cf: Encore ces Messieurs de Rieu

1. Il s'agit du célèbre Grand Prieur de Vendôme, libertin très reconnu, mort en 1727. Son successeur, Jean Philippe d'Orléans, bâtard du Régent, n'eut pas le titre de général des Galères. Informations amicalement fournies par Alain Blondy. Les preuves de noblesse de l'ordre de Malte se trouvent aux A.N., M. 617-627.

2. Nous en possédons un, recueil in-4° relié en veau fauve aux armes sous le titre de “Pièces diverses”. Il renferme une collection très variée, manuscrite ou autographe (Gresset, Jean-Baptiste Rousseau, etc.) de 275 pièces politiques et littéraires en vers et ebn prose. Un autre manuscrit aux armes de Coubert a été vendu à l'hôtel Drouot (vente A.M.S., 20-21 mars 1969, n° 105 : in-folio, veau fauve sous le titre de Diverses lettres interceptées du temps du cardinal de Richelieu, copie du XVIIIe siècle). Catalogues de ses ventes de 1754 et 1756 (B.N. : Delta 283 et Q 7781).

3. Par erreur, Guigard (Il, 49) attribue ses armes à son frère. Armes de Rieux sur Arsenal, ms. 3855-3856.

4. A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 2e éd., Paris, 1872, p. 203-206. E. de Clermont-Tonnerre, Histoire de Samuel Bernard et de ses enfants, Paris, 1914, p. 133-144.

5. Le Véritable abbé Prévost, Monaco, Éd. du Rocher, 1958, p. 149-150.

6. Journal étranger, avril 1755.


cf: Réponse à François Moureau

1. Gabriel Bernard possédait-il beaucoup de terres ailleurs qu'en Normandie dont il pouvait se prévaloir ? Rappelons au passage que la famille ne possédait plus le fief languedocien de Rieux, mais fut autorisée à en conserver le nom.

2. Le troisième frère, Vincent de La Livinière, décéda de la petite vérole en août 1719.

3. Nous ajoutions dans notre note, sur la foi d'un biographe, que les deux frères Bernard semblent avoir joué volontiers de leurs titres et qualités. Nous ne résistons pas à l'envie de citer ici - mais seulement pour l'anecdote - ce témoignage de Sade dans l'Histoire de Juliette : " Le président Rieux, fils de Samuel Bernard et père de Boulainvilliers, volait par inclination et dans les mêmes vues que nous ; il attaquait les passants sur le Pont-Neuf et les volait le pistolet à la main. Envieux d'une montre qu'il vit à un ami de son père, il fut l'attendre un soir, au moment où cet ami venait de souper chez Samuel ; il le vole ; l'ami revient chez le père, se plaint, nomme le coupable ; Samuel assure que cela est impossible, il jure que son fils est couché ; on vérifie : Rieux n'est point chez lui. Il rentre peu après ; on l'attendait, on le convainc, il est accablé de reproches, il avoue tous ses autres vols, promet de se corriger, et l'exécute : Rieux devient, depuis, un fort grand magistrat ".

4. Voir I.O. Wade, The clandestine organization..., chap. VI : " Mirabaud and his works ", spéc. p. 209 sq. Une analyse comparée des sources de Boulainviller et de l'auteur des Opinions pourrait peut-être confirmer leur origine voisine.

5. En août 1733, le président de Rieux marie sa fille (Anne Gabrielle Henriette) au marquis de Mirepoix. Le Mercure de septembre (p. 2097 sq.) s'étend longuement sur ce mariage fastueux, dont les festivités se déroulent principalement en l'hôtel du chevalier Bernard, " toujours magnifique dans ce qu'il fait ".

6. Maillet prétend “connaître fort” le chevalier “Derieu” ; nous évoquons plus bas une rencontre antérieure. Pour ce qui est de la profondeur de cette connaissance, notons seulement que la formule " je connais fort " peut être interprétée de bien des manières et avec toutes les nuances possibles - de fait, il n'est apparemment nulle part ailleurs fait mention de ce personnage dans la correspondance de Maillet...

7. Telles la différence phonétique (et pas seulement orthographique) des noms, l'omission par Maillet de la qualité présumée de commandeur (alors que tous les chevaliers de Malte officiant sur les galères étaient officiers) et d'ancien page du Grand Maître (cf. C.-É. Engel, Le Véritable abbé Prévost, p. 148), ou encore le fait que " Derieu ", à la différence de de Grieux, aurait " quitté " l'Ordre avant 1734 (beaucoup de chevaliers regagnaient la vie civile après leurs séjour obligé à Malte, d'autres entraient au service du roi ; l'expression peut-elle renvoyer seulement à l'abandon des fonctions de gouverneur du Grand Prieur et d'officier de galères ?).

8. Selon Claire-Elianne Engel (Le Véritable abbé Prévost, p. 148), qui s'appuie sur les archives conservées à La Valette, Charles-Alexandre de Grieux, né en 1691 et le plus jeune des enfants de Gaston de Grieux, avait perdu ses trois frères aînés avant 1705 : deux étaient morts avant sa naissance, un troisième en 1704, dont la disparition fera de notre chevalier l'héritier du nom. Le marquis de Grieux dont François Moureau a trouvé la trace dans le Journal étranger pourrait donc être un cousin plutôt qu'un frère.

9. M. Benítez, " Benoît de Maillet et la littérature clandestine : étude de sa correspondance avec l'abbé Le Mascrier ", Studies on Voltaire..., n° 183, 1980, p. 138 (B.N., N.a.fr. 22158, f° 187 : " copie d'une letre par moy écritte à Mr. de Fontenelle il y a huit ans "). Voir aussi " Éléments d'une sociologie de la littérature clandestine : lecteurs et éditeurs de Telliamed ", dans F. Moureau (éd.), De bonne main, Paris, Universitas, 1993, p. 78.

10. L'index de De bonne main identifie cette dame de Vintimille à Marie-Madeleine Talbot, mais celle-ci n'épousera qu'en 1765 Charles François Gaspard Fidèle, marquis de Vintimille. On pense plutôt à Marie Charlotte de Reffuge, qui épousa en 1714 Gaspard Hubert Magdelon de Vintimille (1687-1748), des Comtes de Marseille, " Marquis du Luc, Brigadier des Armées du Roi, & Colonel d'un Régiment de Cavalerie de son nom, Gouverneur des Isles de Porquerolles, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Loüis " (Mercure de France, avril 1727, p. 847). Marie Charlotte était fille de Pompone, marquis de Reffuge, lieutenant général des armées et gouverneur de Charlemont, et d'Anne Françoise d'Elbène ; elle mourra le 6 février 1756 à soixante-huit ans. Son beau-père, Charles François de Vintimille (1653-1740), veuf depuis 1700, était commandeur de l'Ordre de Saint-Louis et servit longtemps dans la marine royale comme commandant de galères (voir sur lui le Mercure de février 1708, p. 256 sq., et de juillet 1740, p. 1673-1675 ; sur son fils ibid. mai 1748, p. 193-195, avec les réf. ad loc.).


cf: Sur la collection clandestine du consul Maillet

1. Cf. De Bonne main. La communication manuscrite au XVIIIe siècle, éd. Fr. Moureau, Paris, Universitas, 1993, p. 71-96 ; 143-165.

2. Bibl. Nat., ms. Nouv. Acq. Fr. 22158, f° 191v (cette annotation concerne une lettre non datée à Le Mascrier) : " Lettre de Mr. Maillet, ou il se déclare auteur du Traité de la nature de l'âme, et il donne à entendre qu'il l'est aussi des Doutes sur la religion et de l'Origine des Juifs ". La graphie de cette annotation nous semble tout à fait identique à celle du ms. 818 d'Aix-en-Provence, Bibl. Méjanes (= Examen de la religion, avec des remarques autographes de Sépher), et du frontispice du ms. de Saint-Pétersbourg des Difficultés de Challe (repr. photogr. dans l'éd. Deloffre-Menemencioglu, après la p. 24). On retrouve la même main tout au long du recueil de la B.N. (annotations en tête des lettres de Maillet : f° 204, 209, 211). Signalons que quelques textes de ce recueil ont été transcrits par Cl. Cohen dans sa thèse La Genèse de Telliamed, Univ. de Paris-III, 1989, p. 484 sq.

3. Voir les deux articles précédents.

4. Rien n'indique que le recueil en question fasse partie de la collection de l'abbé Sépher, comme par exemple Aix, Bibl. Méjanes, 818. Sur les dernières années de la vie de Maillet, voir H.D. Rothschild, " Benoît de Maillet's Marseilles letters ", S.V.E.C., 1965, n° 37, p. 109-145.

5. Cf. Cl. Cohen, " La communication manuscrite et la genèse de Telliamed ", dans De Bonne main, p. 66. Les autres mss. sont mentionnés par Maillet dans les lettres à Caumont et à Le Mascrier dont il est question dans les articles de M. Benítez et Fr. Moureau cités ci-dessus.

6. Outre celle d'Aix, on n'en connaît à présent que deux copies manuscrites (d'après Benítez 1988) : Paris, B.N., F.Fr. 14696 et Tours, Bibl. Mun., 971. Ces deux derniers recueils contiennent aussi la Dissertation sur les martyrs; il est donc possible qu'ils aient été tirés des Dissertations variées, recueil imprimé (1740) contenant également la Lettre sur l'origine les Juifs. On peut d'ailleurs soupçonner Benoît de Maillet d'être à l'origine de cette publication, peut-être via d'Argens, ou via Le Mascrier.

7. Voir à ce propos la communication présentée par G. Artigas-Menant au Colloque de Saint-Étienne sur la littérature clandestine, octobre 1993.

8. Voir sur ce point notre édition de l'Examen de la religion, à paraître chez Universitas/The Voltaire Foundation.


cf: À propos des Préadamites...

1. L'orthographe et les accents sont ceux du manuscrit.

2. Cette Dissertation a été prononcée en 1673 par Andreas Benjamin Hempel, sous la présidence de Samuel Schelwig, et publiée à Wittemberg en 1714.

3. T. I : L'Ancien Régime.

4. Tel qu'il a été établi par C.-V. Langlois dans État sommaire des documents entrés aux Archives nationales par des voies extraordinaires, 1917.

5. Le mot scripta est barré; au dessus est rajouté un mot apparemment en caractères grecs, illisible.

6. Il s'agit de l'abbaye de Beaulieu-les-Loches.

7. Lettre de Lapeyrère à Ole Worm du 7 août 1645, traduite du latin et publiée par J.P. Oddos dans sa thèse, Recherches sur la vie et l'oeuvre d'Isaac de Lapereyre (1596 ?-1676), Grenoble, 1974, p. 233. Le renseignement fourni par du Buisson se trouve dans un manuscrit retrouvé et cité par ODDOS: Itinéraire de Brie et de Touraine (1646-1647), conservé à la Mazarine (n° 4405).

8. Lettre de Dom Chr. Dupuy à Boulliau du 5 janvier 1646, citée par Pintard, p. 361, et n.1 p.632.

9. Voir en particulier la notice très fouillée et très vivante que G. Saige lui consacre dans la préface du Journal des guerres civiles, (1er janvier 1648- 28 septembre 1652), Paris, 1883-1885 (t. I, p. X-XIX).

10. Il demeure alors chez Henri de Guénégaud, seigneur du Plessis, secrétaire d'Etat, d'abord rue des Francs Bourgeois (actuel hôtel d'Albret), puis dans les derniers mois de sa vie à l'hôtel de Nevers, quai de Conti (aujourd'hui disparu).

11. Second codicille écrit par lui-même le 20 juillet 1652, reproduit par G. Saige (op. cit., p. XLVIII-LII).

12. Ce dernier était bachelier avant 1650.

13. Mot illisible.

14. De mars 1644 à septembre 1646, Lapeyrère avait accompagné au Danemark et en Suède l'ambassadeur La Thuillerie chargé par le roi de négocier la paix entre la Suède et le Danemark.


cf: Les lectures "nécessaires" du marquis de Sade

1. Catalogue des livres de M. de Sade compris parmi l'État des meubles et effets du château de La Coste fait le 12 avril 1769. L'original du document a disparu mais son contenu nous a été préservé par une " copie sur l'original " exécutée au tournant de ce siècle par Émile Garcin (Catalogue de la bibliothèque du château de La Coste établi le 12 avril 1769, ms. coll. privée). M. Jean Deprun a eu l'amabilité de mettre à notre disposition une copie de ce dernier catalogue.

2. Manuscrit sans titre (dans la table du recueil : Inventaire d'une bibliothèque) : Bibl. Mun. d'Avignon, ms. 6185, f° 195-205bis. Nous avons publié cet inventaire, en l'enrichissant du précédent, dans le second volume des Papiers de famille de Sade (sous la direction de M. Lever, Paris, Fayard, 1995, Annexe 1 ; voir notre présentation). Le fonds de La Coste, assez récent dans son ensemble, fut sans doute constitué en majeure partie par Sade lui-même (le reste provenant de son père), et les deux Recueils nécessaires par lui seul.

3. Ces numéros d'inventaire renvoient à l'édition citée ci-dessus. Sade connaissait bien sûr le Recueil nécessaire de Voltaire (Leipsick, 1765, scil. Genève, Cramer, 1766), qui se trouve être l'auteur presque exclusif de son propre Grand recueil nécessaire. Rappelons que le recueil voltairien comprenait, dans sa première édition, l'Analyse de la religion chrétienne, Le Vicaire savoyard, Catéchisme de l'honnête homme, Sermon des Cinquante, Examen important de milord Bolingbroke, Dialogue du douteur et de l'adorateur, Les Dernières paroles d'Épictète à son fils, Idées de La Mothe Le Vaye. On sait que le titre Recueil nécessaire a inspiré d'autres compilateurs de textes séditieux, par ex. celui du recueil manuscrit de Rouen, Montbret 553 (voir F. Weil, " Le rôle de Raby dans la rédaction et la diffusion des manuscrits philosophiques clandestins ", dans G. Canziani, Filosofia e religione nella letteratura clandestina, secoli XVII e XVIII, Milano, Franco Angeli, 1994, p. 421-422). La reliure des deux recueils ou collections constitués par Sade nous est connue par des Notes sur l'envoi que je viens de recevoir conservées à Avignon (Ms. 6185, f° 27-29), écrites à Paris et datables du printemps 1791, où le marquis accuse réception de " vingt-neuf volumes de recueil, tant grand que petit ; six autres volumes également reliés en rouge ", soit au total " trente-cinq volumes rouges ".

4. Mentionnons, entre autres, l'Aloisia Sigea de Chorier (n° 101), les Ragionamenti de L'Arétin (n° 105), L'École des filles, La Putain errante (n° 452), Le Portier des chartreux (n° 453), Vénus dans le cloître, Margot la ravaudeuse (n° 455), L'Académie des dames (n° 456), La Chandelle d'Arras (n° 457), les Pièces libres de Ferrand (n° 458).

5. C'est le cas, par exemple, des Nouvelles libertés de penser, de L'Origine du despotisme oriental, du Portier des chartreux, et autres livres cités plus haut et dans la note 4 enregistrés sous des numéros supérieurs à 431 (= ouvrages de 1769 absents dans la liste de 1776-78).

6. Ce nombre total de vingt-neuf volumes ne variera plus, jusqu'en 1791 au moins (voir ci-dessus, note 3. Et pour cause : le marquis séjourna en prison de 1778 à 1790.

7. Voir J. Deprun, " Quand Sade récrit Fréret, Voltaire et d'Holbach ", dans Roman et Lumières, Paris, éd. Sociales 1970, repris dans Obliques, n° 12-13 (Sade), 1979, p. 263-266, avec les références ad loc. Les Lettres à Sophie, assez rares, parurent sous le nom de Fréret au début des années 1770 (information d'O. Bloch, qui en prépare l'édition), parution “tardive” que tend à confirmer leur absence dans l'inventaire de 1769. Sade les met à profit notamment dans La Nouvelle Justine.

8. J. Brunus redivivus, ou Traité des erreurs populaires, ouvrage critique, historique et philosophique imité de Pomponace, Première partie, dans Pièces philosophiques, s.l., 1771. Voir A. Adam, préface au t. XIV des OEuvres complètes de Sade dans l'éd. du Cercle du livre précieux (Paris, 1966-67 ; t. XIV, 1967), p. 26-27.

9. Les dates de parution des ouvrages inclus (la Bibliographie descriptive des écrits du baron d'Holbach de J. Vercruysse, Paris, Minard, 1971, nous informe assez précisément sur plusieurs d'entre elles) nous orientent vers ces dates, et plus particulièrement vers la fin de 1768 et le début de 1769, quand Sade, qui n'avait que vingt-neuf ans, se trouvait à La Coste (novembre 1768-avril 1769) et inventoria sa bibliothèque. On sait qu'en cette période, il se répandit en folles dépenses qui inquiétèrenet la famille : les fêtes données au château n'étaient visiblement pas seules en cause, mais aussi des achats de livres nombreux, réalisés soit à Paris avant le départ, soit dans sa province : celle-ci (foire de Beaucaire, libraires d'Arles ou Avignon) est réputée au XVIIIe siècle pour sa “librairie” clandestine.

10. Voir les Notes sur l'envoi que je viens de recevoir (cit. supra, n. 3), où Sade accuse réception de ses Recueils nécessaires et de cinq volumes manuscrits dont il est l'auteur, déplorant que tous ne lui soient pas parvenus.

11. Voir notamment, à propos des sources philosophiques de Sade, J. Deprun : " Sade et le rationalisme des Lumières " (Raison présente, n° 3, 1967, p. 75-90) ; " Quand Sade récrit Fréret... " (art. cit., p. 263-266) ; " Sade et la philosophie biologique de son temps " (Le Marquis de Sade. Actes du colloque d'Aix-en-Provence, 1966, Paris, Colin, 1968, 189-203) ; " La Mettrie et l'immoralisme sadien " (La Bretagne littéraire au XVIIIe siècle. Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 1976, n° 4, p. 745-750) ; " Sade et l'abbé Bergier " (Lumières et anti-Lumières. Raison présente, n° 67, juillet-septembre 1983, pp. 5-11) ; " Sade philosophe " (en préface aux OEuvres, éd. de La Pléiade, Gallimard, 1990). On verra encore, bien sûr le Sade, Leser und Autor de H.-U. Seifert (Frankfurt am Main ; Bern ; New York, Peter Lang, 1983) et l'étude de Jean Leduc : " Les sources de l'athéisme et de l'immoralisme du marquis de Sade " (Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, LXVIII, Genève, 1969, p. 35-39). Enfin, on lit toujours avec profit les préfaces de P. Naville et C. Schuwer au t. XI des OEuvres complètes de Sade (op. cit., p. 11-23 : " Sade et la philosophie " ; p. 25-51 : " Sade et les moralistes "), et surtout celle, déjà mentionnée, d'A. Adam au t. XIV (p. 15-29).

12. Voir J. Deprun, " Sade et le rationalisme des Lumières ", art. cit., p. 78-79 ; " Quand Sade récrit Fréret... ", art. cit., p. 263-266. Dans sa Préface citée aux OEuvres complètes, Antoine Adam détectait des échos plus anciens de la Lettre à Thrasybule à Leucippe dans le Dialogue entre un prêtre et un moribond (1782) et dans le poème de la Vérité (vers 1787).

13. J. Deprun, ibid., respectivement p. 79 et p. 264

14. Cette " âme générale du monde " correspondant au " feu le plus pur qui soit dans l'univers ". Voir Histoire de Juliette, dans OEuvres complètes, VIII, p. 520 ; G. Lamy, Discours anatomiques, Paris, 1675, rééd. Bruxelles, 1679, p. 227-228, et le Traité des trois imposteurs, éd. d'Holbach, Paris, 1777, chap. V, § 7, p. 91-92. Voir aussi J. Deprun, " Sade et la philosophie biologique de son temps ", art. cit., p. 190. Sade a pu s'inspirer aussi de La Mettrie, qui exposait la thèse de Lamy et le citait dans son Histoire naturelle de l'âme (chap. VIII : " De l'Ame végétative "), traité présent dans la bibliothèque de La Coste (n° 444 ; également dans les OEuvres philosophiques, n° 431). Néanmoins plusieurs expressions de la Durand (" dont la source est dans le soleil ", " le feu le plus pur qui soit dans l'univers ", etc.) trahissent nettement leur extraction des Trois imposteurs.

15. Voir A. Adam, préface citée au t. XIV des OEuvres complètes, p. 20-21 et 27-28, avec renvois, respectivement, à la seconde et à la quatrième lettre de Toland. Le principe d'une parité cosmique de la vie et de la mort constitue bien sûr un vieux topos Renaissant assez répandu encore à l'âge classique (particulièrement chez les alchimistes) et dans la littérature philosophique clandestine de la fin du XVIIe s. et du début du XVIIIe (Jordanus Brunus redivivus, Réponse du médecin Gaultier). Bien que J. Deprun ait détécté des sources certaines et plus “fraiches” de Sade, tels Buffon et Robinet (" Sade et la philosophie biologique de son temps ", art. cit., spéc. p. 197-199), nous croyons comme lui que le rapprochement avec Toland demeure justifié (nous reviendrons sur cette question dans une petite étude en cours sur " Crime et transmutation. Sade et la parité vie/mort ").

16. Voir J. Leduc, " Les sources de l'athéisme et de l'immoralisme du marquis de Sade ", art. cit., p. 35-39. Nous avons cité Histoire de Juliette, dans OEuvres complètes, VIII, p. 443.

17. Rappelons au passage la suggestion de J. Deprun selon laquelle Sade a pu extraire de Maillet (et de La Mettrie) ses convictions animalculistes (" Sade et la philosophie biologique de son temps ", art. cit., p. 194).

18. Au moment où, prisonnier à Vincennes, Sade commande à sa femme un exemplaire du Système de la nature - afin de mieux " goûter et sentir ", dit-il, sa réfutation par Bergier -, il prétend connaître " par coeur " le Système mais ne l'avoir pas lu " depuis sept ans " (voir G. Daumas et G. Lely, Lettres et mélanges littéraires, Paris, Borderie, 1980, III, p. 165-166, fin octobre 1783, et OEuvres complètes, XII, p. 418, fin novembre 1783). Sept ans en arrière nous ramènent à 1776. Le Système, peut-on raisonnablement conjecturer, était alors inclu dans un Recueil nécessaire (sinon, on le trouverait cité dans l'inventaire de 1776-78, qui ne détaille pas les deux Recueils). Le rapprochement est alors inévitable avec la mention de l'inventaire de 1769. La marquise achètera bien un second exemplaire de d'Holbach en septembre 1783 (voir M. Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, Paris, Fayard, 1991, p. 727 : " in-8° relié ", sans mention de deux volumes, payé 5 livres chez Pichard), mais elle ne pourra pas le faire passer en prison, non plus que la Lettre de Thrasybule à Leucippe et les OEuvres d'Helvétius (voir Daumas et Lely, ibid., II, p. 345 : " on m'a dit que c'étaient tous des livres prohibés qui ne passeraient pas ").

19. Dans la lettre que nous citons, adressée à la marquise fin novembre 1783 (OEuvres complètes, XII, p. 418), Sade se déclare encore " sectateur jusqu'au martir s'il le fallait " du système de d'Holbach. Pour l'influence considérable du baron sur Sade, via notamment le Système de la nature et le Bons sens, on se reportera aux études citées n. 11, notamment aux articles de J. Deprun : " Sade et le rationalisme des Lumières ", " Quand Sade récrit Fréret... ", " Sade et l'abbé Bergier ", passim, et à J. Leduc, " Les sources de l'athéisme... ", spéc. p. 11-19.

20. Voir Vercruysse, ibid., ad 1770 A6, d'après L. Pingaud, " Lettres inédites de Bergier ", Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, 1891, p. 229-290, et E. Greppi et A. Giulini (éd.), Carteggio di Pietro e di Alessandro Verri, Milano, L.F. Cogliati, 1923, I, p. 114-115 (Alessandro rapporte à son frère que d'Holbach lui a montré un manuscrit dont il est l'auteur : sa description peut correspondre au Système). Cette affirmation n'a pas encore trouvé confirmation : il n'est pas impossible que Bergier confonde avec un autre manuscrit. Que l'inventaire ne signale pas la présence de deux tomes du Système peut être un oubli du copiste ; on peut imaginer aussi que les deux tomes ont été reliés ensemble.

21. Voir G. Lély, Vie du marquis de Sade, Paris, Cercle du livre précieux, 1962, I, p. 124, n. 1 et p. 269, n. 1, ici en corrigeant le millésime : 1769 et non 1767). La copie d'Émile Garcin, réalisée au tournant de ce siècle, confirme la date donnée par Lély (voir supra, n. 1).

22. On ne peut, il est vrai, exclure tout à fait que la bibliothèque fut inventoriée lors du séjour suivant en Provence, en mai 1771 (Lely, ibid., I, p. 249), et que le catalogue fut intégré à ce moment dans l'inventaire réalisé deux ans plus tôt. Mais ni Garcin ni Lely ne semblent avoir douté de la contemporanéité de ces pièces.

23. Voir J. Vercruysse, Bibliographie descriptive des écrits du baron d'Holbach, op. cit., ad 1770 A2 (Essai sur les préjugés), A6 (Système de la nature) et D1 (Esprit du judaïsme).


cf: Sur la fortune de l'Examen de la religion en Allemagne

1. Andrew Fairbairn / Bertram E. Schwarzbach : " The “Examen de la religion” : A bibliographical note ", Studies on Voltaire and the eighteenth century, 249 (1987), p. 91-145.

2. [Johann Christian Gottfried Jahn], Verzeichnis der Bücher so gesamlet Johann Christian Gottfried Jahn, Frankfurt/Leipzig 1755-57, p. 1640. Il s'agissait d'un manuscrit de 356 pages, donc d'un volume évidemment trop important pour contenir seulement la traduction d'un texte comme l'Examen. Par conséquent, il est bien probable que le manuscrit de Jahn était une version augmentée d'un commentaire, peut-être une copie de la traduction imprimée de 1747, quoique les titres de ces deux traductions différent.

3. Cf. le jugement de Jahn, selon qui le scopus du traducteur était de divulguer le déisme : " Die Absicht der Ausgabe dieses gottlosen Buches [...] könte leicht sein, unter dem Schein einer Widerlegung, den darin enthaltenen Saamen der Ruchlosigkeit desto mehr bekant zu machen und auszustreuen " (op. cit., p. 2045).

4. OEuvres posthumes de Frédéric le Grand, roi de Prusse, s.l. [Basel], 1788, tome IV ; Supplément aux OEuvres posthumes de Frédéric le Grand, roi de Prusse, “Cologne” [Berlin : Voss & Decker], 1789, tome II ; Mélanges en vers et en prose de Frédéric le II, roi de Prusse, s.l., 1789, tome II ; OEuvres complètes de Frédéric le Grand, roi de Prusse. s.l., 1790, tome IX ; cf. Leithäusser, Verzeichniss sämmtlicher Ausgaben und Übersetzungen der Werke Friedrichs des Grossen, Königs von Preussen, Berlin, 1877, sect. A/B. ; les éditions dans les Mélanges (1789) et le Supplément (1789) sont signalés par Fairbairn/Schwarzbach, op. cit. , p. 136.

5. Gedanken über Religion, von Friedrich dem Zweiten, König von Preussen. Aus dem Frantzösischen, s.l. [Halle], 1789. 204 pp. ; [même titre] Neue, mit einem Anhang versehene Auflage, Halle, 1793 ; [même titre] Neue Auflage, Hamburg, 1795. Selon Leithäusser, op. cit., p. 69, le traducteur de ces éditions est Friedrich Samuel Mursinna. Cette traduction de Mursinna (1754-1805) est sa seule contribution à l'histoire de la littérature clandestine.

6. Gedanken über Religion, von Friedrich dem Zweiten, König von Preussen. Dresden 1893. (IV) + 158 pp. ; cf. Bibliographie Friedrich der Grosse 1786-1986, éd. Herzeleide et Eckart Henning, Berlin et New York, 1988, p. 36.

7. Les Gedanken über Religion sont contenus dans le tome II de l'édition collective Supplement zu den Hinterlassenen Werken Friedrichs des Zweiten Königs von Preußen welches verschiedene Aufsätze enthält, die man diesem erlauchten Autor zuschreibt. Köln [Berlin, Voss & Decker] 1789. Ce recueil fut réédité en 1790/1791 chez le même éditeur.

On n'a pas consulté la traduction italienne des oeuvres posthumes de Frédéric (Raccolta di alcune opere postume di Federico II., il grande rè di Prussia, Hannover, 1789), ni une polémique contre Frédéric qui (selon Leithäusser, op. cit.) serait relative à ce recueil : Luigi Mozzi, I progetti degl'increduli a danno della religione, disvelati nelle opere di Federigo il Grande, rè di Prussia, Assisi, 1791.

8. Cf. Leithäusser, op. cit.

9. Cf. l'édition populaire du Traité parue dans la série " Bibliothèque du Libre Penseur " [n° 12], Herblay, 1930, rééditée récemment avec une préface de Pierre Naville (Éditions de la Passion, 1991).

10. Munich, Ludendorffs Volkswarte-Verlag, 1932, 73 pp. Il s'agit d'une réimpression de l'édition de Dresden, Jaenicke, 1893.

11. Les éditions des Ludendorff n'étaient pas les seules à utiliser des écrits de Frédéric II pour la propagande national-socialiste contre le Christianisme : cf. Friedrich der Große : Briefe über die Religion, Berlin, Nordland Verlag [fameux éditeur nazi], 1941. Cette collection comprend des lettres adressés à divers et n'inclut pas les Pensées sur la religion.


cf: Médecine et athéisme

1. Gilles de Launay, Les Essais physiques, Paris, 1667, I, p. 7, cité par H. Busson, La Religion des Classiques, Paris, P.U.F., 1948, p. 144. Busson précise (n. 3) que " le mot physicien a désigné autrefois les médecins, comme le physician anglais ".

2. Voir Daniel Duncan, Histoire de l'animal, ou la connoissance du corps animé par la mechanique et par la chymie, Montauban, 1686, la pièce liminaire signée “M. V.” : " Réfutation de la calomnie E tribus medicis unus Atheus ". Le second adage est rapporté par Thomas Keck dans son édition de la Religio medici de Browne (4e éd., 1656), et repris par Nicolas Lefebvre, auteur présumé de la traduction française de 1668 (p. 1, note). F. Berriot rapporte le troisième dans Athéismes et athéistes au XVIème siècle en France, Lille, A.N.R.T. / éd. du Cerf, [1984], p. 217.

3. B.N. Fr. 22556 (Copie de la correspondance de Saumaise, fonds Bouhier), f° 33v (Lettre XXVII, de Leyde, 16 février 1635). Par ailleurs, Elichmann - qui exerçait à Leyde et mourut en 1639 - " a d'admirables secrets en la Médecine, & en cette partie de la Philosophie qui regarde les choses naturelles ", et il " sait la langue Arabique, comme sa maternelle [= l'allemand], & la Persienne, & n'est pas ignorant de la Turque ".

4. Religio medici, dans The Major Works, Penguin Books, 1977, p. 61.

5. " Le peuple [...] a fait un proverbe de la Religion des Medecins pour dire qu'ils n'en ont point " (Lussauld, Apologie pour les médecins, Paris, 1663, p. 8-9). Voir aussi La Mettrie, Ouvrage de Pénélope, ou Machiavel en médecine, Berlin, 1748, I, 249 (religion du médecin = le fait " de ne pas en avoir "). C'est en ce sens que le copiste de la Nouvelle philosophie sceptique de la bibliothèque de l'Arsenal, ms. 2239 [2] (= extrait de la Réponse du médecin Abraham Gaultier) prend pour devise : Talis est religio medici. (voir éd. O. Bloch, Paris, Universitas, 1993, p. 199). On sait que la Dissertationsur la resurrection de la chair et la Dissertation sur la formation du monde de la bibliothèque Mazarine (ms. 1168) sont attribuées à " l'auteur du Traité des erreurs populaires ", et qu'une main postérieure a rajouté " Thomas Browne " - par confusion avec l'Essai sur les erreurs populaires de Browne (= Pseudodoxia Epidemica, 1646, trad. fr. Witte, 1733) : le copiste du manuscrit de la Mazarine visait en fait le Jordanus Brunus redivivus (Rouen, ms. 74), sous-titré Traité des erreurs populaires.

6. Le prédicateur toulousain Melchior de Flavin se fait écho de cette mauvaise réputation, en soutenant que les médecins accordent " plus grande foy à leur Hippocrate qu'à la parole revelée de Dieu ", et qu'" infidelité " et " impieté " règnent chez " la plupart " d'entre eux (De l'estat des ames apres le trepas et comment elles vivent estans du corps separées, Paris, 1595, chap. IV : " Qui est l'ame de l'homme ", cité par Berriot, Athéismes et athéistes, o.c., p. 217). Berriot (ibid., p. 218, n. 284) cite aussi André du Breil, qui réputait " apostats ", " desbauchez ", " atheistes " la plupart des " médecins empiriques " (i.e. paracelsiens) (Police de l'art et science de medecine..., Paris, 1580, p. 30). Un peu plus tard, les médecins seront pris à partie par Mersenne dans les Quæstiones celeberrimæ in Genesim... (Paris, 1623, p. 230 sq.) et dans L'Impiété des déistes... (Paris, 1624, VI, p. 121-122 ; le Minime rapporte qu'ils " ont ce bruit-là " d'être athées. Il se montrera moins sévère l'année suivante dans La Vérité des sciences, Paris, 1625, I, XIII), et par Garasse dans La Doctrine curieuse... (Paris, 1623, p. 255 et passim).

7. Entretien de l'abbé Jean et du prêtre Eusèbe, Paris 1674, p. 512-512, cité par Busson, La Religion des Classiques, op. cit., p. 145 n. 2.

8. Sur ce dernier livre, dont le Journal des sçavans rendra compte le 3 sept. 1708, voir J.S. Spink, La Libre pensée française de Gassendi à Voltaire, trad. fr., Paris, Éd. sociales, 1966, p. 264.

9. Libelle in-4° de 20 p. mentionné par Busson dans La Religion des Classiques, o.c., p. 145. Busson signale aussi l'Histoire chronologique de la médecine et des médecins de Jean Bernier (1689), où l'on soutient que le nombre des médecins libertins est minime (2e éd., 1695, t. II, p. 274-275).

10. Op. cit., p. 230, cité d'après H. Berr dans Du Scepticisme de Gassendi (thèse de Paris, 1898), trad. fr. B. Rochot, Paris, Albin Michel, 1960, p. 42, n. 4.

11. Les Medecins à la censure, o.c., p. 328-329 et 333-335. Analyse banale ; cf. par ex. R. Rapin, La Comparaison de Platon et d'Aristote, Paris, 1671, p. 265 : " Les Philosophes sur tout les Physiciens, les Chimistes, les Geometres et les Medecins pour accoûtumer trop leur esprit à des connoissances palpables, sensibles et evidentes le rendent mal propre aux soûmissions de la Foy. On se gaste par la Philosophie quand on raisonne trop, et quand on veut faire entrer ses raisonnemens en toutes choses " (cité par G. Schneider, Das Libertin, Stuttgart, 1970, p. 301).

12. Philippe Hecquet, La Médecine théologique..., Paris, 1733, p. 279.

13. G. Naudé, Jugement de tout ce qui a esté impimé contre le Cardinal Mazarin..., s.l.n.d., p. 310-311, signalé par H. Busson, La Pensée religieuse de Charron à Pascal, Paris, Vrin, 1933, p. 369. Sur le rôle des médecins dans la limitation du merveilleux, voir ibid., p. 351 sq. ; du même, La Religion des Classiques, p. 142-144, et son introduction aux Enchantements de Pomponazzi (Paris, Rieder, 1930, p. 9-105). Pintard évoque aussi la figure de Pierre Le Conte, qui dans une thèse de 1638 " contre les energumenes et possedées de Loudun ", assignait des causes purement physiologiques aux caractères et aux vertus : on y " nioit les sorcelleries et les diables, attribuoit tous les effets diaboliques à la chaleur naturelle et au temperament, et quelques passages faisoient quasi l'ame materielle " (cf. Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, Slatkine, 19832, p. 80).

14. Ouvrage de Penélope ; ou Machiavel en médecine, Berlin, 1748, I, p. 255.

15. Voir ici R. Pintard, Le Libertinage érudit..., p. 81.

16. " On dit que l'Astrologie et la Medecine portent en eux les monstrueuses semences de cette pitoyable erreur [l'athéisme]. Il en pourroit bien estre quelques chose " (Les Pensées de Monsieur Dassoucy..., Paris, 1676, rééd. E. de Colombey, Paris, 1858, p. 356 ; cf. Busson, La Pensée religieuse..., op. cit., p. 362).

17. Théophile Raynaud, Theologia naturalis sive Entis increati et creati [...] ex natura lumine investigatio (Lyon, 1622), repris dans Opera omnia (Lyon, 1665-1669), t. V, p. 523 sq. Raynaud nous assure que les athées sont nombreux en son siècle de fer, mais que lui ne connaît que le médecin Morin.

18. Voir sur ce personnage H. Busson, La Pensée religieuse..., p. 464 ; R. Pintard, Le Libertinage érudit, spéc. p. 218-219 et 608-609 (notes p. 218, n. 1).

19. Voir Busson, ibid., p. 465 (d'après d'Aumale, Histoire des princes de Condé, Paris, 1885-1896, V, 43).

20. G. Patin, Lettres, éd Réveillé-Parise, Paris, 1846, III, p. 359. Les deux hommes étaient médicalement rivaux.

21. Mémoires publiés par E. Jovy dans Pascal inédit, III : Les Contemporains de Pascal et leurs sentiments religieux, Vitry-le-François, chez l'auteur, 1910. Voir chap. XI, p. 160-180 : " De la conversion d'un philosophe médecin et sa mort édifiante en suite des conférences que j'eus avec lui ". C'est en étudiant la médecine à Montpellier que Bazin, débauché, " racheva de se perdre par la conversation qu'il avait avec les hérétiques, renonça à la religion catholique et embrassa la protestante et se mit fort avant à l'étude de l'ancienne philosophie " (p. 161). Ce fut le début d'une longue errance religieuse : au fil de ses voyages, il côtoie et se rallie successivement à diverses sectes réformées, aux juifs, aux mahométans, aux idolâtres brahmanes, pour finalement se persuader " que toutes les religions n'étaient que des rêveries et des institutions de la politique des souverains pour se soumettre plus facilement leurs sujets par le leurre de la religion et de la crainte de la Divinité " (p. 161). De retour à Paris, il tombe malade et souhaite " mourir en philosophe ". Sa conversation avec Beurrier le montre alors déiste (il croit en un Dieu principe de toutes choses, mais insoucieux de nos affaires), croyant d'une certaine façon en l'immortalité de l'âme, van Helmont l'ayant persuadé " que nos âmes étaient immortelles mais qu'elles retournaient, au sortir du corps, dans les astres où étaient leurs idées " ; enfin, familier du thème des trois imposteurs (cf. p. 164-165). Pour Beurrier, il ne fait pas de doute que les études médicales de Bazin influèrent sur sa manière de voir, et c'est justement en citant Hippocrate qu'il le gagnera à sa cause (p. 166-167). Dans ce récit, on doit évidemment faire la part de l'exagération apologétique (voir Pintard, Le Libertinage érudit, p. 81 ; A. McKenna, " Hétérodoxie et libertinage à Paris vers 1685 : le témoignage du Père Beurrier ", in Diffusion du savoir et affrontement des idées, 1600-1770, Montbrisson, 1993, spéc. p. 524-527). À supposer aussi que Basin ne soit pas une édifiante fiction de notre abbé, notons qu'il dut abandonner la médecine avant le doctorat (aucune thèse enregistrée sous son nom à Montpellier : voir L. Dulieu, La Médecine à Montpellier, III, 2, Saint-Pierre en Avignon, Les Presses Universelles, 1987).

22. Voir ici Busson, La Religion des Classiques, p. 144.

23. P. Marchand, Dictionnaire historique, La Haye, 1758, I, p. 316.

24. On trouvera d'autres exemples dans les ouvrages cités de H. Busson (La Pensée religieuse..., spéc. p. 361-367 ; La Religion des Classiques, p. 137-164), R. Pintard (Le Libertinage érudit, p. 79-82 et passim) et F. Berriot (Athéismes et athéistes, spéc. p. 217-218). Voir encore, pour d'autres références, A. Thomson, Materialism and society in the mid-eighteenth century : La Mettrie's “Discours préliminaire”, Genève-Paris, Droz, 1981, p. 21-32 ; M. Skrzypek, " La Mettrie et la religion du médecin ", Corpus, n° 5/6 (La Mettrie), 1987, p. 63-81. Parmi les médecins de l'âge classique, sinon athées, du moins peu suspects de bigoterie, on pourrait citer encore Nicolas Venette, auteur de l'audacieux De la génération de l'homme ou Tableau de l'amour conjugal (1687), le spinoziste Camille Falconet, animateur de curieuses " messes " littéraires (cf. P. Vernière, Spinoza et la pensée française..., Paris, P.U.F., 19822, p. 394), Antoine Van Dale, pourfendeur des oracles et inspirateur de Fontenelle, les médecins mécanistes Maubec, Moreau de Saint-Élier, Louis, Le Camus, etc. Rappelons aussi l'importance de la médecine dans la formation intellectuelle de Diderot (cf. R. Niklaus, éd. de la Lettre sur les aveugles, 3e éd., Genève : Droz, Paris : Minard, 1970, p. XIX-XX, avec les références ad loc. aux études de Cabanès et Bigot).

25. Recueil d'affaires ecclesiastiques, III. La Fresnaye n'est pas tout à fait un inconnu, puisque R. Pintard l'évoquait dans Le Libertinage érudit, p. 81.

26. Voir sur ces traits de personnalité, d'une certaine façon préfabriqués par l'apologétique : L. Godard de Donville, Le Libertin des origines à 1665 : un produit des apologètes, Paris, Seattle, Tübingen, / Papers on French Seventeenth Century Literature (Biblio 17, n° 51), 1989, passim (sur " l'athée criminel : Caïn ", p. 210-211).


cf: L'instruction du médecin La Fresnaye

* Dans un souci de meilleure lisibilité, nous développons les abréviations, modernisons la ponctuation, accentuons les e toniques en finale, et rétablissons les élisions.

1. Nous n'avons pu identifier ce personnage (le toponyme La Noé / La Noue est trop répandu). On le dit plus loin âgé de " quarante-cinq ans ou environ " : c'est à l'évidence une coïncidence si cet âge correspond à celui de Claude de La Noue, seigneur de Montreuil-Bonin, dit " Bras-de-Laine ", petit-fils du fameux François de La Noue, dit " Bras-de-Fer " (cf. Tallemant des Réaux sur la maréchale de Temines).

2. Sans doute rue des Rosiers, aujourd'hui dans le IVe arrondissement.

3. Jaquemart : " Figure de métal qui représente un homme armé avec un marteau à la main et qu'on met sur les horloges pour frapper les heures [...] Il se disait aussi d'un homme de bois planté en terre, auquel on tirait au blanc " (Littré).

4. L'idée de faire du soleil le seul Dieu concevable était assez répandue vers la moitié du XVIIe siècle, après Galilée. Elle revient par exemple constamment dans la première partie du Theophrastus redivivus (De Diis). On se rappellera que la version définitive de la Città del Sole de Campanella parut à Paris en 1637.

5. Peut-on songer au financier Joachim Béraud, " qui de médecin s'étoit fait grand audiencier, après être devenu fort riche " (Saint-Simon, Mémoires, éd. Boislille, t. XXXVI, p. 345) ? Celui-ci, seigneur de Croissy-en-Brie en 1648, s'était enrichi dans la fabrication des liards à Lyon, avait acheté en 1643 une des quatre charges de grand audiencier de la Chancellerie, et mourut en exercice en 1683 à quatre-vingts ans - " mais nous ne croyons pas qu'il ait été médecin ", notait Boislille. La terre de Croissy passera en 1662 ou 1664 dans la famille Colbert, par le mariage de Françoise Béraud (1642-1719), fille unique de Joachim, avec Charles Colbert, frère du grand Colbert. Elle sera érigée en marquisat par lettres registrées au Parlement en 1685. On sait quele titre de conseiller du roi, qui n'aurait dû en principe qualifier que les membres du conseil, était en fait très prodigué (et très vendu) dès le XVIIe siècle. C'est pourquoi on peut penser aussi à Antoine Foucquet, sieur de Croissy, né en 1615, reçu conseiller au Parlement en 1641, grand partisan des princes durant la Fronde, incarcéré à Vincennes en 1653, absous par le Parlement, qui s'exila ensuite à Francfort...

6. Une fille ou une femme (féminin de gars, garçon), avec ici déjà, semble-t-il, la nuance péjorative désignant la femme de mauvaise vie. Garasse parlait encore de la " garce prostituée " des libertins (cf. Godard de Donville, Le Libertin..., o.c., p. 236).

7. Comprenons : le nigaud, le sot - comme tel déjà représenté dans les ballets du temps de Louis XIII. Jocrisse est le " benêt se laissant gouverner, ou s'occupant des soins du ménage qui conviennent le moins à un homme " (Littré).

8. Des sodomites.

9. Accusation de paresse tout à fait conventionnelle.

10. La rue Neuve-des-Boulangers, aujourd'hui dans le 5e arrondissement, rebaptisée rue des Boulangers en 1844.

11. Peut-être Beaumont-sur-Oise.

12. Il était qualifié plus haut de maître tailleur d'habits.


cf: A propos des livres "philosophiques"

1. Voir R. Darnton, Édition et sédition, Paris, Gallimard, 1991, spéc. chap. I : " Des livres philosophiques ".

2. BPU Neuchâtel, STN 1161, f° 5.

3. STN 1135, f° 154.


cf: Peter Friedrich Arpe collectionneur

1. Voir à son sujet Allgemeine deutsche Biographie, Bd. I, 608 sq. ; H. Ratjen, " P.F. Arpe ", dans Schriften der Universität Kiel aus dem Jahr 1858, Kiel, 1859, p. 53-62, ainsi que mon travail " Freethinking in Early 18th Century Protestant Germany : Peter Friedrich Arpe and the Traité des trois imposteurs ", dans R.H. Popkin, S. Berti et F. Charles-Daubert (éd.), Heterodoxy, Spinozism and Freethought. The Traité des trois imposteurs in the European Culture of Early Enlightenment, Dordrecht, à paraître.

2. Avant tout dans les cercles de Copenhague : Otto Sperling, Gerhard Ernsty, Franck von Frankenau, Christian Reitzer, Frederic Rostgaard, Christian Worms, Arni Magnusson, mais aussi dans les cercles de Hambourg autour de Johann Albert Fabricius et de Johann Christian Wolf.

3. Voir la lettre de J. Ch. Wolf à M. Veyssière de La Croze de 1716 (Thesaurus epistolicus Lacrozianus, éd. J.L. Uhlius, Bd. II, Leipzig, 1742, p. 107.

4. Voir P.F. Arpe, Feriæ æstivales sive scriptorum suorum historia. Liber singularis, Hamburg, 1726, p. 124-126.

5. Voir Arpe à Uffenbach, dans Commercii epistolaris Uffenbachiani selecta, éd. J.G. Schelhorn, Ulm/Memmingen, 1753, II, p. 448, ainsi que Epist. Lacr., op. cit., II, p. 229.

6. La bibliothèque de Hambourg en conserve une copie réalisée par Wolf d'après le manuscrit de Arpe (Cod. alchim. 780 (a)).

7. Op. cit. Voir aussi son De prodigiosis naturæ et artis operibus, Talismanes et Amuleta dictis, Hamburg, 1717.

8. Staats- und Universitätsbibliothek Hamburg, Cod. Theol. 1222, note à la p. 104.

9. Voir Feriæ æstivales, op. cit. ; la lettre citée à Uffenbach, p. 448, à propos de l'Histoire du prince Apprius.

10. Staats- und Universitätsbibliothek Hamburg, Cod. Theol. 2090.

11. Voir la citation dans Cod. Theol. 1222, op. cit.

12. Voir la lettre citée à Uffenbach, p. 448.

13. Sur ces questions, voir aussi P.F. Arpe, Themis Cimbria, Hambourg 1737, ainsi que le plan d'ensemble de l'oeuvre, qui devait à l'origine avoir une plus grande ampleur, dans les Feriæ æstivales. D'autres fonds de la bibliothèque de l'Univ. de Rostock font allusion à une autre collection Arpe sur l'histoire du Meclembourg. Voir mon travail : " Cimbria illustrata. Eine handschriftliche Sammlung Peter Fridrich Arpe (1682-1740) zur Geschichte Schleswig-Holsteins ", à paraître en 1995 dans Zeitschrift der Gesellschaft für Schleswig-Holsteinische Geschichte.

14. Voir l'annexe du ms. Hambourg Cod. Theol. 1222.

15. Voir les vol. manuscrits de la Collection Thott de la Bibliothèque royale de Copenhague. La provenance de Arpe se reconnaît à l'écriture des pages de titre.

16. Hambourg, ms. Cod. Theol. 1222.


cf: Boulainviller a-t-il traduit l'Éthique ?

1. Spinoza, Éthique, trad. inédite du Comte Henri de Boulainvilliers, publiée avec une introduction et des notes par F. Colonna d'Istria, Paris, Librairie Armand Colin, 1907.

2. Vernière, Simon et Venturino renvoient à Colonna d'Istria; seul Stefano Brogi avance quelques doutes dans son livre récent (Il cerchio dell'universo, Firenze, Olschki, 1993, p. 144, note 10).

3. P. Vernière signalait (Spinoza et la pensée française avant la Révolution, Paris, P.U.F., 1954, p. 707) une traduction manuscrite de la 1ère partie : Liber aureus pretiosissimus, Lons-le-Saunier, Bibl. municipale, ms. 27 (absent des listes de Wade et Benítez).

4. Sur le rapport Boulainviller-Spinoza, la contribution de P. Vernière demeure fondamentale (Spinoza et la pensée française..., op. cit., p. 306-322). Voir aussi, outre l'ouvrage précédemment cité de Brogi, l'article de M. Benítez, " Un spinozisme suspect : à propos du Dieu de Boulainvilliers ", Dix-huitième siècle, 1992, p. 18-28.

5. R. Simon, Henri de Boulainviller : historien, politique, philosophie, astrologue, Paris, Boivin, 1939, II, p. 24.

6. Catalogue des livres faisant partie du fonds de librairie ancienne et moderne de J.J. et M.J. de Bure Frères, Paris, De Bure, 1840, Septième partie, p. 12. Ce catalogue contient aussi une notice concernant la Religion chrétienne analysée : " n° 5 La Religion chrétienne analysée, par C.F.C.D.F., avec l'addition des preuves qu'il a seulement indiquées, par A.B.C.D., son prosélyte. 1749, in-8. v. m. Manuscrit sur papier, de 393 pages (3 fr) ".

7. Communication de M. Pierre Guinard, conservateur de la Bibl. Mun. de Lyon, que nous remercions de son aimable collaboration.

8. Lyon, Bibl. Mun., ms. 5165 [photocopie] : f. 1 [non encadré, non numéroté] : " Ethique, ou Morale de Bénoit Spinosa, traduite du texte latin, avec des remarques, par le comte Henri de Boulainvilliers, l'auteur d'écrits historiques bien connus / Manuscrit de la main de Boulainvilliers, provenant du cabinet d'Aimé Martin: art. 199 du catal. de vente de 9bre 1847. / Dans l'article " Boulainvilliers " du Moréri de 1759, qui paraît avoir été rédigé sur les notes fournies par la famille du comte, on remarque le passage suivant, relatif à l'ouvrage dont il s'agit ici [suit l'extrait de Moréri] ; f. 2 [encadré, non numéroté] : " ETHIQUE Partie première " [+ ex libris de Mestre] ; f. 3 [encadré, numération originale : 1] : " Ethique, partie Ière. Définition I. J'appelle cause de soi […] " etc.

9. Éd. Colonna d'Istria, p. 369-70.

10. Cf. D. Venturino, Le ragioni della tradizione. Nobiltà e mondo moderno in Boulainvilliers, Firenze, Le Lettere, 1993, p. 20.

11. Il y a quelques exceptions, très rares ; voir par exemple OEuvres philosophiques, éd. R. Simon, La Haye, M. Nijhoff, 1973, t. I, p. 154 (âme-corps).

12. Voir E. Giancotti Boscherini, Lexicon spinozanum, La Haye, M. Nijhoff, 1970, 2 vols, s.v. " anima ". Voir aussi, du même : " Sul concetto spinoziano di mens ", dans G. Crapulli, E. Giancotti Boscherini (éd.), Ricerche lessicali su opere di Descartes e Spinoza, Roma, Ed. dell'Ateneo, 1969, p. 119-184; M. Guéret, A. Robinet, P. Tombeur, Ethica. Concordances, index, liste des fréquences, tables comparatives, Louvain-la-Neuve 1977, s.v.

13. Malebranche ne l'utilise jamais, par exemple; cf. OEuvres complètes, t. XXIII, Index microfiché de l'ensemble des concordances, Paris, Vrin, 1990, s.v. Pour une première ébauche d'analyse stylistique, très élementaire et circonscrite, des textes de Boulainviller, cf. G. Mori, " Origine des êtres et espèces: un inedito cosmogonico tra le carte di Boulainviller ", Rivista di storia della filosofia, 1994, n° 1, p. 169-192. Occurrences de partant dans l'Essai de métaphysique [voir OEuvres philosophiques, cit., t. I] : p. 90, 92 [trois fois], 96 [deux fois], 98, 99, 100, 112, 115, 116, 117, 118 [deux fois], 119 [deux fois], 122, 125, 126 [deux fois], 127, 136, 137, 151, 154, 162 [trois fois], 163 [deux fois], 175, 179, 180, 181, 183, 184, 189, 194, 203.


cf: À propos du pseudo-Vallée

1. Nous renvoyons pour plus de détails aux Actes du colloque de Saint-Etienne, à paraître en 1995.

2. Nous le remercions de nous avoir signalé la parution du catalogue de Hambourg réalisé par Nilüfer Krüger : Die Theologischen Handschriften der Staats-und-Universitätsbibliothek Hamburg, 3 : Quarthandschriften und kleinere Formate (Cod. theol. 1751-2228), Stuttgart, E. Hauswedell & Co., 1993.

3. Voir " L'affaire du collège de La Marche " (à paraître en annexe à notre article dans les Actes de S. Étienne).

4. Comme nous l'avons détaillé dans " La Béatitude des chrétiens et son double clandestin " (art. cit.), ce n'est pas le seul trait commun existant entre le ms. de Hambourg et celui de Paris (Garnier-Le Tort), lequel a certes disparu, mais dont une douzaine de citations nous ont été préservées dans un résumé des Archives de la Bastille.

5. Les deux ouvrages sont dissemblables à tous égards, matériellement et idéologiquement, et le pseudo-Vallée ne fait à aucun moment référence à Vallée, ni ne tente aucun coup de force pour appuyer la mystification. On peut imaginer une erreur dans la reliure deplusieurs manuscrits, ayant conduit à greffer la page de titre du libelle de Vallée sur le traité pyrrhonien, ou au contraire une intention délibérée de se faire une publicité clandestine aux frais de Geoffroy Vallée, dont la Béatitude était très recherchée...

6. " Idem hic est Tractatus cum eo cuius titulum ex cod. suo MS. quem cum hoc comparavi, suppeditat Cl. Pet. Freder. Arpe in Feriis Æestivalibus p. 124. Inscribitur ibi : La beatitude des Chetiens ou le Fleo de la foy par Geoffroy Vallée ". Dans les Feriæ Æstivales, sive scriptorum suorum historia. Liber singularis (Hamburgi, Kismer, 1726, p. 124-126), Arpe prétendait avoir trouvé un manuscrit de Vallée dans des boites à papier (" schedas ") et s'étonnait, ou feignait de s'étonner qu'il ne corresponde pas à la description qu'en donnait Sallengre dans ses Mémoires de littérature en 1716 (art. II, p. 222-227).

7. Il s'agit d'un fragment (partie finale du texte), qui semble être un produit très dérivé et corrompu de l'archétype indépendant du ms. de Hambourg comme de ceux de la famille Saint-Petersbourg, Moscou, Budapest, Copenhague.

8. Plusieurs lacunes et leçons originales ne se recoupent pas de l'un à l'autre. Seuls les manuscrits de Copenhague (dont l'un est la copie de l'autre) semblent ne présenter aucune leçon originale par rapport aux trois autres manuscrits pris ensemble. Mais ils ne procéderaient d'aucun d'entre eux, puisqu'ils les complètent tous à un moment donné.

9. On doute que le pseudo-Vallée ait jamais circulé comme préface au texte de Vallée. On incline à croire que cette mention est seconde par rapport à l'erreur ou à la mystification valléenne, et qu'elle fut introduite par un copiste soucieux d'en tempérer l'absurdité. Mais d'autres explications sont envisageables.

10. Cette indication figure à la fin des ms. de Moscou, Saint-Petersbourg et Budapest. Nous développons les abréviations. On lit sous le titre du manuscrit de Hambourg, qui ne nomme pas à cet endroit Vallée et sa Béatitude : " Conf. Observat. Hallenses Tom. X, obs. 9 " (il est improbable que le copiste de Hambourg ait tiré cette référence du manuscrit de Arpe). On lit à l'Observatio IX : De libris raris (continuation de l'Observatio VIII : De libris damnatis), une référencequi semblait y correspondre : " Godofredi a Valle ars nihil credendi ".

11. Voir N. Krüger, Die Theologischen Handschriften..., op. cit., p. 216. C'est le frère de Johann Christoph, Johann Christian (1689-1770), qui héritera de ce manuscrit et en fera don à la bibliothèque de Hambourg (cf. Martin Friedrich Pitiscus, Handschriftliches Gesamt-Verzeichmis der Handschriften der Stadtbibliothek Hamburg, IV, Hambourg, 1794, p. 38).

12. Des indications bibliograhiques de Wolf concernant Vallée sur la page de garde de son manuscrit, ne permettent pas de dater cette copie, puisqu'elles n'en sont pas forcément contemporaines. Notons toutefois qu'elles renvoient à l'Historia Crypto-Socianismi de Gustav Georg Zeltner (Lipsiæ, 1729, cf. p. 408) et au Recueil de littérature, de philosophie et d'histoire de C.E. Jordan (Amsterdam, François L'Honoré, 1730, cf. p. 43). Il est par ailleurs fait référence aux Feriæ æstivales de Arpe (1726).

13. Le peu que nous savons pour le moment sur Schrödter provient de J.G.W. Dunkel (Historisch-kritische Nachrichten von verstorbenen Gelehrten und deren Schriften, III, 2, 1758, n° 2444), J.O. Thiess (Versuch einer Gelehrtengeschichte von Hamburg, 1783, n° 572), de Krüger (qui renvoie à une étude danoise d'Otto Fr. Arends, non encore consultée), et d'informations que nous ont personnellement communiquées Martin Mulsow et Jens Häseler. Schrödter, natif de Güstrow (ou Hambourg ?), maître ès arts (magister), docteur en théologie de Rostock en 1697, fut assesseur du conseil consistorial royal pour la région de Stormarn, chapelain de l'ambassade du Danemark en Espagne et en France (cette dernière fonction vers 1705-1710), et semble être resté prêtre à Glückstadt de 1712 à sa mort. Il était un grand collectionneur de médailles, livres et manuscrits rares. Il est l'auteur d'un Thesaurus nummorum antiquorum (Hambourg, 1729). Sa bibliothèque a fait l'objet d'un Catalogus Bibliothecæ Gustavi Schroedteri... (Hambourg, 1724), non encore consulté.

14. Voir supra. Sur les relations Arpe/Wolf, voir M. Mulsow, " Freies Denken im protestantischen Deutschland des frühen 18. Jahrhunderts : Peter Friedrich Arpe und des Traité des trois imposteurs ",à paraître en anglais dans S. Berti, F. Charles-Daubert, R.H. Popkin [éd.], Heterodoxy and Free-Thought. The Traité des trois imposteurs in the European Culture of the Early Enlightenment, Dordrecht : Kluwer, 1994). Nous remercions Martin Mulsow de nous avoir communiqué cet article avant parution.

15. On ignore ce que devint ce manuscrit. La bibliothèque de Schrödter fut dispersée aux enchères à Altona (faubourg de Hambourg) en 1724, et quoique nous n'ayons pas encore pu consulter le catalogue de cette vente (Hambourg, 1724), il semble qu'aucun traité intitulé Béatitude des chrétiens ou Commentatio sceptica n'y figurât (Krüger y aurait fait allusion dans son catalogue). Cependant, le manuscrit pouvait bien y figurer sans titre... Il est probable en tout cas que ce n'est pas Wolf qui en hérita (bien qu'il acquît plusieurs manuscrits de Schrödter à Altona), puisqu'il en effectua une copie. S'il ne réalisa pas sa copie du vivant de Schrödter (M. Mulsow nous précise qu'il n'a pas connaissance d'une relation personnelle entre les deux hommes, et nous avons noté plus haut que des notes autographes de Wolf pouvaient suggérer une copie réalisée vers 1730), on peut croire que c'est l'un de ses proches qui hérita du modèle.

16. Si la dérivation s'est faite du ms. de Schrödter à celui de Arpe, on devra ne pas prendre au sérieux l'histoire selon laquelle ce dernier aurait trouvé son manuscrit dans des boites à papier. Le catalogue de Hambourg (Theol. 1854) répertorie un second manuscrit du pseudo-Vallée, disparu, intitulé La Béatitude des chrétiens... : sa description (313 pages) correspond au manuscrit actuellement localisé à Moscou (Bibl. Lénine, Fonds 218, vol. 10 A, n° 972). Nous ne reconnaissons pas l'écriture de Arpe sur ce manuscrit ; M. Mulsow a bien voulu confirmer ce jugement.

17. On relève dans le catalogue de Hambourg plusieurs manuscrits provenant de Schrödter, et visiblement rapportés de France, comme par exemple Les Tables sacrées ou Analyse de la foy (Theol. 2224) et Le Catéchisme des Dames (Théol. 2075). Le goût de Schrödter pour la littérature hétérodoxe paraît bien avéré (Tractatus de incarnatione vervi divini = Theol. 1962, etc.). Le Catalogus Bibliothecæ Gustavi Schroedteri... (Hambourg, 1724), que nous n'avons pu encore examiner, confirmera sans nul doute ce fait.

18. Dans notre étude citée, nous dations le pseudo-Vallée aux alentours de 1700. Notons incidemment le rapport privilégié de Schrödter avec le Danemark - de même que Arpe, danois d'origine. Or deux manuscrits du pseudo-Vallée sont conservés à Copenhague (tardifs cependant).

19. Voir " L'affaire du collège de La Marche ", art. cit., et Daniel-Henri Pageaux : " Un lorrain à Lisbonne. Notes sur l'abbé Garnier ", Colóquio, n° 49, juillet 1968, p. 56-58.

20. Garnier ne sera ordiné prêtre qu'en décembre 1765. Le recommandant auprès du duc de Praslin en mai 1765 pour cette place de chapelain, Saint-Priest mentionnera allusivement " différentes circonstances " ayant jusqu'à présent retardé l'ordination de son candidat, alors âgé de quarante-trois ans (voir Nuno Daupias d'Alcochète dans Bulletin Saint Louis-des-Français, 1960/2, p. 31-32. On trouve dans ce bulletin paroissial, de 1946 à 1948 et en 1960-1961, quantité de notes de F. de Saint-Palais d'Aussac puis de d'Aupias d'Alcochète, relatives à Garnier).

21. Témoignage de 1793 reproduit dans le Bulletin Saint Louis-des-Français, 1948/1, p. 30.


cf: Première lettre au P. Berthier

* Voici les paroles de Vatable Gen. I. Initio cum creavit Deus cælum & terram, tum terra erat inanis &c. Proponit initio rem totam ut auctor ejus agnoseatur, & quod mundus non fuit ab æterno... deinde ex nihilo Deum aliquid creasse.

Voici celles de Grotius, De veritate Religionis Christianæ, au titre Deum esse causam omnium. Quæcumque subsistunt à Deo existendi habere originem connexum est his quæ ante diximus.


cf: Deuxième lettre au P. Berthier

* Petav. de Doctrin. Temp t. 2. lib. IX. c. 14.


* Presque tous les athées que Derodon prétend avoir rencontrés ont péri " de mort violente, ou de quelque façon étrange ". Au même rang qu'eux sont mis " certains esprits fort dangereux, qui font profession d'estre Sceptiques, & font semblant de douter de toutes choses, pour pouvoir aussi discourir douteusemùent de la Divinité. Contre toutes telles gens il seroit bon d'établir une Inquisition d'Espagne par tout le monde " (p. 149).


* Signalons encore, par exemple : Theol. 2139-2142 (écrits de Bernardino Ochino), Theol. 2137 (recueil comprenant Faustus et Laelius Socinus, Ernst Soner, Guillaume Postel, Cornelius Gemma), Theol. 1881 (Dorotheus Sicurus, Origo atheismi in pontificia et evangelica ecclesia), Theol. 1870 (Freigeistige Schriften), Theol. 1871, 1872, 1873 (écrits de Peter Annet), Theol. 1863 (Veridicus Nassaviensis, La decouverte de la verité), Theol. 1861 (Les trois veritez), Theol. 1835 (M. Tindal, Beweis daß das christentum so alt als die welt sey, ms. perdu), Theol. 1837 (Arthur Bury, The naked Gospel), Theol. 1819 (Andreas Wiszowaty, Medulla historiæ ecclesiasticæ). D'autres mss., comme De imposturis religionum (Theol. 1858 2155, 2156), étaient déjà signalés par Benítez.