L'étude des passions 5/5

29 mars 1805 : « J'ai le diable au corps pour montrer l'écorché à tout le monde. C'est un peintre qui voudrait s'illustrer dans le genre de l'Albane, qui aurait judicieusement commencé par l'étude de l'anatomie, et pour qui, comme objet utile, elle serait devenue tellement agréable, qu'au lieu de peindre un joli sein, voulant enchanter les hommes, il peindrait à découvert et sanglants tous les muscles qui forment la poitrine d'une jolie femme […] On ne ferait que les mépriser s'ils étaient faux, mais ils sont vrais, ils poursuivent l'imagination. Sans doute, l'intérêt guide les femmes, malheureux ! Mais laisse-moi un moment d'illusion ; la connaissance de la vérité la vaudra-t-elle jamais ? » (Oeuvres intimes, I, pp. 301-302.)

21 juin 1805 : « Pour employer les événements utilement, il faut les disséquer comme j'ai tâché de le faire aujourd'hui. » (Oeuvres intimes, I, p. 333.)
Cet intérêt pour la dissection se manifeste encore dans l'Histoire de la peinture en Italie, où, en guise d'épilogue, Stendhal établit un « cours de peinture de 50h » :
« 5° Il achètera le Gladiateur (muscles disséqués) par Sauvage, il le calquera… 2 h.
6° Il apprendra par cœur le nom des principaux muscles, le deltoïde, les pectoraux, les gémeaux, le tendon d'Achille, etc…1 h. Il comprendra que, si le deltoïde est contracté, il faut que le biceps soit étendu. Beaucoup de peintres manquent à cette règle, et cherchent tout simplement non pas une belle position, mais un beau contour.
7° S'il en a le courage, il ira au Jardin des Plantes se faire montrer ces vingt muscles dont il sait les noms. A l'amphithéâtre, deux séances de demi-heure chacune… 1 h. » (Histoire de la peinture en Italie, pp. 482-483.)

21 juin 1810 : « Je sens bien qu'on gâte la plus jolie partie, comme la plus jolie femme, en la disséquant. C'est un portrait qu'on devrait faire, mais ceci a toute la sévérité d'une étude. En la peignant, j'apprendrai le coloris (à écrire), et c'est la connaissance de ce qu'il y a de plus caché au fond du cœur et de la tête que je veux acquérir. » (Oeuvres intimes, I, p. 591.)