La seule passion qui ne fut pas chassée par the love of glory 2/7

Au cours des quinze années de liaison épistolaire commencée dès 1800, la sœur cadette « fut bien pour Henri l'alter ego féminin avec qui s'épancher, se former, comploter contre l'oppression paternelle, mais aussi rêver du grand mythe amoureux. » (Dictionnaire Stendhal, 2003, p. 105.)

« Je suis obligé d'aller faire un voyage de quelques mois à Grenoble, et cette obligation même est un plaisir, puisque j'y reverrai ma chère Pauline. Je pense qu'il est peu de frères comme moi qui aient le bonheur d'être amico riamato d'une fille de génie et de la plus belle âme. » (Oeuvres intimes, I, p. 315.) Pourtant, à partir du moment où Pauline devient, par son mariage, Madame Perier-Lagrange, les relations entre le frère et la sœur se gâtent. Les échanges épistolaires avec Pauline laissaient déjà entrevoir l'état d'esprit d'Henri Beyle face à son mariage. Dans une lettre datée du 24 mars 1807, il déclare qu' « il y a mille à parier contre un que ton mari aura une âme qui te semblera basse, et un esprit qui te paraîtra ridicule. Ton bonheur dépend non seulement de l'attention avec laquelle tu lui cacheras ta manière de penser sur son compte, mais encore du soin avec lequel tu lui persuaderas qu'il t'est très supérieur. […] Il faut cacher sa supériorité et jouir seule, dans ton cabinet, à lire un livre qui t'amuse ou dans une belle soirée, mais ne te livre pas à l'enthousiasme qui pourrait te saisir. Songe que, quelque apparence que tu trouves, tu as une main de bois à tes côtés qui ne comprendra pas, ou enviera tes jouissances. On perd son feu à vouloir le communiquer à des morceaux de glace […] L'expérience te convaincra qu'un des grands moyens de bonheur est le cerveau. On s'amuse à voir des idées nouvelles ; on joue de la lanterne magique pour soi. » (Correspondance générale I, p. 590-591.)

« J'ai été sévèrement puni d'avoir donné à une sœur que j'avais le conseil de venir à Milan en 1816, je crois. Mme Perier s'est attachée à moi comme une huître, me chargeant à tout jamais de la responsabilité de son sort. Mme Perier avait toutes les vertus et assez de raison et d'amabilité. J'ai été obligé de me brouiller pour me délivrer de cette huître ennuyeusement attachée à la carène de mon vaisseau, et qui bon gré mal gré me rendait responsable de tout son bonheur à venir. Chose effroyable ! » (Souvenirs d'égotisme, Œuvres intimes, II, p. 488.)