L’ÉDITION DE 1751 DES OPINIONS DES ANCIENS

Au début de l’année 1751 paraissaient à Paris, avec la fausse adresse de Londres, deux brochures de facture identique contenant les versions augmentées et dûment remaniées de deux traités qui circulaient en manuscrit depuis une trentaine d’années environ : Le Monde, son origine et son antiquité. Première partie, refonte des Opinions des Anciens sur le monde, dont on connaît actuellement six copies manuscrites ; De l’Ame et de son immortalité. Seconde partie, montage de textes divers et notamment des Opinions des Anciens sur la nature de l’âme, dont subsistent une bonne trentaine de copies. Une préface placée en tête de la « première partie » marquait clairement l’unité éditoriale de ces deux textes et leur commune origine (l’auteur, toujours en vie, n’est cependant pas nommé). Elle prévient par contre qu’un Essai sur la chronologie annexé à la seconde partie, est de la composition de l’éditeur et préfacier. Ce petit Essai, de facture identique aux deux autres, pourvu d’une pagination indépendante mais dénué de page de titre, parut sans doute lui aussi en brochure individuelle, et un peu plus tard, puisqu’on constate fréquemment son absence à la suite de De l’Ame (ainsi, dans notre exemplaire personnel et dans celui que consulta Barbier ; de même, le journaliste de Trévoux n’y voit qu’une annonce fanfaronne de la Préface et la Correspondance littéraire n’y fait pas même allusion. Voir cependant l’exemplaire de la B.N., coté R 26419).

Une version plus primitive des Opinions [...] sur le monde avait déjà vu le jour en 1740 dans les Dissertations mêlées sur divers sujets importants et curieux données à Amsterdam par Jean-Frédéric Bernard. Les Opinions sur l’âme — à distinguer des Sentiments des Philosophes sur la nature de l’âme, parus en 1743 dans les Nouvelles libertés de penser — étaient inédites en 1751. Les Opinions sur le monde et des Opinions sur l’âme, composées avant 1722, passent depuis le XVIIIe siècle pour être des oeuvres de l’académicien Jean-Baptiste de Mirabaud (1675-1760). Celui-ci fut en relation avec Boulainviller, qui lut et posséda assurément les deux manuscrits, et il fut également l’ami de l’abbé Jean-Baptiste Le Mascrier, considéré avec quelque raison comme le responsable de l’édition de 1751 (assisté peut-être par Du Marsais), et l’auteur de la Préface et de l’Essai sur la chronologie. On attribue aujourd’hui l’impression de cette dernière édition au libraire parisien David le jeune, qui déposa une demande de permission tacite à cet effet en octobre 1750. Celle-ci fut logiquement refusée. L’ouvrage allait néanmoins se débiter : pourquoi pas alors sur les presses complices de Briasson ou Durand, co-éditeurs avec David de l’Encyclopédie ? Barbier donnait, pour on ne sait quelle raison, Briasson comme imprimeur des Opinions, et l’inventaire après décès du second libraire signale 98 exemplaires en stock... Le Parlement n’allait pas tarder à condamner ces brochures au feu. Une « seconde édition, corrigée avec soin » paraîtra néanmoins « à Londres » en 1778. L’éditeur précisera dans un Avertissement que l’édition précédente avait été « imprimée furtivement & dans un mauvais ordre » à Paris, à l’insu de Mirabaud (cette fois nommé) ; notons qu’en contradiction flagrante avec la Préface, il voudra attribuer au même Mirabaud l’Essai sur la chronologie et en faire, non pas une espèce de troisième partie, mais la suite de la seconde (d’où, ici, une pagination continue de De l’âme à l’Essai).

Nous reproduisons ci-après, à titre de témoignages, les deux comptes rendus que suscita la publication de nos brochures en 1751 : celui, assez connu, de Raynal (et non de Diderot), paru dans la Correspondance littéraire sous la date du 8 mars, et celui, curieusement moins connu, paru dans les Mémoires de Trévoux en mai et juillet de la même année, sous la forme de deux lettres adressées au P. Berthier datées du 7 avril et du 28 avril.

Comptes rendus sévères qui, avec clairvoyance, prennent comme angle d’attaque la méthode érudite employée par Mirabaud, dangereusement transformée en arme antichrétienne. Il faudra mettre en avant la facticité de cette érudition ; car il est clair que si « on écrit tous les jours contre la Religion », c’est seulement pour se faire valoir « dans quelques cercles peu lettrés ».

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.

A. MOTHU