La seule passion qui ne fut pas chassée par the love of glory 7/7

L'épouse de Pierre Daru le rejoint à Brunswick en 1807 et rencontre H. Beyle à Vienne deux ans plus tard. « La cristallisation est alors rapide […] Avec son ami Crozet, il rédige sa 'consultation pour Banti', véritable plan d'attaque amoureuse. Ce roman culmine dans la 'bataille du 31 mai 1811' : Stendhal se déclare, en vain. » (Dictionnaire Stendhal, 2003, p. 202.)

3 juin 1811 : « Histoire de la bataille du 31 mai 1811 […] J'avais le projet, moi, de dire que j'aimais, je me reprochais de ne pas l'avoir exécuté. […] Cinq ou six raisonnements évidents prouvaient l'avantage et la nécessité de se battre, mais à la vue de l'ennemi tout courage disparaissait. Un degré de plus, et je me serais brûlé la cervelle plutôt que de dire à une femme, qui m'aime peut-être, que je l'aime. Et j'ai vingt-huit ans, et j'ai couru le monde, et j'ai quelque caractère ! Je comprends parfaitement comment il arrive souvent que de jeunes amants allemands aiment mieux s'empoisonner dans un verre de limonade que fuir ensemble. […] 31 mai. Aujourd'hui, en me levant, […] j'ai résolu d'être gai et de faire une déclaration allegro risoluto. […] "Vous n'avez que de l'amitié pour moi, et moi je vous aime passionnément." En prononçant ces mots, j'étais troublé ; nous nous donnâmes le bras tout le temps du combat, dans ce moment je lui pris la main, que je serrai ; je tentai même de la baiser. Elle me répondit que je ne devais pas songer à cela, que je ne devais voir en elle qu'une c[ousine] qui avait de l'amitié pour moi. » (Oeuvres intimes, I, pp. 678-684.)

« B[eyle] m'a toujours paru convaincu de cette idée très répandue sous l'Empire, qu'une femme peut toujours être prise d'assaut, et que c'est pour tout homme un devoir d'essayer. "Ayez-la ; c'est d'abord ce que vous lui devez", me disait-il quand je lui parlais d'une femme dont j'étais amoureux. Un soir, à Rome, il me conta que la comtesse venait de lui dire voi au lieu de lei, et me demanda s'il ne devait pas la violer. Je l'y exhortai fort.
Jusqu'à trente ans, il voulait qu'un homme, se trouvant avec une femme seule, tentât l'abordage. Cela réussit, disait-il, une fois sur dix. Or, la chance d'un sur dix vaut bien la peine d'essuyer neuf rebuffades. - Ne jamais pardonner un mensonge ; - ne jamais se repentir ; - prendre aux cheveux la première occasion de querelle, à son entrée dans le monde, voilà quelques-unes de ses maximes. Il se moquait de moi en me voyant étudier le grec à vingt-cinq ans. - "Vous êtes sur le champ de bataille, disait-il ; ce n'est plus le moment de polir votre fusil il faut tirer". » (P. Mérimée, H.B., p. 13.)