Information(s) contre un medecin nommé La Fresnaye comme estant Athée (*)

Du lundi troisième jour de janvier mil six cent quarante huit.

Damoiselle Charlotte de Garnier, [f° 478v] femme de Pierre Rinar, escuyer, seigneur de la Noue(1), demeurant rue des Roziers(2) a l’image Saint-Roch, paroisse Saint-Germain, aagee de vingt six ans ou environ, laquelle, apres serment par elle faict en tel cas requis et accoustumé, a dit bien cognoistre le sieur La Frenaye, medecin, il y a cinq ou six ans depuis lequel temps il a hanté et frequenté le sieur de la Noue, son mari. Sçait que le sieur La Frenaye n’oseroit plus retourner en la ville de Tours, son pais pour les mauvais discours et heresies qu’il semoit parmy les familliers et la jeunesse du pais et qu’il a depuis faict et continués en cette ville. Qu’il y a environ trois ans, le sieur La Frenaye estant en sa chambre, la depposante luy ouist dire, parlant a elle, si elle croioit qu’il y eust un Dieu qui ait faict le jacquemar(3) sur une croix pour la saulver ; ne croioit point d’autre Dieu que le soleil(4) ; que quand nous serions morts, tout seroit mort [479r]. N’alloit jamais a l’esglise que pour entendre les orgues. A cause desquels discours impies proferes par le sieur La Frenaye, la depposante luy dit qu’il ne revienne plus chez elle. Sçait qu’il continue ces mesmes discours ; se souvient luy avoir ouy dire que s’il n’avoit peur que l’on le pendist, qu’il feroit tous les maulx imaginables, tueroit et massacreroit pour avoir du bien ; que la tante de Monsieur de Croissy, conseiller de la Cour(5), le croioit estre le plus grand sorcier de la terre, le craignoit tant qu’il [sic] luy eust donné tout ce qu’il luy eust demandé. A demeuré longtemps chez le sieur seigneur de Croissy. Sçait qu’il a voullu attenter a la vie dudict seigneur de Croissy, l’a voullu faire tuer pour avoir quelque argent qui estoit dans sa maison ; qu’a present le sieur La Frenaye a une garce(6) et en a tousjours eu. Qui est tout ce qu’elle a dit savoir. Lecture a elle faicte de sa depposition, y a perseveré et disant ne savoir escrire ny signer [479v].

Pierre Rinar, escuyer, seigneur de la Noue, demeurant susdits rue et paroisse, aagé de quarante cinq ans ou environ, lequel apres serment par luy faict en tel cas requis et accoustumé, a dit bien cognoistre ledict La Frenaye depuis cinq ou six ans, lequel a plusieurs fois hanté et visité le depposant. A cognu que le sieur La Frenaye n’a point de religion par plusieurs discours impies qu’il luy a ouy tenir. Luy a ouy dire plusieurs fois qu’il n’y avoit point d’autre Dieu que le soleil, n’y avoit ny paradis, ny enfer, ny purgatoire, et [que] quand on estoit mort tout estoit mort : il n’y avoit qu’une masse de chair pourrie. Que Dieu, Jesus Christ et les saincts avoient tout auctant de pouvoir de mauldire comme d’absouldre. Que Jesus Christ faisoit le Jocrisse(7) en une croix. Et parlant des religieux et gens d’Esglise, a dit qu’il y avoit des bougres(8) qui s’habilloient de [480r] blanc et de noir et qu’ils ne savoient que faire(9). Qu’il falloit faire bonne chere et ne se mettre en peine de rien. Et faisant un discours, l’a juré et blasphemé ordinairement le saint nom de Dieu en un serment par la mort, par la teste, par le sang, je renie Dieu. Se souvient qu’il y a environ deux ans, un jour de vendredy, le depposant estant avec le sieur La Frenaye et un nommé Constadour, maître tailleur d’habits a Paris, en une maison rue des Boullengers(10), ès faubourg St. Victor, voullust faire manger de la chair au depposant et au sieur Constadour, disant qu’il n’y avoit point de danger, prenoit le peché sur luy s’il y en avoit ; que s’estoit une sottise de croire qu’il y eust un Dieu, n’y avoit que des ignorants qui croioient cela, ce qu’il a tousjours dit plusieurs fois, tant de Dieu que de Jesus Christ. Et s’est son ordinaire en la présence de tous ceux avec qui il se rencontre [480v]. A corrompu plusieurs personnes par tels mauvais discours, et d’auctant que la femme du depposant avoit deffendu audict La Frenaye son logis a cause de ses impietés, icelluy La Frenaye auroit conseillé et suscitté le depposant de l’empoisonner avec tous ses enfants, luy disant avec jurements et blasphemes qu’il seroit bien heureux d’en estre deslivré et qu’il vivroit comme un roi. Se souvient qu’il y en a environ quatre ans, deux jours avant que Monsieur de Croissy, conseiller de la Cour, partist pour aller en Allemagne, ledict La Frenaye eust dessein de le faire assassiner pour le voller, de quoy le depposant le destourna. Sçait que le sieur La Frenaye est de mauvaise vie, entretient ordinairement des garces, en a une a present qui est logée avec luy. Que quelques fois, s’estant rencontré avec le depposant dans les rues lorsque l’on porte le saint sacrement aux mallades [481r], il disoit en desrision que l’on se mist a genoux que l’on estoit de grands fous d’adorer un petit morceau de pain que l’on promenoit par les rues. Luy a ouy dire qu’il avoit dessein d’aller demeurer a Beaumont(11) et qu’il seroit contrainct d’aller a l’esglise, a la messe, parce que autrement on ne se serviroit point de luy en sa profession de medecin, et que les paysans le tiendroient pour un diable ; que plusieurs jeunes hommes, la plus part marchands du pallais et autres sont ordinairement a sa suitte, et a faire desbauche avec luy. Qu’il corrompt avec un mauvais discours et journellement ne faict autre chose que de roder de costé et d’autre a faire la desbauche et suivre ses impiétés. Qui est tout ce qu’il a dit sçavoir. Lecture a luy faicte de sa depposition, y a perseveré et signé.

René Constadour, marchand de vin(12) demeurant rue St. Victor, paroisse Saint-[481v] Nicolas du Chardonneret, aagé de trente neuf ans au moins, lequel apres serment par luy faict en tel cas requis et accoustumé, a dit qu’il y a deux ans au moins qu’il cognoist le sieur La Frenaye, et en trois ou quatre fois qu’il l’a veu, l’a recognu pour estre athée. Luy a ouy dire qu’il n’y a point de Dieu ; que le soleil, les estoilles et les elements, avoient tousjours esté et seroient, et que c’estoit follie de croire qu’il y avoit un Dieu. Ce qui a esté cause que le depposant ne l’a point voullu hanter dadvantage. Sçait qu’il gaste et corrompt beaucoup de familliers par les mauvais discours qu’il tient sur ce subjet. A ouy dire que le sieur La Fresnoye estoit de mauvaise vie et avoit tousjours des garces avec luy. Est fort dangereux et est homme a pognarder tous ceux a qui il en veult. Qui est tout ce qu’il a dit sçavoir. Lecture a luy faicte de sa depposition, y a perseveré et signé.