SUR LA COLLECTION CLANDESTINE DU CONSUL MAILLET

Dans deux lettres au marquis de Caumont, Benoît de Maillet décrit les pièces de sa collection d’ouvrages manuscrits antichrétiens — qu’on appellera dans notre siècle des « manuscrits clandestins » : nous y trouvons, outre son propre Telliamed et deux traités perdus qu’il s’attribue (des Observation sur la nature de l’âme et une Lettre écrite par une dame de Paris...), les trois Opinions couramment attribuées à Mirabaud (sur le Monde, sur l’Ame et sur les Juifs) et une copie de l’Examen de la religion, ou Doutes sur la religion, dont on cherche l’éclaircissement de bonne foi (de Du Marsais).

Le texte de ces lettres est bien connu. Récemment, Miguel Benítez et François Moureau y sont revenus, de points de vue différents, en marquant bien, en général, l’importance de la correspondance de Maillet pour l’étude des réseaux clandestins(1). Cela n’avait pas échappé, d’ailleurs, a l’un des premiers “spécialistes” de la littérature clandestille, l’abbé Sépher. Car si nous ne nous trompons pas — c’est bien son écriture que l’on retrouve dans quelques annotations ajoutées dans l’un des recueils de lettres de Maillet (celui de la B.N. contenant quelques lettres à Fontenelle et à l’abbé Le Mascrier(2).

Les lettres de Maillet nous attestent donc, à la fois, l’intérêt que le consul portait à la littérature clandestine dans les années de sa retraite marseillaise, et la présence d’un véritable réseau de circulation de ces textes parmi les membres de la République des Lettres. Troisième point d’importance : Maillet nomme un « auteur » de textes clandestins, un certain « M. de Rieu », sur l’identité duquel François Moureau et Alain Mothu ont proposé leurs opinions divergentes(3).

Mais y a-t-il quelque trace des manuscrits possédés par Maillet ? Il s’avère qu’un seul recueil, parmi les dizaines qui sont caractéristiques de la littérature clandestine, comprend les quatre textes que Maillet mentionne en 1734 dans sa lettre d’Aix (ville où il séjournait fréquemment vers 1730)(4). Ce recueil est daté de 1729 et se trouve — simple coïncidence ? — à Aix, Bibliothèque Méjanes, cote 1906 (aucune donnée n’est disponible sur son entrée à la bibliothèque). Autre élément à ne pas négliger, ce volume manuscrit n’est que le tome II d’un recueil en deux tomes portant (sur la reliure) le titre général de Le Monde. Or le t. I (ms. 1905) n’est qu’une copie précoce du Telliamed de Maillet, traité dont la première copie remonte, paraît-il, à 1720(5).

La piste se révèle donc intéressante, d’autant plus que :

On peut donc conjecturer qu’à la fin des années 1720 Maillet fit copier — ou permit à quelqu’un de copier — les manuscrits qu’il détenait : le recueil d’Aix nous donnerait ainsi un aperçu indirect de la collection clandestine du consul à l’époque de sa retraite marseillaise.

Gianluca MORI