Les livres et les images 1/10

« Pendant que mon grand-père lisait, assis dans son fauteuil en D […] je regardais sa bibliothèque placée en B, j'ouvrais les volumes in-4° de Pline, traduction avec texte en regard. Là je cherchais surtout l'histoire naturelle de la femme. […] Enfin, je fus attiré vers un tas de livres brochés, jetés confusément en L. C'était des mauvais romans que mon oncle avait laissés à Grenoble […] Cette découverte fut décisive pour mon caractère. J'ouvris quelques uns de ces livres, c'était de plats romans de 1780 mais pour moi c'était l'essence de la volupté. […]
Je ne saurais exprimer la passion avec laquelle je lisais ces livres. Au bout d'un mois ou deux je trouvai Félicia ou mes fredaines. Je devins fou absolument, la possession d'une maîtresse réelle, alors l'objet de tous les vœux, ne m'eût pas plongé dans un tel torrent de volupté.
Dès ce moment ma vocation fut décidée : vivre à Paris en faisant des comédies comme Molière. » (Vie de Henry Brulard, p. 699.)