moins qu’évident, entre les deux versions imprimée et manuscrite, presque toujours identiques.

Mais ces données à première vue disparates, enrichies des apports du séminaire et de La Lettre clandestine (contributions d’Alain Mothu et de Geneviève Artigas-Menant)en particulier à propos de L’art de désopiler la rate et de la « Notice des écrits les plus célèbres... » qui en est un des morceaux marquants d’une part, et d’autre part de la personnalité et de l’activité du bibliophile François-Louis Jamet le jeune, pourraient conduire à des hypothèses intéressantes sur le rôle possible de trois des personnages ainsi rencontrés à la fois dans l’exploitation “clandestine” de la Réponse... de Gaultier et dans la composition des Lettres à Sophie: il est en effet acquis que Dreux du Radier, Jamet, et Le Camus ont été liés d’amitié, qu’ils ont été associés pour d’autres travaux, en particulier la pochade anonyme Essai historique, critique, philosophique, moral, littéraire et galant.sur les Lanternes (Dôle, 1755), et il apparaît qu’ils étaient tous trois familiers de la tradition libertine, clandestine et matérialiste, aussi bien dans ses oeuvres que dans ses orientations et ses procédés d’écriture. On est dès lors tenté de penser, ce que l’on a déjà tenté d’éprouver, et qu’il faudra éprouver plus sérieusement dans la suite, qu’ils ont, dans la période 1750-1770, collaboré pour nos textes, voire pour d’autres, à l’entreprise de la littérature clandestine.

— 18 décembre 1993. Antonella del Prete : « Le Traité de l’infini créé : début d’une recherche »

Le Traité de l’infini créé est un de ces manuscrits dont on peut qualifier l’histoire de “classique” : il a circulé à l’état manuscrit à la fin du XVIIe siècle et pendant la première moitié du XVIIIe, avant d’être imprimé par M.M. Rey en 1769.

Les manuscrits connus sont pour l’instant au nombre de neuf ; on peut les diviser en deux familles, dont une présente souvent des déplacements, des lacunes et des adjonctions importantes par leur longueur et leur contenu par rapport à la version donnée par l’imprimé. Quant au problème de l’attribution, nous n’avons pour l’instant aucune donnée nouvelle à ajouter à ce qu’en ont dit A. Robinet et P. Cristofolini ; l’un soutient que l’attribution à Terrasson est la seule problable, et qu’elle est attestée par des témoignages aussi bien antérieurs que posterieurs à sa mort ; le second répond que Terrasson était trop jeune pour écrire un tel ouvrage.

L’importance de ce texte semble double. D’une part, l’auteur suit les théories physiques de Descartes, cite les Essais de morale de Nicole, discute les Entretiens de Fontenelle, fait allusion à Malebranche, et embrasse en même temps une thèse qui a toujours été reprochée (à tort ou à raison) aux cartésiens, surtout après la publication des écrits de Spinoza, à savoir l’infinité actuelle de l’étendue.

D’autre part, ce traité occupe une place à part parmi les ouvrages mêmes qui soutiennent l’univers infini : il unit une preuve pré-cartésienne (une cause infinie donne un effet infini) à une preuve post-cartésienne (notre idée de l’étendue n’a pas de bornes, donc l’étendue est infinie). Il est aussi le seul à résoudre d’une façon aussi radicale les problèmes théologiques qui naissent de l’existence de formes de vie rationelle sur les autres planètes : il n’hésite pas à affirmer que ces formes de vie sont des hommes et que le Christ s’est incarné dans toutes les planètes.

On peut repérer des ressemblances avec les écrits de Malebranche (la présence du concept d’“Etre en général” ; l’utilisation de la même terminologie dans l’analyse des idées ; certains aspects de la théorie de l’infini), et plus généralement, on peut souligner certaines affinités avec les hypothèses cosmologiques post-cartésiennes : d’une part le Traité de l’infini créé suit avec Regis, Geulincx et les adversaires de Descartes, les critiques à la théorie de l’univers indéfini ; d’autre part, il est le seul texte (à l’exception du Mémoire de Meslier et de certains traités clandestins plus tardifs) à affirmer l’infinité et l’éternité de la matière.

— 15 janvier 1994. Caroline Fischer : « Passages philosophiques dans la littérature érotique des XVIIe et XVIIIe siècles ».

Le roman érotique français naît vers 1660, lors de la publication de L’École des Filles et de L’Aloisiæ Sigeæ sermonis. Vingt ans plus tard, ce dernier sera imprimé en français sous le titre de L’Académie des Dames, deux ans à peu près avant Vénus dans le cloître, ou la religieuse en chemise. Ces trois dialogues inspireront les auteurs postérieurs après avoir été pour leur part fortement influencés par la littérature érotique de la Renaissance italienne (notamment par les Ragionamenti de Pietro Aretino) dont ils reprennent la tradition anticléricale. Mais cet anticléricalisme change de couleur : les auteurs ne se contentent plus de décrire et de critiquer les infractions aux règles commises par les membres du clergé, mais ils s’attaquent aux règles mêmes et les dénoncent souvent dans la tradition du Traité des trois imposteurs.

Outre cette tendance à l’irréligion, nous trouvons plusieurs allusions aux “classiques” de la philosophie. Le sens en est toutefois généralement altéré. Ainsi, un avis aux chastes épouses de Lucrèce (De rerum natura, IV) est transformé en conseil contraceptif pour les filles moins chastes dans L’École des Filles. L’amour y est expliqué par le mythe du Banquet de Platon, réduit à sa dimension purement charnelle et entremêlé d’un travestissement des Passions de l’âme de Descartes.

À part ces références plus ou moins concrètes et d’autres citations d’oeuvres clandestines (par exemple dans Thérèse philosophe), l’empirisme et le sensualisme jouent un rôle décisif dans nombre de romans érotiques du siècle des Lumières. L’expérience concrète de la sexualité sert à dissiper les ténèbres de la superstition, si bien que la sexualité, en tant que perception sensuelle par excellence, acquiert une dimension épistémologique.

— 5 février 1994. Pierre Lurbe : « Les traductions françaises du Pantheisticon de John Toland ».

L’étude des différentes traductions françaises du Pantheisticon de John Toland, dont l’original fut publié en latin en 1720, avait pour premier objectif d’en trouver une traduction fiable destinée à être publiée dans la collection Libre Pensée et littérature clandestine. Chemin faisant, l’examen des différentes traductions, tant imprimées que manuscrites, a fait apparaître différents problèmes, par eux-mêmes fort intéressants, qui ont fait l’objet de la communication du 5 février. Des traductions imprimées, seules celles publiées au vingtième siècle (Welsch et Dubois d’une part, Lantoine d’autre part, l’une et l’autre datant de 1927) sont intégrales, les traductions imprimées au dix-huitième siècle n’étant que partielles (Bibliothèque angloise, tome 8, 1720 ; Encyclopédie méthodique. Philosophie ancienne et moderne, tome 3, 1793). La confrontation des traductions imprimées entre elles, puis aux traductions manuscrites qui, elles, sont intégrales (ont été consultées à ce jour : Paris, BN NA Fr. 21799 ; Mazarine 4496 ; Sénat 144, 145 ; Angoulème, bibliothèque municipale, MS 43 ; Cherbourg, Bibliothèque municipale, MS 15 (B) et MS 16 (B) ; Vire, Bibliothèque Municipale, MV 53A 55) permet de conclure pour l’instant : 1°. que la traduction Lantoine de 1927 suit dans ses grandes lignes la leçon de tous les manuscrits consultés, tout en étant cependant en général plus fiable, ce qui autorise à croire que Lantoine a amendé lui-même une traduction du dix-huitième siècle partiellement fautive ; 2°. que certains manuscrits sont trop fautifs à divers égards pour être autre chose que des copies, et non la traduction-source, si tant est qu’elle existe encore (Paris-BN et Sénat 144 ; Cherbourg MS 16 (B)) ; 3°. qu’il peut etre intéressant, si l’on cherche à identifier un possible traducteur, de creuser la piste de l’abbé Conti, que suggère le MS 144 du Sénat ; 4°. qu’il n’existe que des indices de l’existence possible, au dix-huitième siècle, de deux traductions du Pantheisticon distinctes de celle que, faute de mieux, on appellera pour l’instant la “traduction Lantoine” : la traduction partielle publiée dans la Bibliothèque Angloise, et due à Armand Boisbeleau de La Chapelle, mais dont aucun des manuscrits consultés ne reprend la leçon ; le témoignage de Jean-Antoine Guer, qui signale en 1751 être l’auteur d’une traduction du Pantheisticon et donne à l’appui de cette assertion le titre complet de sa traduction, qui ne correspond en effet en rien au titre habituel de tous les manuscrits contenant le texte de la “traduction Lantoine”.

— 19 mars 1994. Gianni Paganini : « Le manuscrit Doutes des Pyrrhoniens ».

Cet ouvrage constitue l’un des rares documents du circuit clandestin où se développe d’une façon cohérente l’intention de mettre la critique des religions positives sous l’égide du scepticisme, comme il découle très évidemment de la simple lecture du titre complet du manuscrit: Doutes des Pirroniens / Premierement / Si la Religion est formée, ou / vient de Dieu : où bien si c’est un / artifice des Hommes Politiques. / Secondement / En supposant que Dieu en soit / l’auteur ; / Savoir, quelle est la veritable, / et celle qu’il faut choisir, d’entre / le grand nombre des Religions / differentes qui sont répanduës / par toute la Terre.

Le manuscrit met en évidence une corrélation exacte entre les arguments du scepticisme (plus exactement le pyrrhonisme “modéré” que l’auteur distingue du pyrrhonisme plus outré) et la révélation “de la nature” qui est au coeur du déisme des Lumières. Et c’est encore l’appel à l’ascendance “pyrrhonienne” qui distingue les Doutes par rapport à d’autres ouvrages clandestins d’orientation déiste, comme les Difficultés sur la religion ou l’Examen de la religion, marqués bien davantage par l’empreinte du cartésianisme et surtout de la philosophie de Malebranche. Remarquons tout d’abord que, dans les intentions de l’auteur, le rappel du pyrrhonisme ne constitue pas une attitude superficielle ; il représente plutot le signe d’une affiliation philosophique bien déterminée. Dès le début, l’auteur déclare appartenir à l’école des « veritables et bons Pirroniens », qui ne doutent ni de l’existence de Dieu (tant qu’on entend celui-ci comme le « Premier Etre éternel de qui tout provient »), ni de celle des hommes et de l’univers. La spécificité de cette attitude sceptique permet à l’auteur anonyme de prendre ses distances par rappport à la négation athée : ses pyrrhoniens admettent en effet « un premier Etre de qui tout provient, et par consequent, ils admettent un Dieu. Mais ils doutent seulement des fonctions et des attributs dont les hommes l’ont revêtu, ou qu’ils lui attribuent ».

Le thème des sanctions morales pose le probleme de savoir quel est « l’ordre du monde » et comment on peut justifier (s’il le faut) les « désordres qui arrivent dans toutes les sociétés ». À ce propos, l’attitude des “Pirroniens modérés” se présente en vérité comme assez résolue : elle s’inspire de la conception de la nécessité qu’on trouve aussi dans d’autres manuscrits (on peut penser à l’Examen de la religion), même si l’anonyme des Doutes fait appel à la notion de Dieu “auteur de la nature” pour l’affermir. C’est une « invention ridicule » de dire que l’homme, à cause du péché originel, a « gâté et bouleversé » un ordre préexistant : « puisque le monde est tel qu’il est, cela marque évidemment que Dieu qui l’a fait, veut que les choses soient telles qu’elles sont, et que tout ce qui arrive, il veut bien qu’il soit ainsi. [...] Il l’a fait tel qu’il est, et l’homme seroit bien fort s’il pouvoit aller contre la puissance infinie ». Cette identification de Dieu avec l’ordre de la nature n’est pas sans suite : elle implique, de plus, que la responsabilité des désordres physiques et moraux retombe sur la volonté de Dieu. Il n’y a aucune préoccupation de théodicée (« Dieu n’a pas besoin d’avocats qui l’excusent sur ce qui arrive »), ni à l’égard de l’histoire (« Il veut les guerres, comme il veut la peste »), ni à propos de la nature (« Il veut les tremblements de terre, les inondations, comme aussi que les animaux voraces et les plus forts devorent les plus foibles et les plus doux ») : ces actions lui semblent « indifférentes », car elles appartiennent toutes à 1’« ordre qu’il a établi », comme aussi la mortalité de l’homme.

La dernière partie du manuscrit, qui est aussi la plus étendue, est consacrée à la présentation du doute huitième (« Sur la verité de quelque Religion que ce puisse être ») : dans ce contexte l’auteur s’occupe des phénomènes religieux dans leurs articulations historiques principales, qui comprennent le judaïsme, le christianisme, l’Islam, les croyances des Brahmanes et des Chinois. Pour expliquer la variété foisonnante des phénomènes religieux, l’auteur des Doutes a recours à la théorie bien consolidée des “législateurs”. Le christianisme ne fait pas exception aux résultats de cette analyse démythifiante qui en arrive jusqu’à l’humanisation intégrale de la figure du Christ.

— 30 avril 1994. François Berriot : « Procès de dissidents à la Renaissance ».

Les informations que donnent les procès de dissidents, à la Renaissance, doivent être relativisées : d’une part les aveux sont souvent obtenus après application de la “question” ; d’autre part les magistrats, pour justifier leur sentence, forcent la pensée des inculpés, révélant d’ailleurs peut-être ainsi, involontairement, les tentations inavouées de leurs contemporains.

À cet égard, quelques procès d’“athéistes” apparaissent caractéristiques. Ainsi, en 1503, celui d’Haymon de La Fosse, au cours duquel cet étudiant de la Faculté des Arts de Paris, niant la divinité de Jésus-Christ, affirme sa fidélité à la “loy naturelle” et sa préférence pour le polythéisme antique. Ainsi celui de Jacques Gruet qui montre que, dans la Genève calviniste des années 1550, révolte existentielle, contestation politique et “humanisme” rationaliste aboutissent à une remise en cause fondamentale de la révélation judéo-chrétienne. Ainsi, en 1592, celui de Lachalade durant lequel ce professeur de Philosophie, vraisemblablement homosexuel, déclare que « la religion réformée et la religion papistique (sont) fadaises et niaiseries » .

À la fin du Moyen Age et à la Renaissance donc, la redécouverte du rationalisme antique, la confrontation des trois monothéismes (“les trois imposteurs”), la crise interne vécue par le christianisme mais aussi la révolte individuelle dans la vie quotidienne et sociale suscitent des phénoménes de rupture avec la théologie chrétienne.

Bibliographie : François Berriot, Athéismes et athéistes au XVIe siècle en France, Paris, CERF, 1984 ; Spiritualités, Hétérodoxies, Imaginaires, Etudes sur le Moyen Age et la Renaissance, à paraître, Presses de l’Université de Saint-Etienne, 1994.

— 28 mai 1994. William Trapnell : « Peut-on dégager une pensée cohérente des écrits de Woolston ? »

Un rapprochement entre les commentaires de la Transfiguration dans les Discours et les Cadeaux gratuits de Woolston révèle un mystique superficiel mais convaincu, au lieu du déiste que la tradition croit déceler sous des professions de foi répétées. Le sarcasme auquel il sacrifie l’interprétation littérale de ce miracle dans le premier Discours tend en effet à détourner l’attention du lecteur de ses efforts pour y substituer ensuite une interprétation figurée qui mène selon lui à une vérité spirituelle. L’abondance des citations souvent fausses ou faussées des Pères sur lesquelles il cherche à fonder cette théologie l’expose à l’accusation injuste d’hypocrisie. La conviction que la Transfiguration du Nouveau Testament n’est guère qu’une parabole annonçant une transfiguration spirituelle future ne paraît pas seulement dans le premier Discours, mais aussi dans le Troisième et le Quatrième Cadeau gratuits, qui ne flétrissent le miracle d’aucun sarcasme. Chacun des derniers pamphlets décrit un voyage de l’auteur au ciel pour consulter Élie, le patron des rabbins, sur sa participation à cette transfiguration spirituelle. Élie et les Pères, qui résident dans le même quartier du Paradis, lui fournissent des solutions, aussi satisfaisantes pour lui que mystérieuses pour nous, des problèmes théologiques qui semblent motiver ces voyages. L’analyse révèle qu’en réalité, les discussions avec Élie et entre les Pères l’intéressent plus que ces solutions. Bienveillantes et conciliantes, ces discussions aboutissent toujours à un accord sans faille. Ne s’agit-il pas d’une idéalisation des discussions auxquelles Woolston avait participé à Cambridge, où il venait de perdre sa place ? En tout cas, il envisage la transfiguration spirituelle comme une discussion pareille à celle à laquelle lui et tous les chrétiens qui le suivront pourront assister grâce à une ascension intellectuelle de la montagne de la foi. Il se contente d’un Paradis où des savants bienheureux s’entretiendront en paix durant toute l’éternité. Bien entendu, cette vision n’a rien à voir avec le déisme.


B. PROGRAMME 1994-1995

Les séances ordinaires ont lieu le samedi de 14 à 16 heures 30, salle Cavaillès, à la Sorbonne (escalier C, 1er étage à droite, au fond du couloir).

22 octobre 1994 (de 10 à 12 heures, salle Cavaillès) : Séance de présentation du séminaire réservée aux étudiants de maîtrise et D.E.A. intéressés.

12 novembre 1994 : Élisabeth QUENNEHEN : « À propos des Préadamites ».

10 décembre 1994 : Theo VERBEEK : « Spinoza, la religion, et la littérature clandestine ».

14 janvier 1995 : Olivier BLOCH : « Découvertes récentes à propos du médecin Gaultier » ; Ann THOMSON : « L’Examen de la religion en Allemagne vers 1745 » ; Antony MCKENNA : « Études récentes à propos de la réception de Spinoza en France » ; Alain MOTHU : « Présentation du n° 3 de La Lettre clandestine ».

11 février 1995 : Franck SALAÜN : « Matérialisme et moeurs dans quelques manuscrits clandestins ».

11 mars 1995 : Margaret SANKEY : « “Les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font différents effets” : les formes du sens et l’instabilité du discours clandestin – Cyrano de Bergerac ».

8 avril 1995 : Alain MOTHU : « Une mystique clandestine : Essai de quelques idées sur Dieu » ; Charles PORSET : « Une réfutation manuscrite inédite de Spinoza, c. 1710 ».

13 mai 1995 : Françoise CHARLES-DAUBERT : « Les Quatrains du Déiste »