L'amour de l'Art et le musée Napoléon 4/7

« Un général célèbre voulant voir dans un musée un petit tableau du Corrège, placé fort haut, s'approcha pour le décrocher : "Permettez, sire, s'écria le propriétaire, M. N*** va le prendre ; il est plus grand que vous. - Dites, plus long." C'est, je crois, pour éviter cette petite équivoque que dans les arts le mot grandiose remplace le mot grand. » (Histoire de la peinture en Italie, p. 133.)
Henri Beyle décrit dans son Histoire de la peinture en Italie l'attitude du nouveau public qui fréquente le Musée, soulignant la création d'un discours de convention aux œuvres : « On arrive au Musée avec des femmes, et, en entrant dans la salle de l'Apollon, on cherche quelque chose de joli ; ou l'on est avec un ami, et l'on veut se rappeler quelque chose de pensé, quelque phrase savante de Winckelmann. Le provincial même se croit obligé d'admirer tout haut, et cite le voyage de Dupaty. Personne n'est là pour voir. Même, parmi les vrais fidèles, quel est l'homme qui a la modestie d'aller les yeux baissés, et en comptant les feuilles du parquet, jusqu'au tableau qu'il veut sentir ? » (Histoire de la peinture en Italie, p. 301-302.)
Mais le jugement sur le Musée Napoléon est loin d'être unanime et « chez la plupart des voyageurs, la jouissance de la collection est ainsi entachée d'indignation rétrospective quand ils songent aux circonstances de sa formation. » D. Poulot, « De la légitimité du musée Napoléon », D. Gallo (dir.), Les vies de Dominique-Vivant Denon, p. 545.) Pour Henri Beyle, il suffit de rappeler que « quelques Anglais deviennent rouges de colère quand on rappelle que Napoléon dépensait des millions pour déterrer la basilique près la colonne Trajane, la colonne de Phocas, le temple de la Paix, etc. » (Promenades dans Rome, pp. 668-669.)