L'amour de l'Art et le musée Napoléon 2/7

En janvier 1810, année où Henri Beyle est chargé de la surveillance de l'inventaire du Musée Napoléon, le musée est totalement fermé depuis dix-huit mois en raison des travaux effectués pour la grande galerie (J.-C. Bonnet (dir.), 2004, p. 85). Malgré l'exploitation politique faite du transport des plus célèbres statues antiques à Paris, Henri Beyle s'attache à décrire le peu d'engouement du public : « Si les sentiments de ravissement, de bonheur, de plaisir, que j'entends exprimer chaque jour à côté de moi en me promenant dans ces longues salles, étaient sincères, ce lieu serait plus assiégé que la porte d'un ministre ; l'on s'y porterait toute l'année, comme les vendredis de l'exposition. Mais tout homme du monde a la science nécessaire pour jouir de la tournure d'une jolie femme, et nous dédaignons d'acquérir la science si facile, et pourtant indispensable, pour voir les tableaux. Aussi le Musée de Paris est-il désert. Ces tableaux disséminés en Italie avaient chaque jour trois ou quatre spectateurs passionnés qui venaient de cent lieues pour les admirer. Ici, je trouve huit ou dix élèves perchés sur leurs échelles, et une douzaine d'étrangers dont la plupart ont l'air assez morne. Je les vois arriver au bout de la galerie avec des yeux rouges, une figure fatiguée, des lèvres inexpressives, livrées à leur propre poids. Heureusement il y a des canapés, et ils s'écrient en bâillant à se démettre la mâchoire : "Ceci est superbe !" Quel oeil humain peut en effet passer impunément sous le feu de quinze cents tableaux ? » (Histoire de la peinture en Italie, p. 303.)