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JEAN BODIN, AUTEUR DU COLLOQUIUM HEPTAPLOMERES


À propos de K.F. Faltenbacher : Das Colloquium Heptaplomeres und das neue Weltbild Galileis. Zur Datierung, Autorschaft und Thematik des Siebenergesprächs, Akademie der Wissenschaften und der Literatur [Abhandlungen der Geistes- und Sozialwissenschaftlichen Klasse, 1993, 2], Mayence / Franz Steiner, Stuttgart, 1993, 43 p.

L’auteur, qui se présente comme un « connaisseur » (en français dans le texte, p. 29), soutient que le Colloquium est attribué à tort à Jean Bodin. Il laisse de côté la question de savoir sur quelles bases repose l’attribution et présente quatre « preuves », de qualité pleinement suffisante selon lui (« Beweise » [...] in völlig ausreichender Qualität, p. 18), pour établir que le texte a été écrit après 1596, date de la mort de Bodin(1).


  1. L'attribution du Colloquium à Jean Bodin
  2. Les arguments de K.F. Faltenbacher et leur réfutation
  3. Conclusion

I. L’ATTRIBUTION DU COLLOQUIUM À JEAN BODIN

L’attribution à Bodin s’appuie sur un certain nombre d’arguments suffisamment solides pour avoir résisté à près de quatre siècles d’érudition. On peut les regrouper de la manière suivante :

  1. Des réflexions et des idées propres à Jean Bodin se retrouvent dans le Colloquium.
  2. Le Colloquium et les écrits de l’Angevin présentent de très nombreux parallèles textuels.
  3. Le Colloquium contient des références autobiographiques.
  4. Les manuscrits du Colloquium attribuent le texte à Jean Bodin.
Nous ne détaillerons pas tous ces points, mais seulement le quatrième. Il tient essentiellement dans la description sommaire des six manuscrits réputés les plus anciens.

Bibl. Mazarine, ms. lat. 3529, 1er tiers du XVIIe s.

  • Filigrane : lettre B (sans écu) coiffée d’une couronne (parfois très abîmée) surmontée d’une fleur à cinq pétales, avec au-dessous le prénom et le nom du papetier Jacques Le Bé sur un quatrefeuilles. R. Gaudriault signale des filigranes semblables « sur de nombreux documents entre 1607 et 1628 » (Filigranes et autres caractéristiques des papiers fabriqués en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 1995, p. 138, col. b).
  • Titre : Joannis Bodini Colloquium heptaplomeres de abditis rerum sublimium arcanis. Liber primus. Ad N.T.
  • Fin du texte : Finis H. E. J. B. A. S. A. Æ. L &. X. III.
    Le nom de Jean Bodin est encore rappelé au début des livres II et III.

    Bibl. Natle de France, ms. lat. 6564, 1er tiers du XVIIe s.

  • Filigrane : grappe de raisins, identique au n° 2095 (daté de 1616) de Heawood (E.), Watermarks mainly of the 17th and 18th Centuries, Hilversum [Monumenta Chartæ Papyraceæ, I], 1950.
  • Reliure aux armes de Henri II de Mesmes (1586-1650), cf. Olivier, Hermal, de Roton, Manuel de l’amateur de reliures armoriées françaises, 13e série, 4e partie, Paris, 1928, pl. 1323. Le B.N.F. lat. 6564 est la copie d’un manuscrit qui appartenait aux héritiers de Jean Bodin, comme nous l’apprennent les notes de Julius Hackeberg connues depuis le Schediasma de naturalismo de J. Diecmann (1ère édition, Kiel, 1683).
  • Il comporte deux oeuvres de Bodin écrites d’une seule et même main :
    1. Colloquium (en latin)
      — Titre : Joannis Bodini De abditjs rerum sublimium arcanis. Liber primus ad N.T.
      — Fin du texte : FINIS H. E. J. B. A. S. A. Æ. LXIII. Puis, peut-être d’une autre main : Qui tot Religiones probauit nullam habuit.
      Le nom de Jean Bodin est rappelé au début des livres II et III. On le retrouve p. 345, dans une note marginale du copiste outré de ce que Bodin allègue contre la divinité de J.-C. que, d’après les apôtres eux-mêmes, J.-C. n’a toujours vécu qu’en compagnie de putains et de malfrats : Mallem affirmare Christum Deum non fuisse hoc argumento ductus quod cum talia scriberet absorpus [lire absorptus] terra non fuerit sceleratus ille Bodinus sempiternas in inferis poenas luiturus. Sed Deo summam esse misericordiam quis ignorat ?

    2. Lettre (en français)
      — Titre : Epistre de Jean Baudin touchant l’institution de ses enfans a son nepueu.
      — Fin du texte : de laon ce 9 Nouembre. 1686. [sic] vostre affectionne & oncle & amy J. Bodin.
      Cette lettre a été éditée pour la première fois par G.E. Guhrauer, Das Heptaplomeres des Jean Bodin, Berlin, 1841, réimpression Slatkine, 1971, p. 254-256.

    Bibl. Natle de France, ms. lat. 6565, 1er tiers du XVIIe s.

  • Quatre filigranes :
    1. Grappe de raisins surmontée des initiales MP coiffées d’une couronne, très proche du n° 2344 Heawood qui est plus petit. R. Gaudriault signale ce filigrane en 1603 (op. cit., p. 303).
    2. Grappe de raisins à 24 grains avec une tige très ramifiée.
    3. Grappe de raisins à 36 grains avec une tige très courte.
    4. Deux colonnes séparées surmontées d’une sorte de bonnet orné d’une fleur à trois pétales, avec au-dessous I RICHARD, proche du n° 4446 (daté de 1592) de Briquet (C.M.), Les filigranes, III, éd. Amsterdam, 1968 (le n° 4446 Briquet est plus petit et n’a pas la fleur).
  • Titre : Joannis Bodini Colloquium heptaplomeres de abditis rerum sublimium arcanis. Liber primus Ad N.T.
  • Fin du texte : finis H. E. I. B. A. S. A. Æ. L XIII.
    Le nom de Jean Bodin est encore rappelé au début des livres II et III.

    Bibl. Natle de France, ms. lat. 6566, 1er tiers du XVIIe s.

  • Filigrane : grappe de raisins et lettres assemblées (A, quatrefeuilles, I, quatrefeuilles, R), très proche du n° 2185 (daté de 1629, 1631) et des n° 2226-2229 (datés de 1621, 1631, 1636) Heawood ; cf. aussi R. Gaudriault, op. cit., p. 283.
  • Ex libris sur un feuillet de garde : Guido Patinus, Bellovacus, Doctor Medicus Parisiensis. 1627. Ex dono Dom. Caroli Guillemeau, Regis Christianissimi medici ordinarij. Ce qui ne signifie pas que le manuscrit date de 1627, mais qu’il a été offert en 1627 à Gui Patin par Charles Guillemeau.
  • Titre : Johannis Bodini Colloquium heptaplomeres, de abditis rerum sublimium arcanis. Liber primus, Ad N.T.
  • Fin du texte : Finis. H. E. I. B. A. S. A. Æ. LXIII.
    Le nom de Jean Bodin est encore rappelé au début des livres II et III.

    Bibl. Victor Cousin, ms. 6, postérieur au 1er tiers du XVIIe s.

    (Cf. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Université de Paris et Université des Départements, Paris, 1918, p. 394-395).

  • Cinq filigranes :
    1. Initiales SG du papetier Sébastien Gouault (cf. R. Gaudriault, op. cit., p. 216) sommées d’une grappe de raisins surmontée de deux feuilles avec au-dessus un C (ou un G), très proche du n° 2182 Heawood.
    2. Trois compas ouverts posés deux et un sur une sorte d’écu couronné avec le prénom et le nom du papetier Nicolas Denise, très proche du n° 79 Gaudriault (daté de 1636-1637).
    3. Lettre B sommée d’un quatrefeuilles (sans écu) accompagnée des prénom et nom du papetier Jacques Le Bé avec la date de 1633, identique au n° 743 Gaudriault.
    4. Lettre B surmontée d’une fleur à cinq pétales avec au-dessous le nom et le prénom du papetier Jacques Le Bé.
    5. Deux colonnes séparées surmontées d’une sorte de bonnet orné d’une fleur à trois pétales, avec au-dessous le prénom et le nom du papetier Edmond Denise. Il doit s’agir du marchand-papetier Denise Edmond III, ép. Le Bé Catherine, actif des environs de 1629 à sa mort survenue en 1658 (R. Gaudriault, op. cit., p. 198).
  • Titre : Joannis Bodini Andegavensis Colloquium Heptaplomeres de abditis sublimium rerum arcanis libris. VI. digestum.
  • Fin du texte : Finis.

    Bibl. Natle de France, ms. fr. 1923, postérieur au 1er tiers du XVIIe s.

  • Six filigranes :
    1. Cadran d’horloge avec au centre une rose des vents. Ce filigrane n’est pas attesté avant 1655 (cf. R. Gaudriault, op. cit., p. 101, col. b).
    2. Armes royales de France (Louis XIII ou Louis XIV). Deux écus accolés (I de France ; II de Navarre) surmontés d’une couronne sous laquelle se trouvent des hachures obliques, et entourés d’un collier où pend une croix à huit pointes semblable à celle de Malte. Chiffre : capitale L. Très proche d’un fer de reliure utilisé à la fin du règne de Louis XIII et au début de celui de Louis XIV, où figurent aussi les hachures, le L et la croix, mais où le collier est différent (cf. Olivier, Hermal, de Roton, Manuel, 25e série, 3e partie, Paris, 1933, pl. 2493 fer n° 4 = pl. 2494 fer n° 1). Dans Bofarull y Sans (F. de), Heraldic Watermarks, éd. Hilversum, 1956, n° 91 (vers 1646), il y a la croix, mais non les hachures, et le collier est différent.
    3. P, étoile, FINANCES, dans l’axe des vergeures : il s’agit de l’initiale et du nom du papetier Pierre Finances, actif de 1644 à vers 1660 (R. Gaudriault, op. cit., p. 209).
    4. Lettres assemblées : B, losange, R ; avec cartouche. Filigrane attesté de 1648 à 1668 (cf. Gaudriault, op. cit., p. 285 et n° 4035).
    5. Armes de Nicolas de Bailleul (1587-1652), l’un des surintendants des finances entre 1643 et 1647. Parti d’hermine et de gueules. Identique au fer de reliure frappé sur un Novum Jesu Christi Testamentum, Paris, Vitré, 1644, où le parti 2 présente aussi des hachures horizontales, alors qu’elles devraient être verticales (cf. Olivier, Hermal, De Roton, Manuel, 17e série, 8e partie, Paris, 1929, planche 1693). R. Gaudriault signale des filigranes presque semblables entre 1644 et 1660 (cf. n° 224).
    6. Armes des Forestier, des Boulogne ou des Amerval (cf. P. Palliot, La Vraye et parfaite science des armoiries, I, 1655, p. 88-89 ; II, 1660, p. 635-636). Trois besants, ou trois tourteaux, posés deux et un sur un écu entouré de branches de laurier se croisant sous l’écu, au-dessous d’un petit coeur. Ressemble au n° 699 Heawood (daté de 1684) et au n° 1035 Gaudriault (daté de 1672).
  • Faux titre : Colloque de Jean Bodin entre sept scavans qui sont de differens sentimens.
  • Titre : Colloque de Jean Baudin [au raturé surmonté de o] des secrets cachez des choses relevées. Livre premier. à N.T.
  • Fin du texte : J. B. A. C. C. L. A. de Lxiij ans.
    Le nom de Jean Bodin est rappelé au début des livres II, III et IV.

    L’étude des filigranes montre que ce dernier manuscrit est plus tardif que ne le croit K.F. Faltenbacher (cf. p. 8). Le caractère moderne des vers français (remarque de Y. Le Hir dans BHR, tome 47. 2, 1985, p. 519) interdit de le regarder comme la copie plus récente d’un manuscrit de la fin XVIe s. N’aurait-on pas affaire ici à l’oeuvre du « Secrétaire de Mr. Colbert mort au Chateau Neuf chez La Rue, entrepreneur des Batimens du Roy » ? Videant alii.

    De fait, il s’agit d’une médiocre traduction à partir du latin, où abondent contresens, paraphrases et omissions. En 1984, F. Berriot a édité ce manuscrit dans la collection Travaux d’Humanisme et Renaissance (n° CCIV, Genève, Droz), mais il s’écarte trop souvent de son texte sans le signaler, et introduit de nouvelles erreurs dans les citations grecques et hébraïques.

    Comme il n’existe pas d’édition critique du texte latin, force est de recourir aux manuscrits ou à l’édition latine procurée par L. Noack, Joannis Bodini Colloquium heptaplomeres [...], Schwerin / Paris / Londres, 1857, réimpression Stuttgart, 1966, souvent fautive elle aussi. D’ailleurs, contrairement à ce que dit K. F. Faltenbacher (p. 8), le Colloquium a été originellement écrit en latin, comme le prouve un jeu de mots incompréhensible dans une autre langue : Quid facilius erat Circae, quam procos suos in porcos mutare ? Id enim fit unius litterae translatione (p. 16 Noack, cf. p. 28 Berriot).

    Quant aux lettres H.E.J.B.A.S.A.Æ. LXIII. sur lesquelles il se termine, elles signifiaient pour G.-E. Guhrauer (Das Heptaplomeres, p. LXX-LXXI), qui s’aidait de manuscrits récents : Hanc Epistolam Joannes Bodinus Andegavinus Scripsit Anno Ætatis LXIII. Nous ferons remarquer que, si le Colloquium a bien été écrit en réponse à des lettres (cf. le début du premier livre), il n’est jamais présenté lui-même comme une lettre ; c’est au contraire un livre de belle taille. Nous suivrons donc R. Chauviré (Colloque..., Paris, 1914, p. 3-4 et n. 1 p. 4), qui retient l’interprétaion du ms. lat. 12976 de la B.N.F. : Haec Ego Joannes Bodinus Andeg. [le ms. abrége ainsi] Scripsi Anno Ætatis LXIII. La fin de la traduction française se lit : Jean Bodin Angevin Composa Ce Livre Âgé de LXIII ans.

    C’est à tort que K.F. Faltenbacher présente le Colloquium comme anonyme (p. 6 : der anonyme Verfasser ; p. 19 : Autor […], der sich diesmal anonym gibt ; p. 24 : den anonym bleibenden Ich-Erzähler ; p. 34 : der anonyme “lecteur“ und “Autor“ des CH) et considère que « dans l’état actuel de la recherche, les initiales à la fin du texte ne se comprennent qu’avec difficulté » ([Kürzeln], die den Text abschließen und die nur schwer zu deuten sind, beim derzeitigen Forschungsstand, p. 19).

    Gilles Ménage cite un testament de Jean Bodin datant de 1596 et où ce dernier dit avoir 66 ans. D’où il suit qu’il a 63 ans (l’âge climatérique) en 1593. Avec G.-E. Guhrauer et R. Chauviré, nous retiendrons 1593 comme date de rédaction du Colloquium, jusqu’à ce que cette date soit démontrée fausse.

    II. LES ARGUMENTS DE K.F. FALTENBACHER ET LEUR RÉFUTATION

    Nous présenterons ces arguments par ordre d’importance et nous les réfuterons en donnant à chaque fois le passage du Colloquium sur lequel ils s’appuient : on trouvera en regard le texte latin du ms. 3529 de la Bibl. Mazarine et le texte français du ms. fr. 1923 de la B.N.F. Les citations comportent entre crochets droits un certain nombre d’indications de notre cru.

    Premier argument

    Pour K.F. Faltenbacher, c’est la preuve décisive, et il n’y reviendra pas moins de cinq fois (p. 18-19 ; p. 21 ; p. 27 ; p. 30 ; p. 33).

    Au livre VI du Colloquium, K.F. Faltenbacher trouve mention d’un Athénée qu’il identifie avec Athénée de Naucratis, auteur du fameux Banquet des sophistes. Or, la première éditon gréco-latine d’Athénée est celle d’Isaac Casaubon, 1597. Par conséquent, nous dit-il, le Colloquium a été écrit après cette date et ne saurait être attribué à Bodin, mort en 1596. La source de K.F. Faltenbacher est le Meyers Großes Konversations-Lexikon, ou Grand dictionnaire de la Conversation de Meyer, sorte de Larousse du XIXe siècle, ou de Grande Encyclopédie Berthelot d’outre-Rhin(2).

    Il demeure néanmoins indispensable de montrer que c’est bien d’Athénée de Naucratis qu’il s’agit ici, et non d’un des nombreux autres Athénée. Il suffira pour cela de donner un texte correct, avec les références précises à Athénée de Naucratis, ce que n’a pas fait K.F. Faltenbacher qui renvoie simplement à l’édition Berriot, où le passage est fautif.
    Bibl. Maz., ms. 3529, p. 132, l. 1-4 (cf. p. 239 Noack) : B.N.F., ms. fr. 1923, feuillet signé Lll ii verso (paginé 458), l. 21-26 (cf. p. 374 Berriot) :
    Accolæ maritimi, nautæ, piscatores maximum quemque Thynnum Neptuno mactabant, ut scribit Athenæus [allusion peu correcte à Athénée VII 297e], qui Mullum dianae [Athénée I 5d, VII 325a, c], Cytharam [il faut corriger en Citharum] Apollini [VII 287a, 306a, 325b], Bocas Mercurio [VII 287a, 325b], Apuas Veneri [VII 325b], Pompilum Marti [le poisson πομπιλ&omicon;σ n'est jamais consacré à ˜Aƒä" dans Athénée ; il doit s'agir ici d'une erreur par association d'idées, par exemple pilum Marti sacrum est ; notons qu'Athénée précise que le πομπιλ&omicon;σ s'appelle aussi ιεροσ ι&khi;θυσ, en latin piscis sacer] sacros fuisse scribit. Les peuples qui demeurent sur le bord de la Mer les Mariniers & les pescheurs immoloient a Neptune le plus grand Thon qu'ils pouvoient attraper au raport d'Atheneus qui escrit que la Biche [invention du traducteur qui, ignorant Athénée, a mis à contribution ses maigres connaissances mythologiques ; il faut corriger en le Rouget] estoit dediée a Diane, la harpe [contresens sur le latin lui-même fautif ; Berriot a mal lu et édite la Carpe; il faut corriger en la Limande] a Apollon, [le manuscrit présente ici une lacune d'environ 10 lettres au milieu de laquelle on trouve une croix d'une encre plus pâle renvoyant en marge à + Bocas, simple reprise du latin ; Berriot invente le Bocas ; il faut suppléer la Bogue] a Mercure, les Abeilles [le traducteur français ignore apuas, autre forme de aphyas, et lit apes ; il faut corriger en les Anchois] a venus, le poisson Pompilus a Mars.

    Les manuscrits latins du Colloquium contiennent deux autres mentions d’Athénée de Naucratis omises par le traducteur français (p. 319 note b Berriot / omis p. 203 Noack ; p. 373 note v Berriot / p. 239 Noack).

    Une dernière remarque avant de passer à la réfutation : le vol. CCCXXIX de la Sammlung Dieterich publié à Leipzig en 1985, que K.F. Faltenbacher présente p. 18-19 (avec les n. 39 et 44) comme une traduction allemande du Banquet des sophistes, n’est en fait qu’un recueil d’extraits choisis.

    Réfutation du premier argument

    Le texte grec du Banquet des sophistes d’Athénée de Naucratis est édité pour la première fois à Venise, chez Alde Manuce en 1514, puis à Bâle chez Walder en 1535. Natale Conti est l’auteur de la première traduction latine (Venise, Arrivabene 1556 ; Bâle, Henric Petri, 1556 ; Paris, Honorat, 1556 ; Venise, Ziletti, 1572) et Jacques Daléchamps de la seconde (Lyon, de Harsy, 1583), celle précisément qu’Isaac Casaubon mettra en regard de son édition du texte grec, s.l. [Heidelberg], Commelin, 1597.

    Dans l’édition de Lyon 1583 de la Methodus ad facilem historiarum cognitionem de Jean Bodin, nous avons relevé seize mentions d’Athénée de Naucratis. En voici une :

    Id quod Athenæus libro xij. scribit de Lydis & Vmbris deliciarum infamia flagrare (Chapitre V, p. 137, l. 34-36 ; cf. Athénée XII 515d sq. et 526f-527a).

    En voici une autre :

    pòst aucta multitudine censa fuerunt XX. millia ciuium, decem peregrinorum, & CCCC. millia servorum, ut Athenæus tradit (Chapitre VI, p. 190, l. 27-29 ; cf. Athénée VI 272c).

    Athénée de Naucratis est également cité dans l’Universae naturae theatrum publié par Bodin en 1596.

    Deuxième argument

    K.F. Faltenbacher l’a déjà présenté au colloque de Wolfenbüttel de septembre 1991, où il fut accueilli avec scepticisme. Il s’appuie sur le passage suivant du Colloquium.
    Bibl. Maz., ms. 3529, p. 21, l. 41-46 (cf. p. 34 Noack) : B.N.F., ms. fr. 1923, feuillets G iiii verso (paginé 62), l. 33 - H i recto (paginé 63), l. 7 (Berriot, p. 56) :
    Federichus. At fernellius Clarissimus Henrici. II. francorum regis archiatros nobilissimum adolescentem a dæmone obsessum scribit, qui tametsi Literas nunquam didicisset, Græce tamen Loqueretur. Et Philippus Melanchthon tradit mulierculam quandam cum a dæmone cruciaretur Græci [lire Græce] loqui solitam ac bellum sacrum [il faut corriger en saevum, cf. la citation de la Demonomanie donnée infra] quo Germania pene tota deflagravit hoc carmine denunciasse εsigma;ται αναγκη επι τησ γησ και ορμη εν τω λαω [lire λαω ] τουτω ] τοντω [on lit en marge la glose latine suivante id est fatalis erit quædam necessitas in hac regione & violentia in hoc populo futura]. Féderich. Fernel l'Illustre premier medecin d'Henry second raporte qu'un jeune gentilhomme obsede bien qu'il n'eut aucune estude, parloit neantmoins grec. Philippe Melancthon [sic] faict mention d'une certaine famelette laquelle estant tourmentée des Diables avoit accoustumé de parler grec et quelle a predit la guerre qui depuis a desolé toutte lallemagne par ce vers [ce n'est pas un vers!] : εsigma;ται αναγκη επι τησ γησ και ορμη εν τω λαω [lire λαω ] τουτω.[après le mot vers, on trouve un I d'une encre plus pâle qui renvoie en marge à I id est fatalis erit quædam necessitas in hac regione & violentia in hoc Populo futura].

    Pour K.F. Faltenbacher, la proposition « la guerre qui depuis a desolé toutte lallemagne », en latin : bellum [...], quo Germania pene tota deflagravit, désigne la Guerre de Trente ans. Or, cette dernière commence en 1618. Preuve selon lui que le Colloquium n’est pas de Bodin, mort en 1596 (p. 14 avec la note 27, p. 32-33, p. 41, p. 42).

    Réfutation du deuxième argument

    À première lecture du texte latin comme du texte français, il est clair que la phrase sur laquelle K.F. Faltenbacher se fonde est tirée de Mélanchthon. Cf. en latin : Philippus Melanchthon tradit mulierculam quandam [...] loqui [...] ac [...] denunciasse, et en français « Philippe Melancthon fait mention d’une certaine famelette [...] laquelle [...] et qu’elle [...] ».

    On la trouve en effet dans une lettre non datée adressée par l’illustre réformateur à Hubert Languet et publiée aux pages 386-388 [= Cc1 verso - Cc2] des EPISTOLÆ ? SELECTIORES ? ALIQVOT, ? PHILIPPI ME= ? LANTHONIS . ? EDITÆ A ? CASPARO PEVCERO. ? (Marque) ? Cum Gratia & Privilegio. ? VVITEBERGÆ ? EXCVDEBAT IOHANNES ? CRATO. ? ANNO M. D. LXV. Voici le début de cette lettre :

    Iudicium de Daemoniacis puellis, quae Romae agitae sunt à Diabolo,

    scriptum ad Hubertum Languetum Burgundum

    Etsi sunt interdum Physicæ causæ furorum seu παραφροσυνησ seu μανιασ, tamen certißimum est, Diabolos in aliquorum hominum corda ingredi, & efficere furores & cruciatus in eis, uel cum Physicis causis, uel sine eis, Quia manifestum est tales homines interdum etiam sine Physicis remedijs liberari. Et saepe hæc Diabolica spectacula sunt prodigia & significationes rerum futurarum. Ante annos duodecim erat, mulier in Saxonia, quæ nullas literas didicerat, tamen cum agitaretur à Diabolo, post cruciatus, loquebatur Graecè & Latine de futuro bello Saxonico. Erit magna angustia in terra, & ira in populo, εsigma;ται αναγκη επι τησ γησ και ορμη εν τω λαω τουτω.

    Par ailleurs, au chapitre VI du livre III de la Demonomanie de Jean Bodin (p. 154-155 éd. Paris, du Puys, 1580), on peut lire :

    Melanchthon escript qu’il a veu en Saxe vne femme demoniaque, qui ne sçauoit ny lire, ny escrire : Et neantmoins elle parloit Grec & Latin, & predict la guerre cruelle de Saxe en ces mots, εsigma;ται αναγκη επι τησ γησ και ορμη εν τω λαω [lire λαω ] τουτω. C’est à dire, qu’il y aura de terribles choses en ce pays & rage en ce peuple. Fernel au liure de Abditis rerum causis [livre II, chap. XVI, p. 372-374, éd. Paris, André Wechel, 1560, in 8°], dit auoir veu aussi vn ieune garçon demoniaque qui parloit Grec, encores qu’il ne sceust pas lire.

    S’il n’est pas douteux que Bodin a lu l’ouvrage de Fernel, il est par contre difficilement pensable qu’il ait consulté l’édition Peucer 1565 des lettres de Mélanchthon. À notre avis, il utilise ici le De praestigiis daemonum de Jean Wier (Johannes Weyer), qui contient de larges extraits de cette lettre à partir de 1568.

    Troisième argument

    Au début du Colloquium, un des personnages du nom d’Octavius raconte qu’il est allé en Égypte et qu’il y a déterré une momie. Il cite ensuite une arétalogie d’Isis que K.F. Faltenbacher n’a pas identifiée (p. 10, note 16) : elle est tirée de Diodore de Sicile (I, 27, 3-4) dans la traduction latine procurée à Bâle par Henric Petri (éd. 1531, p. 160-161 ; éd. 1548, p. 12-13). Puis vient le passage suivant :
    Bibl. Maz., ms. 3529, p. 4, l. 37-40 (cf. p. 5 Noack) : B.N.F., ms. fr. 1923, feuillet signé A iiii verso (paginé 8), l. 8-12 (Berriot, p. 8) :
    Sacra Isidis abrogata sunt, ni fallor, Constantini magni dominatu. Ex quo intelligitur cadaver illud ante annos mille ac trecentos conditum fuisse. ac fieri potest ut ante annorum duo, triáve millia sepultum fuerit. Les sacrifices d'Isis si ie ne me trompe ont este abolis soubz l'Empire de Constantin Le grand, dou lon peut inferer que ce cadavre avoit este cache plus [ce plus est une addition fautive du traducteur qui a tendance à actualiser les données chronologiques : il rend paulo ante quindecim sæcula par depuis environ seize siecles, cf. p. 250 Noack / p. 393 Berriot] de mil trois cens ans & peutestre quil y avoit plus [sic] de deux a trois mil ans qu'il avoit este ensevely.

    K.F. Faltenbacher retient pour Constantin le Grand la date de 324 ap. J.-C. que lui fournit le Meyers Großes Konversations-Lexikon. Il en tire la conclusion que le Colloquium date du début du XVIIe siècle, et ne peut être attribué à Jean Bodin (p. 10, avec la note 16).

    Réfutation du troisième argument

    On a affaire, dans le passage en question, à une approximation chronologique tout à fait dans la manière de Jean Bodin. L’édition de Lyon 1583 de la Methodus — où Bodin date de 312 (chap. V, p. 147 en bas) et de 313 (chap. VIII, p. 336 en bas) le début du règne de Constantin le Grand — en fournit un bel exemple :

    Neque vero antè hoc tempus duces ullos aut Senatum, aut magistratus creati memorantur, sed primus omnium Paulus Anasatus anno Christi DCCVI. dux est electus. anteà cujusque pagi suum jus erat & imperium ab aliis divisum. itaque fallitur Manutius, qui Rempub. Venetorum MCXX. annos in eo statu floruisse affirmat : rectè Iovius DCCC. cui congruit Gianotus Donatus ciuis Venetus, qui accuratissimè de Republ. Venetorum scripsit (chap. VI, p. 187, l. 13-21).

    Il serait tout à fait ridicule de déduire de ce passage que la Methodus a été écrite en 1506 (DCCVI + DCCC), près de vingt-cinq années avant la naissance de son auteur.

    Dans la Methodus, ce manque de précision affecte d’autres domaines que la simple chronologie :

    Moses tamen videtur è decem millibus vnum duntaxat divina sorte duxisse. cum enim censa fuissent DCXXII. millia hominum supra XX. & infra LV. annos qui arma ferre poterant unum & septuaginta Senatui præfecit. quæ ratio congruet, si minorum centum millia fuisse concedamus (chap VI, p. 200, l. 3-8).

    De l’à-peu-près à l’erreur de calcul, il n’y a qu’un pas. Bodin le franchit au chapitre VIII de sa Methodus intitulé précisément De temporis universi ratione, dans la section Temporum series :

    Arabes ab Hegira, id est, ab expeditione Muhamedis, quæ coepit anno Christi DXCII [sous entendu temporum rationem ordiri coeperunt]. & hoc anno MDLXV. numerant annum DCCCCLXXXVIII [on attend DCCCCLXXIII] (p. 336, l. 1-3).

    Il récidive quelques lignes plus loin :

    post etiam Hebræi in actis publicis & privatis temporum επο&khi;ην ab orbe condito usurpare coeperunt. est autem quinquies millesimus trecentesimus ac vigesimus quintus, anno Christi MDLXV. qui Philonem sequuntur, ducentos ac duos annos adiiciunt, ut sit hic annus mundi, quinquies millesimus trecentesimus [il faut corriger en quingentesimus] & XXVII. Olympiadis vero CCLIX. annus quartus : diluvii ter millesimus octingentesimus septuagesimus secundus : Hegiræ millesimus ac decimus quartus [l’année 1565 correspond ici à l’an 1014 de l’Hégire, alors qu’un peu plus haut elle correspondait à l’an 988 — on attend 973]

    Mais revenons à la fameuse momie déterrée par l’Octavius du Colloquium. N’en trouverait-on pas encore trace au livre 1 de l’Universae naturae Theatrum de Jean Bodin ?

    Homine mortuo, anima superstite, cadaver tam artificiosè apud Ægyptios condiri solebat, & aurea lamina ac fasciolis densissimis obuolui, ut duobus amplius annorum millibus integrum, præter humores ac viscera seruaretur [on lit ici imprimé en marge Plato in Phoedone ducentos annos seruari scripsit, sed multo diutius conservari docuit experientia], ut etiamnum his temporibus ex arena pura eruuntur circa pyramides integerrima illa aetate condita & oblita, qua Isidi sacra fiebant, ut ex imaginibus quas cadaveribus includebant compertum est : nihilominus homo propriè ac verè corruptus dicetur : quia corruptio terminatur ad interitum totius, etiam partibus omnibus integris, ut nauis corrupta dicitur, licet integra carina, prora, puppis à se invicem avulsæ habeantur (éd. Lyon, Roussin, 1596, p. 70).

    Quatrième argument

    Au livre VI du Colloquium, le personnage nommé Curtius oppose la foi à la raison au cours d’un long développement que voici :
    Bibl. Maz., ms. 3529, p. 148, l. 40-51 (cf. p. 269-270 Noack) : B.N.F., ms. fr. 1923, feuillet signé Sss iii recto (paginé 515), l. 12-32 (Berriot, p. 421-422) :
    Curtius Salomonis et Toralbæ hunc video scopum esse, ut dei naturam, ac trinitatis arcana rationibus, et argumentis assequantur : fide opus est. ad ea vero quæ sola fide nituntur si rationem aut demonstrationem adhibeas nihilo plus proficias quam si cum ratione insanire velis. Itaque Plato [Plato est surmonté d'un 3 renvoyant en marge à 3. in Timæo] vir divinus cum de deo scribere quicquam metueret, quod esset ab eius maiestate alienum, credi iubet iis quæ a maioribus prodita fuerant sine ulla demonstratione : quod etiamnum Aristoteles [EN 1143 b 11-13] confirmat his verbis πƒ_"Ĥ|§µ [il faut suppléer {|± πƒ_"Ĥ|§µ] }¥π|§ƒËµ %lire }¥π|߃›µ& ²`® πƒ|"y …㛵 ê Ÿƒ_µß¥›µ …_±" aµ`π_{|§²…_®" [lire …`±" aµ`π_{|ß²…_§"] Ÿc"|"§ ²`® {__`§", _À¤¦ è……_µ %lire _À¤ î……_µ& …˵ aπ_{|ß_|›µ [confirmat est surmonté d'un 4 renvoyant en marge à 4. id est quæ ab antiquis dicta sunt non minus spectanda veniunt quam demonstrationes ipsæ glose latine du texte grec]. Quare nec probare possum Eusebij [l'auteur de la Démonstration évangélique], Galatini [Pietro Galatino cité trois fois dans le Colloquium pour son livre contre les Juifs intitulé De arcanis catholicæ veritatis], Augustini, Eugubini [il faut lire Augustini Eugubini ; il s'agit d'Agostino Steuco de Gubbio cité quatre fois dans le Colloquium pour son De perenni philosophia grâce auquel J.-C. Scaliger se vantait d'avoir converti l'athée Pierre Roussanes] scripta a quibus [lire e quibus] Mornæus demonstrationes evangelicas promere conatur. non enim prospexerunt scientiam et fidem quam infusam appellant, simul stare nullo modo posse [modo surmonté d'un 5. renvoyant en marge à 5. Thomas in 1a, 2æ. q. 3. Scotus lib. 3. dist. 25. Picus in apologia. Aristoteles in primo posteriorum]. Curce Je voy ou buttent Salomon & Toralbe assavoir de nous engager a prouuer les secrets misteres de la Trinite par raisonnemens & par argumens, mais il ne fault que de la foy Car aux choses qui n'ont que la foy pour fondement si vous y voulez du raisonnement & de la Demonstration vous ny trouverez pas plus de possibilite qu'a trouver [que corrigé d'une seconde main en qu'a] de la sagesse dans un insensé : Cest pourquoy Platon dans son Timée quand il apprehende de ne pas parler de Dieu avec assez de dignite il ordonne de croire conformement a ce que les Devanciers en avoient dict sans en demander aucune demonstration. Aristote a suivy son exemple quand il dict sur ce sujet, Il fault avoir autant de respect pour ce que nos Anciens en ont escript que pour des Demonstrations mesmes. Cest pourquoy Je ne suis pas de l'advis d'Eusebe, de Galatinus, d'Augustin & de Eugubinus [le traducteur suit la ponctuation fautive du latin] dont Mornay a voulu tirer ses Demonstrations evangeliques, ne prenans pas garde que la science & la foy qu'ils appellent infuse ne peuvent pas demeurer ensemble comme la fort bien dict Thomas en la seconde de sa seconde q. 3a., Scot livre 3e. distinction 25. Pic dans son Apologie Et Aristote dans le Premier des Posterieurs ./.

    K.F. Faltenbacher affirme que l’ouvrage de Philippe de Mornay auquel il est fait allusion dans ce passage est De l’institution, usage et doctrine du sainct sacrement de l’Eucharistie en l’Eglise ancienne [...], publié pour la première fois à La Rochelle en 1598, soit deux années après la mort de Jean Bodin (p. 28-30).

    Réfutation du quatrième argument

    Ce premier tiers du livre VI ne traite pas de la transsubstantiation. C’est la Trinité qui est en cause, et plus précisément l’union des deux natures en Jésus-Christ. Le payen Toralba et le juif Salomo exigent une démonstration de la divinité de Jésus-Christ, le calviniste Curtius se retranche derrière l’idée de « foi infuse ». Or il n’y a rien de tout cela dans De l’institution de Mornay, ouvrage d’apologétique protestante entièrement consacré à l’eucharistie et dont voici le titre complet : De l’institution, usage, et doctrine du sainct sacrement de l’Eucharistie, en l’Eglise Ancienne. Ensemble ; Comment, Quand, & par quels Degrez la Messe s’est introduite en sa place.

    Georg Roellenbleck (Romanistisches Jahrbuch, XXXIX, 1988, p. 220) a raison de dire que le livre de Mornay dont il est question ici est De la verité de la religion chrestienne : Contre les Athées, Epicuriens, Payens, Juifs, Mahumedistes, & autres Infideles, première édition Anvers, Plantin, 1581. Sept chapitres de ce dernier ouvrage sont en effet consacrés à démontrer la divinité de Jésus-Christ : le chapitre V (Qu’en l’unique essence de Dieu, subsistent trois personnes ; ce que nous appelons Trinité) ; le chapitre VI (Que l’ancienne Philosophie consent à ceste Doctrine de la Trinité) ; le chapitre XXX (Que Iesus fils de Marie vint au temps promis par les Escritures, & qu’iceluy est le Mediateur & Messie) ; le chapitre XXXI (Solution des Obiections que les Iuifs alleguent conte Iesus pour ne le recevoir pour le vray Christ ou Messie) ; le chapitre XXXII (Que Iesus Christ estoit, & est Dieu, fils de Dieu, contre les Gentils) ; le chapitre XXXIII (Solution des Obiections des Gentils, contre Iesus fils de Dieu, & c.) ; et le chapitre XXXIIII qui clôt l’ouvrage (Que l’Evangile contient à la verité l’histoire & la Doctrine de Iesus fils de Dieu & c.)

    Quelques pages plus loin, le Colloquium fait d’ailleurs allusion aux autorités citées dans le chapitre VI du De la verité :
    Bibl. Maz., ms. 3529, p. 154, l. 11-15 (cf. p. 279 Noack où la note marginale est laissée de côté) : B.N.F., ms. fr. 1923, feuillets Vuu iii verso (paginé 532), l. 34 - Vuu iiii recto (pag. 533), l. 6 (Berriot, p. 437) :
    Salomo. facile est alienis nominibus subiectis Libros pervulgare ut Libri magorum nomine Salomonis editi. quin etiam trinitatis propugnatores [ce dernier terme est surmonté d'un 2 renvoyant en marge à 2. Augustinus, Egubinus, Galatinus Mornæus] Zoroastrem et Orpheum magorum parentes ab infernis Locis arcessere non dubitant, atque etiam Jamblichum ipsum [...]. Salomon. Il est bien aise de publier des Livres soubz des noms supposez Comme les Livres de Magie imprimez soubz le nom de Salomon aussy les deffenseurs de la Trinite, Augustin, Eugubinus, Galatinus & Mornay n'ont point faict difficulté d'interpeller dans les Enfers Zoroastre & Orphée Peres de la magie et Jamblichus mesme [...].

    CONCLUSION

    Ce qui frappe à la lecture de l’opuscule de K.F. Faltenbacher, c’est moins la méthode que la propension à vouloir administrer des leçons, et le parti pris d’utiliser des travaux de troisième, voire de quatrième main. Les sources elles-mêmes — notamment les oeuvres de Jean Bodin —sont délibérément ignorées, au profit de compilations à prétention encyclopédique dont on lit souvent de larges extraits, comme la Realencyclopädie für protestantische Theologie und Kirche de Hauck (cf. p. 11-12, note 20 ; p. 14, note 29 ; p. 28 avec les notes 65 et 66 ; p. 29 ; p. 30 avec la note 73 ; p. 31 note 75 ; p. 34 note 82 ; p. 36 avec la note 86), le Meyers Großes Konversations-Lexikon (cf. p. 10, note 16 ; p. 18, note 41 ; p. 19 avecla note 42 ; p. 27 avec la note 64 ; p. 39, note 94), le Kröners Philosophisches Wörterbuch (p. 17 ; p. 19), le Kindlers Literaturlexikon (p. 42 note 107), ou le Dictionnaire de Moréri (p. 9 note 14 ; p. 13 note 26 ; p. 27 avec la note 61).

    À l’examen, les arguments présentés s’avèrent sans valeur : Jean Bodin est bien l’auteur du Colloquium heptaplomeres, qu’il rédigea en latin l’année 1593.

    Jean LETROUIT