[image : l'homme singulier de Destouche] Rechercher la vis comica et se dérousseauiser 12/12

La rivalité entre les deux comédiennes divise le public et les critiques. L'enjeu est de déterminer qui de Mlle George ou de Mlle Duchesnois (qui avait obtenu avec le rôle de Phèdre son plus beau triomphe) serait reçue au Théâtre-Français dans l'emploi de reine, qui seul permet de jouer Phèdre. La polémique est si violente qu'après une représentation de Tancrède, selon les termes du Publiciste, « une foule de furieux a escaladé l'orchestre et s'est précipité du le théâtre pour venger la majesté du peuple outragé. Il a fallu que des soldats, armés de leurs baïonnettes, vinssent défendre les coulisses comme une place forte » (Cité par P Arbelet, Premier voyage de Stendhal au pays des comédiennes, p. 41.)
Selon le critique Geoffroy, « le Théâtre-Français, depuis deux jours, ressemble au fameux cimetière du faubourg Saint-Marceau : c'est le rendez-vous d'une foule d'illuminés qui éprouvent des convulsions dans le parterre, comme des dévots au diacre Pâris en éprouvait jadis sur les tombeaux… » (Goeffroy, Journal des débats, ventôse an XI, cité par P. Arbelet, p. 39.)
Henri Beyle prend lui aussi part à la querelle et déclare le 15 avril 1804 : « Nous sommes affligés, Mante et moi, de l'injustice faite à Mlle Duchesnois » (Oeuvres intimes, I, p. 61).
Il décide, le 16 avril 1804 de « faire un article sur Mlles Duchesnois et George portant sur cette belle vérité (si bien exprimée par Dryden parlant de Shakespeare) que le véritable mérite d'un poète comme d'un auteur est d'avoir l'âme la plus compréhensive. » (Oeuvres intimes, I, p. 63.)
Le 19 avril 1804, il écrit « le soir, sous le nom de Junius (meurtrier de Jules César), une réponse au feuilleton du 27, dans lequel G[eoffroy] maltraite Mlle Duchesnois. » (Oeuvres intimes, I, p. 64.) Cette réponse, intitulée Réception de Mes[demoise]lles Duschesnois et George, est datée des 18-19 avril 1804 (Journal littéraire, t. XXXIII, pp. 306-308). Dans la comédie qu'il écrit alors, Les deux hommes, Geoffroy devait servir de modèle au personnage de l'antiphilosophe ou du « Tartuffe actuel » (P. Arbelet, Premier voyage de Stendhal au pays des comédiennes, p. 44). « Stendhal se déclara avec d'autant plus d'ardeur pour Mlle Duchesnois que celle-ci était régulièrement prise à partie par Geoffroy, le titulaire du feuilleton dramatique du bien-pensant Journal des débats. » (note de Del Litto, Oeuvres intimes, I, p. 1157).
Pour apaiser les esprits, Mlle George et Mlle Duchesnois seront finalement reçue le même jour comme sociétaire du Théâtre-Français, dans des emplois non déterminés.