Illustrer le « premier Stendhal », c'est-à-dire le parcours d'Henri Beyle avant la parution en 1817 de l'Histoire de la peinture en Italie, est apparu d'emblée comme une tâche ardue, tant les images qui pouvaient illustrer ce propos avaient été vues. Entre les portraits du Musée Stendhal et les vues topographiques de l'exposition de la Bibliothèque nationale de 1983, tout semblait avoir été trouvé et exposé. Seuls les visages de Virginie Kubly et Mélanie Guilbert restaient à découvrir, mais c'est en vain que les fonds du département des Estampes , de l'Inha et de la comédie française ont été fouillés.
                          Tout en conservant certains « attendus » iconographiques, l'exposition s'est surtout attachée à renouveler une démarche illustrative, puisqu'il semblait inutile de reproduire modestement les grandes expositions consacrées à Stendhal. Les images n'ont pas été choisies pour leur seule valeur informative, mais pour leur valeur intrinsèque ou culturelle. Ce choix se justifie d'autant plus que Stendhal a été lui-même sensible à la qualité esthétique de l'estampe : on en trouve de nombreux témoignages dès sa jeunesse, lorsqu'il contemple certains livres illustrés. Sa formation au dessin par Jay et son bref passage dans l'atelier du peintre Regnault ne feront que confirmer ce goût pour l'image.
                          Le rapport de Stendhal à l'image a ainsi été choisi comme fil directeur du programme iconographique de cette exposition. Stendhal n'est pas seulement un amateur d'art ; il participe, lit et décrypte la légende illustrée qui s'élabore sous ses yeux autour de la figure de Napoléon. C'est pour cette raison que nous avons essayé de mettre en avant le rapport tout particulier que peut entretenir le texte stendhalien et l'image, qui n'est pas un simple rapport d'illustration. Le texte vient bien souvent « dégonfler » l'image, tout comme, en retour, l'image donne une nouvelle coloration aux écrits souvent désinvoltes de Stendhal. Enfin, au sein de la prose stendhalienne elle-même, nous avons essayé de mettre en valeur les « hiatus » qui existent parfois entre le journal, la correspondance et le roman autobiographique, qui livrent parfois des éclairages divergents d'un même événement.
                          Malgré la modestie de l'entreprise, nous espérons que ces choix pourront intéresser tant les amateurs de Stendhal qu'un public curieux d'appréhender quelques éléments de la vie sous l'Empire.

                                                                                                                                  Morwena Joly