LE PSEUDO-VALLÉE DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE GUSTAV SCHROEDTER

Les premiers vestiges du traité clandestin PseudoVallée nous conduisent — Alain Mothu a attiré l’attention sur ce point dans La Lettre clandestine, 3, 1994, p. 42 — au personnage de Gustav Schroedter, chapelain de l’ambassade du Danemark en Espagne et en France. Le catalogue de sa bibliothèque, publié après sa mort, est rarissime. On en trouve un exemplaire à Wolfenbüttel :

Catalogus bibliothecae Gustavi Schroedteri adsessoris quondam supremi tribunalis eccl. in Holsatia gravissimi et pastoris ecclesiae tychopolitanæ fidelissimi, libris editis et ineditis cujusque generis [...] quos B. possessor in Hispania et Gallia magna ex parte ipsemet summa industria collegitt refertæ, cijus auctio publica erit D. V. XIII. Novembr. A. MDCCXXIV Altonaviæ in curia. Hamburgi Literis Stromerianis 1724 (Herzog August Bibliothek : Be 2072).

La mention de ses activités bibliophiliques en France est faite explicitement dans le titre (libri [...] quos [...] in Gallia magna ex parte ipsemet summa industria collegit). La section des manuscrits (p. 809853) contient quelques manuscrits clandestins : Liber de tribus Impostoribus s. Compendium de imposturis religionum (p. 848), Livres VIII des Quatrains françois (126 pages in4 ; p. 835 : s’agirait-il des Quatrains du Déiste ?) le Colloquium heptaplomeres de Bodin (p.829), Sentimens critiques sur le Vieux Testament (57 pages in4 ; p. 821), Pet. Aretini Putain errante, Dialogue entre Magdalene & Julie traduit de l’italien (p.851), une réfutation inédite de la Concordia rationis et fidei de Stosch : Furstellung der Socianischen [sic] und Atheistischen Irrthümer des Tractats de concordia rationis & fidei (p.810). Mais on ne trouve aucun enregistrement bibliographique explicite du “PseudoVallée”. Il est cependant fait mention d’un manuscrit dont les détails (la langue française, la tendance antireligieuse et la longueur : 175 pages in4) semblent à première vue conformes à notre texte :

Tractatus Gallicus de religionibus auctore Gallo Naturalista (op. cit., p. 835 [n. 189]).

Certes, le point de vue de l’auteur du “PseudoVallée”, notamment son scepticisme, son hostilité à la métaphysique et en particulier à la théologie naturelle, répondent mal au qualificatif naturalista utilisé par les rédacteurs du catalogue pour caracteriser le contenu du texte. L’auteur du “PseudoVallée” s’opposait au “naturalisme théologique”, terme qui, dans sa signification exacte (du moins selon la terminologie latine), est synonyme de « déiste » et dénote la substitution de la religion naturelle à la Révélation (Cf. Johann Diecmann / Christoph Francke : De naturalismo, Kiel 1683, 2Leipzig, 1684, 3Jena, 1700). Il est donc permis d’hésiter à affirmer que cette note bibliographique concerne le “PseudoVallée”. Néanmoins, l’opinion contraire peut se prévaloir d’un usage populaire du terme “naturaliste”, employé dans un sens plus vague. S’il est permis de prendre la parole Gallo Naturalista dans cette acception (naturalismus renvoyant à l’hostilité contre la religion révelée en général), on ne peut exclure que nous soyons placés ici devant le premier témoignage connu jusqu’à présent concernant ce manuscrit.

Winfried SCHRÖDER